Souvent réduit à un simple consommable technique, le marché de la filtration joue pourtant un rôle central dans l’équilibre de l’après-vente automobile en Algérie. À la croisée d’un parc roulant vieillissant, d’une forte dépendance aux importations et d’une industrialisation locale émergente, cette famille atypique de la rechange reflète à elle seule les grandes mutations du secteur. Entre stabilité de la demande et recomposition de l’offre, la filtration s’impose aujourd’hui comme un monde en transition.
Comme l’écrivait le Français Jean Cocteau, formidable plume et artiste aux multiples facettes, « les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images ! » Une formule qui prête à sourire, bien entendu, mais qui peut être déportée au monde de la rechange. Dans cette famille où aucun produit ne ressemble à l’autre, une sensible différence de traitement apparaît et, dans l’imaginaire collectif, ses membres n’ont pas tous la même valeur. Là où certains rayonnent et brillent tout autant par leur dynamisme que par leur sens de l’innovation, d’autres font figure de grands oubliés. Le filtre est assurément de ceux-là. Souvent réduit à un bout de papier plié et replié tel de l’origami, celui-ci demeure un produit peu valorisé et mal assimilé. Une erreur de jugement. Car qu’il soit à huile, à air, à carburant ou d’habitacle, le filtre est omniprésent dans le véhicule, crucial pour son bon fonctionnement, majeur pour le bien être du conducteur et de ses passagers, mais aussi extrêmement innovant. Il faut ainsi regarder derrière le miroir ! La situation tout autant que l’évolution de ce segment sur le marché algérien sont révélatrices de ce constat, avec un filtre qui occupe une place bien plus structurante qu’il n’y paraît au premier abord.
Une force, quel que soit le segment
Premier élément : la taille du parc automobile. L’Algérie dispose aujourd’hui d’un parc estimé à plus de 7 millions de véhicules, selon les estimations relayées par les acteurs du secteur. De quoi en faire, rappelons-le, le principal marché d’Afrique du Nord et l’un des plus importants de tout le continent. Mais au-delà du volume, c’est sa structure qui façonne la demande. Le parc se caractérise par un vieillissement marqué, conséquence directe des cycles irréguliers d’importation de véhicules neufs. Comme le souligne Mohamed Khaled Douik, responsable des ventes de Misfat-Solaufil, « le marché est essentiellement porté par le parc roulant existant, relativement ancien et fortement consommateur de pièces de rechange ». Une donnée qui a un impact immédiat sur la consommation en filtration. « Le marché de la filtration en Algérie reste globalement actif malgré certaines difficultés liées au contexte économique et aux importations. La demande existe toujours parce que la filtration reste un produit indispensable dans plusieurs secteurs comme l’automobile, l’industrie, l’agriculture et les travaux publics. Les besoins en maintenance restent constants, ce qui maintient une activité stable sur le marché » résume Hamza Bouguern, gérant de Pioneer Filter. Dans un véhicule, les filtres font en effet partie des consommables les plus régulièrement remplacés. Leur fréquence de renouvellement augmente mécaniquement avec l’âge du parc, l’intensité d’usage et les conditions climatiques. Or, ces conditions constituent en Algérie un facteur aggravant. Les environnements poussiéreux, les fortes températures estivales et l’usage intensif des véhicules utilitaires et industriels accélèrent l’encrassement des systèmes moteurs et de filtration. À cela s’ajoute un autre élément structurel avec la composition du parc roulant. Aux côtés des véhicules particuliers, celui-ci est également fortement guidé par les usages professionnels. Poids lourds, bus, transport interurbain, agriculture et travaux publics sont autant de segments très consommateurs de pièces d’usure. Ils représentent ainsi une part significative de la demande en filtration, notamment pour les filtres à air haute capacité, les filtres hydrauliques et les systèmes de filtration à carburant.
