Nabil Bey Boumezrag, directeur d’Equip Auto Algeria et de promosalons Algérie

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« Nous envisageons des déclinaisons en format allégé du salon Equip Auto à l’Est et à l’Ouest du pays entre deux manifestations annuelles »

Pour notre cinquième anniversaire, il nous a semblé indispensable de donner la parole à celui qui a accueilli le lancement sur son salon du premier numéro d’Algérie Rechange. Un moment fort pour nous, un souvenir pour Nabil Bey Boumezrag, directeur du salon Equip Auto Alger et de Promosalons, à l’aube de son quinzième anniversaire. Respect !

Entre mars dernier où vous avez réussi à maintenir le salon –un salon qui a, d’ailleurs, rempli pleinement son rôle – et aujourd’hui, aucune manifestation n’a pu avoir lieu, comment traverse-t-on une telle période en tant qu’organisateur ?

Paradoxalement, cette année, nous avons eu le temps de souffler. Cela peut paraître étrange comme commentaire, mais il faut savoir qu’organiser un salon représente de très gros efforts, c’est un métier extrêmement épuisant. Pendant neuf mois, quasiment une gestation, on ne fait plus que cela, on gère toutes les situations, des plus anodines comme un changement de décisions d’un exposant, l’égarement d’un container sur le port, aux plus complexes comme l’irruption de nouvelles normes, de réglementations chez nous ou dans un pays tiers, le problème d’un nuage paralysant des espaces aériens, ou une crise politique. Pendant neuf mois, on aménage le plan, on tente de répondre au mieux aux attentes des uns et des autres, on cherche des solutions… sans jamais bénéficier d’un moment de repos, sans jamais pouvoir souffler ni prendre le temps de la réflexion. On agit. Lorsque le salon ferme ses portes, on s’écroule, épuisés. Mais déjà, il faut repartir et se remettre à préparer les prochains. Cette année nous a forcés à mettre un frein à cette course permanente et à nous remettre en question, parce que nous avons eu du temps pour réfléchir, pour évaluer, pour échanger sur de nouvelles idées. Cependant, nous n’avions pas imaginé que cela durerait aussi longtemps. Et nous avons, à nouveau, vécu une période difficile lorsque nous nous sommes aperçus que la situation allait être tendue pour refaire un salon au premier semestre 2021. C’est pourquoi, dès novembre dernier, j’ai réservé le parc de la Safex pour des dates en second semestre en plus de mars, que je conservais pour consacrer, éventuellement, ces journées à une manifestation nationale, si les internationaux ne pouvaient pas se déplacer. Heureusement, nous avons pris cette décision à temps, parce que cela nous permet, aujourd’hui, de préparer la quinzième édition du salon du 27 au 30 septembre 2021 en disposant du Parc.

Un protocole sanitaire élaboré par la Safex avait été validé par le Ministère et se serait appliqué à l’édition de mars. Il impliquait une refonte complète des plans du salon, puisqu’il fixait la largeur des allées principales à 4 mètres au lieu de deux, et celle des allées secondaires à 3 mètres. Cela bouleversait l’organisation des stands et cela nous conduira, pour l’édition de septembre, à revoir totalement la disposition du salon. Ce protocole destiné à assurer la protection de tous sera communiqué aux exposants suffisamment en amont pour qu’ils puissent s’y préparer en toute tranquillité.

Comment se présente, justement, l’édition prochaine en termes de réservations ?

Aujourd’hui, nous en sommes au stade des demandes exprimées puisque, après les reports, nous sommes à 9 mois du salon et surtout, nous attendions la validation du protocole sanitaire pour commercialiser. Mais ce que je peux dire, c’est que les demandes affluent de toutes parts, et que nous nous préparons à une très belle manifestation. On sent une envie de tous les professionnels de se retrouver, d’exposer des produits et de nouveaux services, la période ayant aussi servi à la recherche et à l’innovation. Ceux qui n’avaient pas exposé en 2019 ont exprimé le besoin de revenir, ceux qui avaient réalisé de belles performances en 2020, malgré toutes les interrogations qu’on se faisait à l’époque, souhaitent également exposer de nouveau. Les signaux sont très positifs.

Comme le pavillon n’est pas extensible, est-ce que cette nouvelle donne ne va pas poser la question d’une sélection ente internationaux et nationaux, au cas où il n’y aurait pas assez de place pour tout le monde ?

Nous nous adapterons comme nous l’avons toujours fait. La Safex nous autorise cette liberté, celle de prendre un hall supplémentaire si besoin. Nous accueillerons tout le monde ! La question ne se pose pas pour l’instant, et nous sommes toujours suspendus à l’évolution de la crise sanitaire, même si nous espérons que les vaccinations rendront les choses plus aisées, notamment les déplacements des internationaux.

