Comptant par les équipementiers leaders en Afrique du Nord, le groupe allemand s’appuie notamment sur une activité filtration très dynamique dans la région. Un succès porté par le Maroc dont l’appétence pour les produits Mahle compense largement les difficultés entrevues en Algérie.
De l’optimisme plutôt que de la sinistrose. Voilà résumé en quelques mots le sentiment de Valérie Batisse à l’heure d’évoquer la situation de son groupe sur le marché de la filtration en Afrique du Nord. Et n’allez pas croire que la responsable des ventes de Mahle pour le Maghreb ainsi que l’Afrique centrale et de l’ouest use de la méthode Coué pour se persuader que tout va bien. Simplement, comme tant de confrères dans la région, elle sait que rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, qu’une tempête précède une éclaircie, que lorsque les choses ne vont pas ici, elles peuvent aller mieux là-bas… In fine, en dépit de certaines contrariétés, l’équipementier allemand, multi-spécialiste de la rechange, peut se targuer d’une position enviable. Comptant déjà parmi les leaders au Maghreb, Mahle a réussi à asseoir son rang en misant entre autres sur une famille filtration que l’on dit peu dynamique ou peu innovante alors que c’est bien tout l’inverse qui prévaut. Pris dans sa globalité, Valérie Batisse juge que « la croissance est là parce qu’il y a une demande, parce que le parc évolue et parce que le secteur s’est structuré. Aujourd’hui, tous les fabricants premium sont présents mais la concurrence s’est aussi diversifiée ». Une concurrence accrue qui n’empêche donc pas Mahle d’avancer. Depuis le début de l’année 2024, ses ventes ont progressé sur tous les types de produits. Huile, carburant, air, habitable… tout le spectre couvert par l’équipementier affiche des tendances à la hausse. Sur le seul marché marocain, ses ventes ont bondi de 25 % lors des neuf premiers mois !
Une famille bien plus innovante qu’il n’y parait
Cela ne doit rien au hasard et tient essentiellement dans deux phénomènes. Le premier tord le cou aux idées reçues et relève de la technicité du marché de la filtration. « La filtration n’est peut-être pas d’apparence la famille la plus innovante mais elle avance » affirme Valérie Batisse. Des innovations fleurissent ainsi dans toutes les gammes pour suivre l’évolution du parc roulant ou répondre à de nouveaux enjeux de société. Le filtre de transmission, de plus en plus déployé sur le marché, demeure, eu égard à ses volumes, une niche tout en confirmant mois après mois son succès. Le véhicule électrique, quant à lui, reste également un sujet peu développé dans le secteur automobile maghrébin. Mais son développement va aller crescendo, c’est une certitude, impactant d’ores et déjà les fabricants de filtres. Ces derniers y perdront leur expertise (et leurs volumes…) sur les filtres à huile et à carburant mais y gagneront assurément de nouvelles opportunités, les systèmes de refroidissement des batteries nécessitant par exemple des filtres spécifiques. De quoi permettre au secteur de continuer sa mue technologique tout autant que sa montée en puissance. Dans cette lignée, comment ne pas évoquer également les efforts des fabricants pour rendre leur production plus verte ? Voir sur le marché des filtres 100 % durable n’est peut-être pas pour demain mais la problématique avance, avec à la clé des pistes déjà concrètes. « On y travaille, confirme la responsable de Mahle. Il y a une prise de conscience dans le secteur. Et puis dans notre groupe, la question environnementale est très présente. Elle est même dans l’ADN de Mahle. Sur le plan industriel, tout est fait pour limiter l’impact sur la planète. »
Des points noirs malgré tout
En parallèle, et on en vient ainsi au second phénomène, la bonne tenue de cette famille dans la région tient aussi aux efforts fait par certaines autorités pour assainir le marché. Pour en revenir au Maroc, Valérie Batisse loue les efforts des autorités gouvernementales pour contrôler, autant que possible, la qualité des importations permettant de maintenir un niveau de qualité substantiel. L’Empire chérifien a pour elle valeur d’exemple en matière de sensibilité à la rechange automobile. Alors bien sûr, ce beau tableau ne peut être totalement complet sans évoquer différents points de tension. Le Maroc ne fait pas tout le Maghreb. L’Algérie constitue ainsi un sérieux caillou dans la chaussure de la rechange. Plus vaste parc roulant de la région avec 7 millions de véhicule (contre 4,5 au Maroc et 1,5 en Tunisie), ce pays demeure un casse-tête pour les équipementiers étrangers depuis le déploiement d’Algex. Un dispositif qui « a déstabilisé le marché, constate Valérie Batisse. Tout le monde est bloqué. » L’autre élément bloquant résulte de l’évolution de la demande. Dans certains pays, comme en Tunisie, les marques low cost prennent peu à peu une importance considérable. La responsable de Mahle explique que les clients « préfèrent changer leurs filtres deux fois plus souvent avec du bas de gamme parce que cela leur coute toujours moins cher au final ». Un choix dommageable qui n’entrave toutefois pas son optimisme. Le meilleur est à venir pour son groupe.