Essentiel à l’écosystème de l’après-vente
Sur le plan économique, le marché des pièces détachées dans son ensemble illustre cette intensité. Les importations de pièces de rechange ont dépassé 1,6 milliard de dollars en 2025, selon la plateforme algerie-éco.com, confirmant le poids du secteur dans la balance commerciale du pays. Même si ces chiffres incluent l’ensemble des pièces automobiles, ils donnent une idée de l’ampleur du marché aval dans lequel s’inscrit la filtration. « L’univers globale de la filtration est d’environ 30 M€/an, pour un volume de 4 à 7 millions de filtres par an, toutes gammes confondues, analyse Valérie Batisse, responsable des ventes Maghreb et Afrique centrale et de l’Ouest de Mahle. Le marché de la filtration se porte donc très bien dans l’ensemble ». Ce que confirme Mohamed Damiche, président de Dedax : « la filtration demeure un produit de forte rotation : chaque véhicule, qu’il soit léger, utilitaire ou industriel, nécessite un remplacement périodique des filtres à huile, air, carburant ou habitacle. Cela garantit un marché relativement stable et durable. » Pour Nadjib Mansouri, directeur général d’AMC Filter, il est même question ici d’un segment « en pleine croissance ». Et le dirigeant de détailler sa vision de la situation : « Le poids lourd et les travaux publics sont les véritables moteurs de la croissance. Les grands projets d’infrastructure, l’élan minier, comme le projet de Gara Djebilet, et le secteur de l’énergie exigent une maintenance rigoureuse. Les filtres pour ces engins soumis à des conditions extrêmes (poussière, utilisation intensive), représentent de gros volumes et une forte valeur ajoutée. Le véhicule léger et utilitaire reste un segment très dynamique grâce à la reprise massive des importations et au démarrage des usines de fabrication locale (Fiat et autres marques). Quant à l’agricole, il progresse de manière stable, soutenu par la politique de l’État visant à développer l’agriculture saharienne et à moderniser le machinisme agricole. » Et si la demande était historiquement portée par l’importation et des marques internationales (européennes, américaines ou asiatiques), le marché algérien est aujourd’hui en pleine recomposition.
Entre acteurs historiques et nouveaux entrants
Face à une volonté politique affichée de développer la production locale et de réduire la dépendance aux produits étrangers, la filtration apparaît comme l’un des segments les plus « industrialisables » de la pièce de rechange : technologie maîtrisée, investissements relativement contenus, forte récurrence de consommation et large spectre d’applications. C’est ce qui explique l’émergence progressive de fabricants locaux, capables de produire des filtres destinés aussi bien aux véhicules légers qu’aux applications industrielles et agricoles. « Plusieurs fabricants algériens investissent dans l’amélioration de leurs capacités de production, dans le contrôle qualité et dans le développement de nouvelles gammes. Le secteur local gagne progressivement en maturité et en compétitivité » explique Farid Khezani, directeur général de Planète Filtre. Son groupe dispose par exemple d’une unité de production opérationnelle à Oued Souf, dans le nord-est du pays, alors qu’une seconde est cours de construction au niveau de la wilaya de Bouira. Mais cette politique nationaliste a également fait naître une forte dichotomie entre ses différents acteurs. Pour les équipementiers internationaux, la volonté des autorités de limiter les importations est un véritable casse-tête. « La situation du marché est complexe : les Algex rendent le business instable et empêchent d’avoir une vision stable et continue du marché » admet Pierre-Henri Tinet, directeur marketing et communication de Purflux Group. Depuis la mise en place, mi-2024, de cette plateforme, les importations ont diminué de 50 % croit savoir Valérie Batisse. Mais à l’inverse, pour tous les autres, cette initiative du Gouvernement est une bénédiction largement saluée. Pour Hamza Bouguern, « même si certaines procédures restent parfois compliquées pour les opérateurs, cela peut représenter une opportunité positive pour l’industrie algérienne sur le long terme. » « Ces mesures sont nécessairement favorables à la production locale, mais présentent un risque d’exposition à de potentielles pénuries en cas de mouvements internationaux et notamment de crise d’approvisionnements liés à la situation en Iran » prévient Pierre-Henri Tinet. Il n’existe pas en Algérie de chiffre officiel consolidé du nombre de fabricants de filtres, car le secteur est noyé dans des catégories plus larges (pièces de rechange, mécanique, industrie). Le marché est donc difficile à quantifier précisément. En revanche, l’observation du terrain, corroborée par les spécialistes du secteur, permet de distinguer un schéma assez clair : un noyau réduit de fabricants industriels structurés, avec une capacité de production réelle et continue (quelques acteurs seulement) ; une dizaine d’unités secondaires ou spécialisées, souvent plus limitées en capacité ou en gamme ; et une vingtaine d’acteurs hybrides, combinant importation, distribution et parfois assemblage ou rebranding sous marque propre. Au total, on peut estimer qu’environ 30 à 50 acteurs gravitent autour de la filtration en Algérie, mais avec une nuance essentielle : seuls quelques-uns disposent d’une vraie capacité industrielle intégrée. La structure du marché reste donc profondément fragmentée.