Quelles ont été les réactions à l’annonce du report du salon et ont-elles été différentes en fonction des pays ?

Les gens comprennent que les choses sont compliquées, cependant, nous n’avons pas eu besoin d’expliquer quoi que ce soit. Comme la crise est mondiale, exposants comme visiteurs savent ce qui se passe, et réagissent tous de la même façon, que ce soit en Algérie ou ailleurs ne change rien. Par ailleurs, nous avons pu faire le salon de 2020 et celui de 2021 est reporté en fin d’année mais est bien programmé, ce que tout le monde respecte.

Alors que tous les salons s’annulaient au fur et à mesure, l’an dernier, est-ce que vous vous êtes dit qu’il fallait peut-être faire évoluer les salons traditionnels vers quelque chose d’autre ?

Lorsqu’on fabrique quelque chose, que l’on produit pour vendre, il n’y a pas mieux qu’un salon traditionnel pour présenter ses produits, les montrer, en expliquer les atouts en face à face. Le visiteur et futur utilisateur a besoin de le voir, de le toucher et de poser des questions à l’exposant. Voilà pourquoi, je ne crois pas au salon virtuel, et plus exactement, je ne crois pas qu’il se substituera au salon physique. Et je ne vois pas de concept pouvant, pour le moment, rivaliser avec nos salons. Ce qui ne remet pas en cause le fait qu’on puisse repenser nos salons et leur apporter des configurations nouvelles, de même que la digitalisation s’avère un excellent moyen d’entretenir les relations entre les salons. L’humain est primordial et le virtuel ne remplacera jamais le contact humain. J’ajouterais, en ce sens, qu’il ne faut pas oublier que l’environnement du salon revêt une très grande importance. Pendant une manifestation, visiteurs comme exposants, clients et vendeurs se retrouvent, prennent des cafés ensemble, dînent ensemble dans les restaurants, discutent dans les lobbies des hôtels, se retrouvent chez des clients en ville ou dans leurs entreprises, dans leurs usines si elles sont proches. Les gens ne viennent pas que pour le travail, ils sont là aussi pour l’aspect convivial et souvent plus décontracté que l’événement génère tout autour. Le salon amène également nombre d’animations où l’on se retrouve, où l’on échange, où l’on valide ce que l’on a vu ou perçu au hasard de ses visites. Le salon est un ensemble de possibles qu’on ne peut pas retrouver dans le virtuel, quoi qu’il arrive.

Pourtant, le modèle du salon s’effrite, les grands salons automobiles sont en train de s’écrouler, Genève est menacé, le Mondial de Paris accuse des défections de grands constructeurs et l’IAA de Frankfurt a dû céder le terrain. Idem pour Détroit. Qu’en pensez-vous ?

L’automobile présente un atout majeur, c’est qu’on peut aller la voir chez les concessionnaires, ou lors de présentations à l’occasion de micro-événements dans les villes, si bien que la nécessité de se rendre sur un grand salon international ne se veut pas aussi impérieuse. Les voitures sont présentées et disponibles toute l’année. Dans le secteur de la pièce ou de l’équipement, sans un salon dédié, vous ne verrez pas de showrooms ou de foires les présenter et surtout donner des choix, des comparatifs ou des explications. Il est sûr que les salons grand public automobiles deviennent très difficiles à rentabiliser, parce qu’il n’y a plus réellement, en Europe, de ventes pendant les manifestions.

Pour revenir aux salons professionnels, il faudra s’adapter aux nouvelles situations, pas forcément sanitaires d’ailleurs, et proposer d’autres choses qui se dérouleraient pendant l’année, entre deux salons annuels. Cela pourrait s’apparenter à des déclinaisons de salons à l’Est et à l’Ouest qui viendraient se positionner entre les deux salons. Ce serait des formats allégés mais qui permettraient de garder le contact en venant au plus près des professionnels. Nous y réfléchissons sérieusement.

Equip Auto Paris a lancé des événements régionaux à partir de septembre dans six villes de France, quel regard portez-vous sur cette démarche proche de celle à laquelle vous réfléchissez ?

