Figure de proue d’Equip Auto Algeria, Nabil Bey Boumezrag est également un observateur avisé du marché de la rechange. A l’occasion de ce 50e numéro, le directeur général de l’évènement a accepté de nous livrer son regard sur l’évolution de son salon, de son métier, tout en gardant un mot pour notre magazine.
Depuis huit ans et la sortie du premier numéro d’Algérie Rechange, il s’est passé beaucoup de choses pour le marché de la rechange algérien et pour le salon Equip Auto Algeria. Comment analysez-vous cette évolution ?
Le marché de la rechange a évolué dans le bon sens. Lorsqu’on remonte aux débuts, non pas du magazine, mais du salon, en 2006, on voit une nette amélioration des prestations proposées par les opérateurs. Cette année-là, pour la première édition, il y avait un cœur de cible de professionnels que nous visions et qui sont toujours là. Ce sont eux qui ont tiré tout le monde vers le haut. On parle d’agents agréés qui sont devenus importateurs et qui composent désormais le corps de ce marché. Ces évolutions sont d’autant plus notables qu’elles se sont opérées en dépit de toutes les difficultés rencontrées par l’univers de la rechange et de l’automobile dans son ensemble.
Quel regard portez-vous sur le choix des autorités algériennes de préserver la souveraineté nationale en limitant, ou en contrôlant davantage, les importations ?
L’Etat a choisi d’écrémer le marché et ce n’est pas plus mal car, au bout d’un moment, vous pouviez trouver des opérateurs qui sortaient du cadre. En mettant en place toutes ces mesures, les autorités ont contribué à assainir le marché. Auparavant, tout le monde pouvait s’improviser professionnel de la rechange sans avoir ni les codes ni l’éthique de notre métier. Maintenant, les acteurs sont des gens qui s’y connaissent.
Au cours des dernières années, certains acteurs se sont renforcés, d’autres sont apparus, la concurrence et la structuration du marché ont évolué. Votre salon reflète-t-il aussi cela ?
En tant qu’organisateur de salon, nous pouvons nous féliciter de pouvoir nous appuyer sur une base de fidèles exposants qui reviennent à chaque édition, tout en observant que de nouveaux ont trouvé leur place, ont réussi à s’implanter. Ce n’est jamais simple de pénétrer la rechange quand on vient de l’extérieur. Mais, encore une fois, le fait que les autorités aient assaini le marché, ce qui n’était pas évident pour nous tous, a été d’une certaine façon un mal pour un bien. Que ce soit pour les anciens comme pour les nouveaux, cela a obligé chaque acteur à se professionnaliser. Aujourd’hui, ne reste non pas les plus gros mais les plus sérieux.
De fait, cette stratégie politique a aussi indirectement contribué à améliorer l’image et la réputation de votre salon…
Tout à fait. Depuis quelques années, la qualité des exposants est vraiment perceptible. Comme tous les organisateurs, on fait très attention à ceux qui viennent. On est très attentif à la problématique de la contrefaçon. Ici ou ailleurs, on ne peut pas totalement l’éradiquer mais on y travaille et l’assainissement du marché nous aide forcément.
Pour parler de l’évolution de votre salon, Equip Auto Algeria est devenue une véritable marque et un évènement régional référent. C’est aussi un fait notable des dernières années ?
Oui, absolument, mais le mérite revient autant à l’organisateur qu’à tous les fidèles exposants qui nous suivent depuis plusieurs années. C’est leur salon, c’est grâce à eux que nous avons pu développer la marque. Encore une fois, on y revient, le professionnalisme de tous ces gens-là a contribué à développer la notoriété d’Equip Auto Algeria. C’est désormais un salon qui est bien assis et qui rayonne dans toute la région.
Quand on organise un salon, quel qu’il soit, on a toujours la volonté de toucher un maximum de représentants. Demeure-t-il des métiers, dans la rechange, que vous aimeriez voir figurer dans vos allées ?
En réalité, la question se pose davantage pour les visiteurs que pour les exposants. Concernant ces derniers, nous touchons quasiment tout le monde hormis les concessionnaires et les constructeurs. Lorsque le marché se stabilisera, on arrivera à les faire venir. Notre force est aussi d’avoir réussi à séduire de petits producteurs algériens de pièces de rechange. Ils viennent, reviennent, ont trouvé leur place et font désormais partie du pays. En réalité, le vrai enjeu porte sur les visiteurs. Le souci est que nous n’avons pas d’organisation professionnelle en Algérie donc il est difficile de faire venir toutes les strates de la rechange.
Compte-tenu des futurs enjeux de l’automobile, avez-vous l’ambition de mettre en valeur de nouvelles problématiques ? On pense à l’électrique ou à l’hydrogène.
On aimerait bien aborder ces thématiques mais, en Algérie, nous sommes encore très concentrés sur le thermique, et pour longtemps à mon avis. On parle là d’un grand pays. Les distances sont énormes, les Algériens utilisent beaucoup leur véhicule et les autonomies ne sont actuellement pas suffisantes pour le marché local. Cependant, il y a d’autres sujets très importants à développer sur notre salon.
Lesquels par exemple ?
Je pense à l’émergence des centres de réparation rapide, qui est un enjeu de développement fondamental, mais encore plus à la problématique de la formation. C’est véritablement important. Il y a eu une rupture des importations pendant cinq-six ans en Algérie et, durant ce laps de temps, la technologie s’est bien développée alors que beaucoup de mécaniciens ne se sont pas mis à jour.
Concernant toujours le futur de votre salon, avez-vous encore l’ambition de gagner en proximité avec des déclinaisons de l’évènement ?
Tout à fait. Nous avons toujours cette volonté. Nous avions fait une tentative en 2021 avec l’idée de créer un Equip Auto à Oran. Ça a bien fonctionné mais le contexte a été trop perturbé par la suite. On aimerait le relancer, d’abord à Oran et peut-être ensuite à Constantine.
Un dernier mot concernant Algérie Rechange. Que représente ce magazine pour vous ?
Le magazine, et surtout son rédacteur en chef, connaît parfaitement le salon. Algérie Rechange a beaucoup de sens parce qu’il donne de la visibilité à tout le monde. Petit ou grand, ancien ou nouveau, chacun y trouve sa place. C’est un support en matière d’information. Pour aller plus loin, il faudrait qu’il y ait une version en arabe. Tout simplement parce que, malheureusement, de moins en moins de gens parlent français et avec cette évolution il rayonnerait encore davantage. C’est le magazine de référence de toute la profession mais son audience peut encore être élargie. C’est un excellent support pour les équipementiers, les distributeurs, les opérateurs de la rechange et pour nous aussi bien évidemment. Algérie Rechange est indispensable à notre secteur. Je souhaite désormais qu’il y ait 50 numéros supplémentaires… Donc rendez-vous dans huit ans ?