Un marché plus sensible aux prix
Cette composition du marché traduit également les évolutions de la demande. La filtration algérienne est ainsi fortement guidée par le rapport qualité/prix, dans un contexte où le filtre reste souvent perçu comme un consommable standard, interchangeable, et dont la dimension technique est parfois sous-estimée en dehors des usages professionnels. « Le marché ne se dégrade pas, mais il connaît une transformation profonde. Il devient plus concurrentiel, plus localisé et plus sensible aux prix » estime ainsi Mohamed Khaled Douik. Dans les flottes structurées — transport, industrie, BTP — la logique est différente, avec une attention plus marquée portée à la fiabilité, à la durée de vie et à la constance de performance des produits. Sur le plan industriel, cette configuration crée une opportunité spécifique pour la production locale. La filtration fait partie des rares segments de la pièce de rechange où une industrialisation progressive est techniquement accessible, avec des barrières à l’entrée relativement limitées comparées à d’autres composants automobiles plus complexes. Cependant, cette montée en puissance reste encore inégale selon les segments. « Les gammes des fabricants locaux restent restreintes et ne suscitent pas suffisamment la confiance des consommateurs algériens » estime Valérie Batisse. « Le marché évolue donc positivement, avec davantage d’exigence en matière de qualité, de disponibilité et de conformité technique » contrebalance Mohamed Damiche. Quoi qu’il en soit, dans ce contexte, les acteurs internationaux historiques conservent une position solide, mais dans un environnement devenu plus concurrentiel. « Les fabricants locaux gagnent des parts de marché, surtout sur les produits standards, mais les équipementiers internationaux restent présents, notamment sur les produits techniques et à forte valeur ajoutée. Le marché reste donc hybride, entre ouverture et protection locale » ajoute le représentant de Misfat-Solaufil. Qu’elles soient européennes, américaines ou japonaises, ces marques jouissent toujours d’une image enviable, liée à des notions de fiabilité, de qualité, et d’innovation. Mais la pression concurrentielle se fait sentir sur les segments intermédiaires, où les fabricants locaux et les marques asiatiques gagnent progressivement des parts de marché. La relation entre les uns et les autres n’est d’ailleurs pas strictement antagoniste. Dans certains cas, les standards techniques internationaux servent de référence à la production locale, et certains équipementiers algériens n’hésitent plus à faire appel à leurs homologues étrangers pour réussir à s’établir. « On est constamment sollicités pour des joint-ventures, des partenariats et des licences » confirme Valérie Batisse. Ces demandes de coopération peuvent également porter « sur le support technique, le transfert de savoir-faire ainsi que sur des projets plus structurés de co-industrialisation ou de partenariats industriels » complète Mohamed Khaled Douik.