Les salons « itinérants » entre deux manifestations Equip Auto à Paris, soit dans une période de deux ans (même trois, cette fois-ci à cause du Coronavirus) me semblent une excellente manière de garder le contact avec les exposants et les visiteurs sans phagocyter l’événement international qui a lieu à Paris. Il s’agit d’aller vers les visiteurs de tout le pays. Dans notre cas, c’est Equip Auto qui viendrait à L’Est et à l’Ouest à la rencontre des visiteurs. Pour maintenir le lien tout en apportant des conditions aux uns et aux autres de se rencontrer, ces événements constitueraient des compléments concrets à la manifestation de référence et une opportunité pour promouvoir la marque Equip Auto. Tout cela est à l’étude et nous vous en informerons plus en détail quand ce sera finalisé.

Les importations de voitures vont repartir, cela signifie-t-il le retour d’un salon de l’automobile à Alger, et est-ce que cela pourrait être une opportunité pour vous de vous positionner comme organisateur d’un salon automobile ou de mutualiser les deux salons, en coordination ? Est-ce qu’il existe une opportunité de créer un pavillon spécial « Après-vente constructeurs » en marge d’Equip Auto ?

Il y aura sans doute le retour d’un salon de l’automobile, je l’espère vraiment, et il n’est pas question pour moi d’aller sur les plates-bandes des autres, qui plus est d’un salon historique. Nous pouvons nous réjouir des nouveaux investissements que les réseaux constructeurs vont effectuer dans le secteur automobile. Peut-être verrons-nous également, les services après-vente des importateurs de véhicules vouloir exposer chez nous, et pourquoi pas dans le cadre d’un « village », dans le salon, mais ce n’est pas ce qui me réjouit le plus. Le plus important réside dans le fait que nous allons assister à une croissance du parc et donc de toutes les interventions qui y sont rattachées, la maintenance, la réparation, le commerce des pièces… autant d’opérations qui vont faire fonctionner les ateliers après-vente et donc les exposants d’Equip Auto par ricochets. A la sortie de la période de garantie, les importateurs indépendants vont mettre sur le marché de nouvelles pièces, etc. C’est tout un écosystème qui redémarre et qui fait du bien à notre marché. Si je devais ajouter un commentaire, je dirais que les concessionnaires n’auront pas besoin, dans un premier temps, d’exposer tant les nouvelles voitures sont attendues et seront vendues très rapidement, d’autant que leur nombre sera inférieur à la demande.

Il y a deux ans, les salons Moroccan Automotive Technologies et Tunisia Automotive ont éclos presque simultanément à Casablanca et à Tunis, faut-il y voir une nouvelle concurrence pour Equip Auto Alger ou une déclinaison nationale des salons de la pièce et de l’équipement ?

Ces salons ont toute leur place parce qu’ils ciblent principalement leur marché comme Equip Auto Alger cible le marché algérien. Certes, nous comptons sur Equip Auto quelques gros acheteurs marocains et tunisiens, ainsi que quelques équipementiers qui invitent des clients marocains et tunisiens à venir visiter notre salon mais cela ne nous confère pas une exclusivité sur le Maghreb ! Chaque salon est « régional » et répond à une demande locale, ce qui exclue toute concurrence entre nous. Il faut plutôt se féliciter du dynamisme de nos marchés.

A l’origine des grands salons internationaux, les organisateurs devaient demander à leurs ministères combien de m² octroyer à tel ou tel pays pour des raisons géopolitiques. Est-ce que ces usages pourraient être repris, initiés par la crise sanitaire ?

Je ne connaissais pas cet historique et nous n’avons jamais eu d’ingérence de l’Etat dans notre organisation de salon. Je ne crois pas que la crise sanitaire pousse les Etats à intervenir, parce qu’ils ont affaire à des gens responsables. Les organisateurs de salons ne font pas n’importe quoi et prennent des décisions en rapport avec une situation donnée. Lors de la dernière édition, j’ai prévenu en amont nos exposants et partenaires chinois qu’ils ne pourraient pas venir en raison de la pandémie, et ce avant que les choses ne se dégradent, ce qu’ils ont très bien compris. Et ils n’ont pas eu à vivre un refus de visa qui leur aurait certainement signifié compte tenu du risque. Nous avons pris le même type de décisions pour les participations italiennes ou coréennes, lorsque l’épidémie a flambé dans ces pays. Mais ces décisions ont été prises en accord avec nos partenaires dans ces pays et dans le cadre de notre responsabilité d’organisateur d’événements. Nous n’avons pas besoin, je crois, de directives, nous sommes assez responsables pour prendre les décisions qui nous semblent les meilleures pour protéger la sécurité de tous ceux qui sont amenés à venir sur le salon. 

Dans un salon BtoB, travaillez-vous avec les organisations professionnelles et dans quel sens ?

