Celle que l’on considérera bientôt comme la figure de proue de la fabrication de plaquettes de frein en Algérie, voire de la production « Made in Algeria » (avec quelques autres !), l’usine de plaquettes de frein Greyley vous surprendra par son niveau de technologie, sa capacité de production et son management hors pair. Algérie Rechange s’est rendu sur place et reste, comme tous les visiteurs professionnels, impressionné… Récit.
Ne demandez pas à l’accueil où est le patron, c’est inutile, il est dans l’usine aux côtés des employés et des ingénieurs, traquant les possibles erreurs, proposant sans cesse des solutions d’amélioration en qualité, finition, productivité, logistique, circulation des matières et des produits, gestion des automates… Car pour Gao Yichun, fondateur et directeur de l’usine Greyley, et il le répète comme un mantra : « la première chose, la plus importante, c’est la fabrication, le contrôle de la qualité, La deuxième, c’est le commerce. » C’est pour cela qu’il sous-traite cette partie à deux sous-traitants extérieurs, non pas parce qu’il sous-estime ce pan important de l’activité, mais parce qu’il est trop attaché à la fabrication pour gérer aussi la distribution des produits. Parce que son ADN plonge dans les racines de la fabrication, il en maîtrise toutes les subtilités et étapes depuis l’origine, depuis qu’il s’est lancé dans ce grand projet. Avec un associé, en effet, il a conduit une étude de marché très solide sur les besoins en plaquettes de frein en Algérie. Un marché évalué à 7 millions 800 mille véhicules entre tourisme (5.1) et camionnettes (1.4) et qui demande un renouvellement de 30 % de plus. Qui plus est, un marché désormais favorisé par un gouvernement qui s’emploie à diminuer la facture d’importation des produits finis, en encourageant la production sur le sol algérien. De cette étude, en est sorti un projet à capacité de production de 3 millions de plaquettes annuelle (VL/VUL/VI). Excusez du peu !
Une installation high tech
Peut-être, déjà, l’expression « High Tech » pourrait passer pour désuète tant le niveau d’équipements surpasse ce que l’on peut attendre d’un site de production de plaquettes de frein : « Nous avons installé tous les équipements il y a deux ans, des machines de précision importées de Chine auprès des spécialistes de la question. Avec les équipements sont venus les installateurs, les ingénieurs et les formateurs pendant plus de trois mois. Nous disposons encore des savoir-faire de techniciens supérieurs en ce moment qui poursuivent les formations de nos employés. Cela est plus facile maintenant car les premiers formés ont désormais un an d’expérience sur nos machines et peuvent dispenser leurs connaissances aux nouveaux. Nous travaillons avec plus de 50 salariés actuellement et nous allons accroître leur nombre au fur et à mesure de notre développement. En effet, nous n’utilisons actuellement qu’une ligne de production et nous ouvrirons les deux autres lorsque nous aurons le personnel adéquat et les commandes export. Actuellement, sur les 20 000 m² de terrain, nous avons 8 000 m² de couverts. Il sera donc aisé de monter en puissance jusqu’aux trois millions d’unités que nous pouvons produire grâce à nos équipements déjà installés ! » De fait, au fur et à mesure de notre visite, nous découvrons les très nombreux équipements, tous issus des dernières technologies en cours et servis à la fois par un personnel qualifié et par des automates, très nombreux également, jusque dans les contrôles qualité. Sur ce dernier point, Gao Yichun se montre inflexible et très impliqué. En attestent les contrôles qualité réalisés sur l’ensemble des produits, l’entretien méticuleux des équipements et un laboratoire de tests élaborés. « Je ne crois pas qu’il existe d’autres usines de plaquettes de frein disposant d’un tel arsenal de contrôles qualité en Algérie, mais pour moi, c’était non négociable. Nous n’avons pas encore procédé aux certifications qualité et obtention des normes, d’une part parce que le temps nous a manqué, d’autre part, parce que nous sommes sans inquiétude pour les obtenir, puisque nous respectons toutes les normes en vigueur et, enfin, parce que nous réservons cette étape à notre démarche export vers les pays d’Europe. Pour l’heure, nous travaillons pour le marché algérien et commençons à cibler les pays africains pour l’export. Je préfère adopter un process étape par étape pour pouvoir servir les marchés en offrant toutes les garanties en termes de qualité et de rapport qualité prix » nous explique-t-il