De l’innovation sans rupture
Sur le plan technologique, justement, le marché de la filtration apparaît d’ailleurs comme un segment d’innovation continue, mais rarement de rupture. Et c’est peut-être ce qui nuit à son image et travestit sa réalité. Contrairement à d’autres composantes de l’automobile fortement transformées par l’électronique ou l’électrification, la filtration évolue de manière progressive, par amélioration des matériaux, des performances et de l’adaptation aux nouveaux usages. Sa fonction fondamentale reste inchangée — protéger le moteur, les systèmes et les occupants en retenant les particules et impuretés — mais les solutions techniques, elles, se perfectionnent en permanence. « Le marché de la filtration n’est plus un marché de « simple commodité ». Il évolue fortement pour répondre aux exigences des moteurs de nouvelle génération, abonde Nadjib Mansouri. L’introduction de moteurs plus propres et de systèmes d’injection à très haute pression exige par exemple des filtres à carburant, notamment diesel, d’une précision chirurgicale, capables de séparer l’eau et de retenir les particules microscopiques. » Cette dynamique est également portée par l’évolution des médias filtrants. Les matériaux traditionnels à base de cellulose cèdent progressivement du terrain à des structures synthétiques multicouches, capables de retenir des particules de plus en plus fines tout en optimisant le passage des fluides ou de l’air. Cette évolution permet d’améliorer simultanément l’efficacité de filtration et la réduction des pertes de charge, ce qui contribue à préserver les performances moteur et à réduire la consommation énergétique. Dans plusieurs segments, ces matériaux synthétiques représentent désormais une part significative des nouvelles applications, notamment sur les filtres à air et les filtres d’habitacle. Autre tendance importante : la montée en gamme des systèmes de filtration d’habitacle. Longtemps considérés comme des composants secondaires, ils deviennent progressivement un élément lié à la qualité de l’air intérieur et au confort sanitaire des occupants. Les filtres à charbon actif ou de type HEPA se développent pour mieux traiter les particules fines, les polluants gazeux et les allergènes. Cette évolution est directement liée à la dégradation de la qualité de l’air dans de nombreuses zones urbaines et à une sensibilité accrue des utilisateurs à ces questions de santé environnementale. En parallèle, les fabricants travaillent sur l’allongement des cycles de vie des filtres. L’objectif étant de réduire la fréquence de remplacement tout en maintenant un niveau de performance stable sur des périodes plus longues. Cette logique répond particulièrement aux besoins des flottes professionnelles, des poids lourds et des marchés émergents, où la réduction des coûts d’exploitation et la limitation des arrêts de maintenance constituent des enjeux majeurs. On observe ainsi le développement de filtres dits « extended life », conçus pour supporter des conditions d’utilisation plus sévères et des intervalles d’entretien prolongés. Enfin, la dimension écologique est elle-aussi au centre de cette problématique avec des « green filters », soit des produits éco-responsables sans composants métalliques, où seul le média filtrant (papier/synthétique) est remplacé, réduisant ainsi les déchets industriels.