Les salons de professionnels constituent une belle plate-forme de diffusion d’informations et de rencontres pour les organisations professionnelles qui sont, bien sûr, les bienvenues. Nous sommes attentifs à leurs demandes et à leurs recommandations. Il nous faire simplement attention à ce que les adhérents des unes ne soient pas plus favorisés que les adhérents des autres. Nous ne sommes pas là pour faire du prosélytisme, mais bien pour donner à tous, les moyens d’exposer en bonne intelligence. Nous sommes totalement libres dans le salon que nous organisons et avons la chance d’être indépendants.

À titre cette fois plus personnel, qu’est-ce que vous ne pouvez pas tolérer ni supporter ?

Dans l’organisation d’un salon, il faut composer avec beaucoup de choses ! La seule chose que je ne supporte pas c’est la condescendance. Sinon, nous supportons beaucoup parce qu’organisateur de salon, c’est plus qu’un métier, c’est une relation passionnelle qui fait que l’on garde ce métier quoi qu’il arrive, même quand on est épuisé et qu’on a envie de tout laisser tomber.  Beaucoup de gens pensent que l’on travaille une semaine par an alors que c’est l’inverse. Le salon c’est comme un accouchement, et lorsqu’il arrive, c’est une délivrance, et non pas le moment où l’on travaille le plus. Ce qui est le plus dur c’est de devoir supporter ce que l’on ne maîtrise pas, ce qui ne relève pas de nous comme la crise sanitaire, ou le nuage, ou un chambardement politique, en face desquels nous sommes impuissants. Après chaque édition, on se dit, jamais plus, puis on repart avec autant d’envie !

Quel est le moment le plus émouvant que vous ayez vécu dans les 14 Equip Auto précédents, et quels ont été les plus durs ?

Incontestablement, le plus beau moment a été le lancement du premier Equip Auto en 2006. Cela a été très dur mais aussi infiniment passionnant ! Et si on devait évoquer les mauvais moments, il y en a eu beaucoup, en 2009, par exemple, où on n’a pas pu le faire, et surtout l’année suivante, en 2010, lors du fameux nuage qui a empêché, au dernier moment, 50 % des exposants de venir alors qu’on avait eu tant de peine à le faire repartir après la crise économique. Mais finalement, 2010 a aussi représenté un bon souvenir, parce qu’on a réussi tout de même à monter le salon, malgré des conditions les plus chaotiques. En réalité, on oublie vite les mauvais moments pour n’en garder que les bons souvenirs.

Comment avez-vous vu l’évolution des professionnels de l’auto, pendant ces années ? Vous êtes un observateur privilégié…

Autant, il me serait difficile de me prononcer sur l’évolution de la profession en tant que telle, autant je peux mesurer la métamorphose qui a eu lieu sur Equip Auto Alger. Elle s’est traduite par l’augmentation des surfaces, le déploiement des équipes, la qualité et la sophistication des stands, etc. En 15 ans, le gap entre la première édition et la dernière est impressionnant. Culturellement, le salon était perçu à l’époque, par les exposants algériens, comme une succursale de leur magasin principal pendant quelques jours, où il fallait vendre le plus possible d’articles. Aujourd’hui, le business n’est plus prioritaire – même si les objectifs sont toujours présents – et passe derrière l’image qu’ils veulent véhiculer de leur entreprise, de leurs fournisseurs, de leurs métiers, de leur filière. Les rencontres avec les clients sont devenues plus importantes que le fait de leur vendre quelque chose sur le salon. Il s’agit de consolider la confiance, le partenariat, de présenter de nouveaux produits, de nouvelles gammes, de nouveaux services, d’apporter de nouveaux supports et de prendre connaissance des demandes, des souhaits, des reproches également. La professionnalisation a été très importante en quelques années.

N’est-ce pas constitutif de la mission de l’organisateur ?

Il est vrai que nous sommes là aussi pour conseiller, pour apporter notre aide et participer à la croissance des métiers qui exposent. C’est dans ce cadre que nous invitons des journalistes, des institutionnels et que nous mettons en place des tables rondes, ou des conférences. Tout ceci concourt à la professionnalisation d’une filière. Mais ce n’est pas nous qui sommes à l’origine de leur développement, nous sommes là pour leur apporter les outils nécessaires à un moment donné et sur un espace donné. On a peut-être, avec eux, sorti ce secteur de l’anonymat, parce qu’il était plutôt dans l’ombre et qu’il est devenu, maintenant, stratégique et intéresse de plus en plus la presse qui en parle régulièrement. Ce n’est pas grâce à nous, c’est grâce à eux et au travail que nous avons fait ensemble. Nous sommes à leur service et essayons de répondre à leurs attentes et à leurs demandes.

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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