Toutes les références et toujours plus d’intégration locale
Gao Yichun annonce un excellent rapport qualité prix, car Greyley ne cherche pas à concurrencer des produits bas de gamme à la qualité douteuse, ni à venir chercher les prix des grands internationaux. Il est vrai que, comme il le reconnaît, le gouvernement soutient bien les producteurs nationaux et devrait, sans doute, bloquer encore plus les importateurs de plaquettes de frein puisque désormais, les fabricants algériens sont en mesure d’approvisionner le marché national : « Chez Greyley, nous avons les capacités de fournir toutes les références de plaquettes y compris pour les derniers modèles de véhicules sortis. Nous sommes les seuls, également, pour l’instant, à fournir le pays en plaquettes de frein en céramique ! En termes de références, de qualité et de produits de dernière technologie, nous sommes en mesure de répondre aux besoins du marché. De la même façon, on compte environ 18 usines de plaquettes de frein sur le territoire et 8 marques (sauf erreur de ma part) et en termes de volume, il n’est plus nécessaire d’importer. J’ajoute que certains opérateurs qui voudraient se lancer ou se lancent maintenant devraient tenir compte de ces données. Nous sommes proches de la saturation et il serait vain de vouloir trouver une place sur le marché aujourd’hui tant l’offre est pléthorique ». Cela n’empêche pas Gao Yichun de regretter que l’Etat ne facilite pas plus l’importation des matières premières dont certaines seraient taxées à 30 % quand d’aucuns produits finis ne le seraient qu’à hauteur de 15 %. Une récrimination que nous avons entendu chez d’autres opérateurs, notamment pour certains produits qui intègrent des pièces participant à l’élaboration de produits finis et également taxées davantage par méconnaissance technique souvent de la part de l’administration.
Parallèlement, Gao Yichun nous a fait part de la création d’une unité de fabrication de supports métalliques : « On ne trouve pas de supports métalliques actuellement sur le marché et nous ne voulions pas être tributaires de délais trop longs ou incertains pour les faire venir. C’est pourquoi, nous nous sommes mis à leur production sur notre site. En outre, nous pouvons bénéficier de l’acier produit en Algérie, ce qui accroît notre taux d’intégration locale, notre ambition étant d’être totalement autonomes dans la région. Ce qui va dans le sens de la politique du gouvernement en matière d’importation. »
En termes d’avenir…
Ce qui nous a frappés dans nos échanges avec Gao Yichun, c’est son optimisme, non pas un optimisme béat mais plutôt un optimisme que l’on pourrait qualifier d’analytique. Il observe, en effet, les évolutions très rapides qui sont en train de se dérouler en Algérie et c’est en cela qu’il voit l’avenir avec confiance : « Jusqu’à présent, nous dit-il, les sites de fabrication étaient essentiellement des sites de montage, et de plus en plus ce sont des sites de production qui sont en train d’être créées. Si des usines telles que la nôtre avec un niveau technologique aussi élevé sont encore rares, de nouvelles vont naître dans d’autres secteurs de la pièce et le marché les accueillera bien. Nous n’avons fait aucune publicité ni effectué de grandes cérémonies d’inauguration et pourtant nos produits se commercialisent déjà très bien. Tout ce qui va dans le sens de la qualité et qui bénéficie de tarifs attractifs trouve sa place sur le marché algérien et même ailleurs. C’est extrêmement positif. Mon objectif consiste d’ailleurs à atteindre un ratio de 50 % sur le marché national, 50 % pour l’export. »
Et de poursuivre : « Rien que sur la foire, j’ai appris que trois entreprises s’apprêtaient à se lancer dans la production, ce n’est plus simplement le fait de quelques investisseurs, c’est une tendance de fond qui va croissant et qui porte l’industrie algérienne. Parallèlement, nous assistons à de nouveaux modes de fonctionnement privilégiés par les jeunes qui passent des commandes via des applications. Le digital, grâce à eux, va nous faire avancer très vite dans le commerce en Algérie. » De quoi être optimiste, en effet !
Hervé Daigueperce