Véhicules chinois : un phénomène déjà d’actualité
L’électrification du parc automobile introduit également une mutation du marché. Si elle entraîne la disparition progressive de certains besoins traditionnels — notamment les filtres à huile moteur ou une partie des filtres carburant — elle ne supprime pas la filtration pour autant. Elle la déplace vers de nouvelles fonctions, liées à la gestion thermique des batteries, au refroidissement des systèmes électriques et à la qualité de l’air dans l’habitacle. Dans les véhicules électriques et hybrides, la filtration devient ainsi un élément intégré à la performance globale du système énergétique, et non plus uniquement à la protection du moteur thermique. Toutefois, « leur présence reste encore limitée en Algérie » fait remarquer Hamza Bouguern. Comme le souligne Nadjib Mansouri, « l’impact de l’électrique reste marginal pour le moment, le parc demeurant ultra-majoritairement thermique et hybride. Mais c’est un phénomène disruptif et un vrai défi à long terme ». « L’Algérie étant un pays producteur de pétrole, la part de véhicules électriques reste faible, sans considérer la nécessité d’équipement local en stations de charge. Toutefois, les ambitions sur ce créneau sont importantes, il s’agit donc de surveiller son évolution de près » analyse encore Pierre-Henri Tinet. « Les projets industriels autour des véhicules électriques et hybrides montrent que cette tendance va progressivement s’accélérer » abonde dans ce sens Mohamed Damiche. En outre, une tendance émergente concerne les filtres dits « intelligents ». Encore peu diffusés, ils intègrent progressivement des capteurs de saturation ou des indicateurs de performance permettant de mieux anticiper les opérations de maintenance. Cette évolution s’inscrit dans une logique plus large de maintenance prédictive, déjà présente dans d’autres segments industriels, et qui pourrait à terme modifier la perception du filtre, en le faisant passer d’un simple consommable à un composant suivi et optimisé dans le cycle de vie du véhicule. En parallèle, une autre variable, à la fois commerciale, parce qu’elle modifie le business, et technologique, car ses acteurs y apportent leur propre savoir-faire, commence à jouer un rôle structurant dans la recomposition du marché : l’évolution du parc automobile lui-même, notamment à travers la montée en puissance des véhicules chinois. Longtemps marginale, leur présence s’est accélérée ces dernières années sur le marché algérien, portée par la reprise des importations de véhicules neufs et la recherche d’alternatives plus accessibles face aux marques traditionnelles. Plusieurs constructeurs asiatiques, désormais bien implantés à l’international, s’octroient des parts de marché croissantes, en particulier sur les segments des véhicules particuliers et, dans une moindre mesure, des utilitaires.
Discret mais incontournable
Pour le marché de la filtration, cette recomposition a un effet immédiat en élargissant mécaniquement le nombre de références à couvrir. « Cela représente une opportunité importante pour les fabricants » note Farid Khezani. Chaque nouvelle gamme de véhicules implique ses propres spécificités en matière de filtres à huile, à air, à carburant ou d’habitacle, ce qui oblige les fabricants et distributeurs à adapter rapidement leurs catalogues et leurs capacités d’approvisionnement. « Charge à nous équipementiers d’adapter nos gammes en conséquence, et cela fait déjà partie depuis plusieurs années de notre action quotidienne chez Purflux. Nous proposons déjà les filtres pour les marques les plus répandues, mais de nouvelles apparaissent presque chaque semaine, nous travaillons donc en anticipation sur ce point » explique le représentant du groupe. Au-delà de l’aspect purement technique, cette évolution renforce l’attrait décrit précédemment des consommateurs locaux pour les solutions les plus compétitives sur le plan tarifaire. Les véhicules chinois, souvent positionnés eux-mêmes sur des segments compétitifs, contribuent à accentuer cette logique, en tirant l’ensemble de la chaîne de valeur vers des solutions à la fois accessibles, disponibles et suffisamment fiables pour un usage quotidien intensif. « Pour les fabricants de filtres, cela représente une opportunité importante, à condition d’être réactifs et capables de développer rapidement les références adaptées. Aujourd’hui, les marques chinoises ne sont plus perçues comme marginales. Elles deviennent des acteurs majeurs du marché automobile algérien » pointe Mohamed Damiche. Au terme de cette étude, il apparait évident que le marché de la filtration en Algérie demeure, peut-être plus que jamais, comme un segment discret dans sa perception, mais central dans ce qu’il révèle des équilibres de l’après-vente automobile. Derrière un produit technique souvent perçu comme standardisé, se dessine une réalité beaucoup plus complexe. En outre, de par sa stabilité de consommation et sa transversalité d’usage, cette famille reste un univers stable, offrant à ses représentants des garanties qui, à défaut d’être grandioses, s’avèrent solides. « Les entreprises capables de s’adapter rapidement, de maintenir une bonne qualité et de suivre les évolutions du marché auront de bonnes perspectives dans les prochaines années » juge Hamza Bouguern. Comme les miroirs évoqués par Cocteau, la filtration renvoie finalement bien plus qu’une simple image technique de l’automobile. Elle reflète les mutations profondes d’un marché algérien encore en construction, entre dépendance historique, montée en compétence locale et nouvelles dynamiques industrielles.
EXERGUES
« La situation du marché est complexe : les Algex rendent le business instable et empêchent d’avoir une vision stable et continue du marché » – Pierre-Henri Tinet, Purflux Group.
« Le marché ne se dégrade pas, mais il connaît une transformation profonde. Il devient plus concurrentiel, plus localisé et plus sensible aux prix » – Mohamed Khaled Douik, Mecafilter-Solaufil.
« Les gammes des fabricants locaux restent restreintes et ne suscitent pas suffisamment la confiance des consommateurs algériens » – Valérie Batisse, Mahle.
« Le marché de la filtration n’est plus un marché de « simple commodité ». Il évolue fortement pour répondre aux exigences des moteurs de nouvelle génération, Nadjib Mansouri, AMC Filter.
LEGENDES
DOSSIER FILTRATION_01 : Bien que difficile à quantifier, le marché de la filtration demeure en Algérie un maillon essentiel dans l’univers de l’après-vente automobile. ©Mahle
DOSSIER FILTRATION_02 : Avec un parc vieillissant et des conditions climatiques qui s’avèrent parfois très difficiles, la filtration jouit en Algérie d’un contexte favorable avec une récurrence d’achat toujours aussi forte. ©Purflux
DOSSIER FILTRATION_03 : Dirigeant de Planète Filtre, Farid Khezani loue les efforts des équipementiers algériens pour améliorer leurs outils de production et leurs offres. ©Algérie Rechange
DOSSIER FILTRATION_04 : AMC Filter fait partie de ses nouveaux entrants, locaux et ambitieux, qui profitent de la stratégie gouvernementale pour se faire une place sur le marché de la filtration. ©AMC Filter
DOSSIER FILTRATION_05 : Sans rupture, l’univers de la filtration n’en reste pas moins très innovant, répondant à des enjeux de performances, de longévité et de respect de l’environnement, tout en s’adaptant à de nouvelles problématiques comme l’électrique et les véhicules chinois ©Mecafilter
3 questions à… Nadjib Mansouri, directeur général d’AMC Filter.
« L’exportation n’est plus une option secondaire mais une priorité nationale »
Quel regard portez-vous sur le contexte actuel et les mesures gouvernementales ?
On estime la consommation annuelle de l’Algérie à plusieurs dizaines de millions de filtres (entre 30 et 45 millions d’unités, toutes catégories confondues), ce qui en fait l’un des marchés les plus importants d’Afrique. L’encadrement strict des importations de pièces de rechange et les barrières tarifaires visent à protéger la production nationale et à réduire la facture d’importation. Les cahiers des charges imposent aux constructeurs automobiles un taux d’intégration locale progressif. À l’instar d’autres secteurs de la pièce de rechange, comme les batteries, le vitrage ou les lubrifiants, les fabricants algériens de filtration connaissent une véritable montée en gamme. Ils couvrent aujourd’hui une part très importante, estimée à plus de 60-70 %, des besoins sur les références VL de grande consommation, en investissant dans des lignes de production automatisées et des laboratoires de contrôle qualité conformes aux standards internationaux.
Si les fabricants algériens grandissent localement, qu’en est-il de leur rayonnement international ?
Le rayonnement international des spécialistes algériens de la filtration commence à se concrétiser. Aujourd’hui, en parfaite ligne avec les décisions stratégiques tracées par les hautes autorités du pays, l’exportation n’est plus une option secondaire mais une priorité nationale absolue et un objectif central. Cette politique gouvernementale vise à diversifier l’économie hors hydrocarbures et à intégrer l’Algérie dans les chaînes de valeur régionales et mondiales. Dans ce cadre, l’accent est mis, premièrement sur la conquête des marchés africains, en tirant parti de la position géostratégique de l’Algérie, des nouvelles lignes maritimes et aériennes, ainsi que des liaisons terrestres (Route transsaharienne, postes frontaliers avec la Mauritanie et le Niger) pour pénétrer la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), et, deuxièmement, sur le renforcement de la compétitivité internationale. L’étape suivante reste l’obtention des certifications européennes (comme l’IATF 16949) pour intégrer les chaînes de valeur globales.
Aujourd’hui, les perspectives vous semblent-elles favorables ?
Les perspectives sont très favorables. Comme indiqué précédemment, le secteur s’industrialise et se professionnalise à grande vitesse. Les barrières à l’entrée protègent les investissements lourds, et la transition vers une production locale de haute qualité garantit un avenir pérenne aux industriels qui maintiennent des standards technologiques rigoureux.
Mecafilter prépare l’avenir
Dévoilée l’an passé en avant-première lors de la dernière édition d’Equip Auto Paris, la nouvelle offre signée Mecafilter est désormais disponible sur le marché. Depuis le premier trimestre 2026, la marque du groupe Misfat propose une inédite gamme de filtres de transmission automatique. Grâce à cette innovation, Mecafilter entend accompagner les profondes mutations du marché automobile et répondre aux besoins croissants liés à l’évolution des technologies de transmission. Depuis plusieurs années, les boîtes automatiques s’imposent progressivement comme un standard, portées par la recherche de confort de conduite, d’efficacité et de performance. Dans le même temps, l’essor des véhicules électriques et hybrides accélère la transformation du parc automobile et fait émerger de nouveaux besoins en matière d’entretien et de maintenance. Face à ces évolutions, les professionnels de la réparation doivent pouvoir compter sur des solutions fiables et adaptées aux nouvelles générations de véhicules. Développée par les équipes R&D du groupe MISFAT, cette nouvelle gamme de filtres de transmission automatique a été conçue pour garantir la protection, la performance et la longévité des boîtes automatiques. Elle permettra également aux réparateurs de proposer un entretien préventif de qualité, tout en accompagnant l’évolution des usages automobiles. Pour soutenir ce lancement, 38 références sont disponibles, avant une étendue progressive de l’offre dans les prochains mois.
3 questions à… Mohamed Damiche, président de Dedax.
« Le secteur va devenir plus technique, plus exigeant, mais aussi plus porteur »
Quel regard portez-vous sur l’évolution du marché ?
Le marché reste encore largement dépendant des importations sur certaines références techniques. Cependant, les fabricants algériens progressent fortement en qualité, en capacité de production, en maîtrise technique et en diversification de gamme. Nous assistons effectivement à une montée en puissance progressive de l’industrie locale, comme dans d’autres segments de la pièce automobile. L’enjeu maintenant est d’atteindre davantage de profondeur industrielle, d’automatisation, et de développement technologique.
Dans ce contexte, sur quoi repose votre stratégie ?
Notre priorité est claire : qualité, couverture de gamme et réactivité. Le marché devient de plus en plus technique. Les distributeurs et les utilisateurs recherchent désormais des produits fiables, une disponibilité rapide, une traçabilité, et une compatibilité parfaite avec les nouveaux véhicules. Nous investissons donc principalement dans l’élargissement des gammes, le développement technique, l’amélioration des matières filtrantes, ainsi que dans l’optimisation industrielle. Nous travaillons aussi beaucoup sur la proximité avec le réseau de distribution et sur la disponibilité locale des références les plus demandées.
Quelle est votre feuille de route ?
Notre feuille de route repose sur plusieurs axes : augmentation de la capacité industrielle, développement de nouvelles références, amélioration continue de la qualité, intégration de nouvelles technologies de filtration, et renforcement de notre présence régionale. Nous voulons également investir davantage dans le contrôle qualité, les essais, et la conformité aux standards internationaux. Selon nous, les entreprises capables d’innover, de maintenir une qualité élevée et d’être proches du marché auront de très belles perspectives. Le secteur va devenir plus technique, plus exigeant, mais aussi plus porteur pour les industriels capables d’investir et de se structurer durablement.






