La fontaine de Jouvence du FAP

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A l’heure où tout le monde court après le moindre sou économisé, changer le filtre à particules de son véhicule peut s’avérer particulièrement problématique. En tout cas pour le portefeuille. Avant d’en arriver à ce type d’extrême, des solutions intermédiaires existent sous la forme de cures de rajeunissement ! 

En effet, un FAP est censé faire l’ensemble de la durée de vie du véhicule. Seulement voilà, il n’y a pas de miracle : pour que ce soit le cas, il doit être entretenu. Un entretien au fil de l’eau, à intervalle régulier, et un entretien plus poussé qui consiste à donner au FAP une seconde jeunesse. Et en l’occurrence, l’une des idées les plus prisées par l’après-vente en matière de FAP, c’est le nettoyage, visant à s’affranchir, purement et simplement, d’un remplacement. Les professionnels rivalisent d’ingéniosité pour proposer leurs propres solutions de nettoyage. Là, un nettoyage hydraulique. Ici, à haute pression à l’aide de solutions aqueuses spécifiques. Là encore, à l’hydrogène. Avec pour principal point commun un intérêt financier non négligeable puisqu’il faut compter quelques centaines d’euros pour réaliser une opération de décalaminage de ce type. Autre solution intrinsèquement liée au marché après-vente du FAP : l’additif curatif ou préventif. Selon une estimation de la marque Walker, très présente sur ce segment de marché, les additifs ont connu, en 2020, une croissance de l’ordre de 20 %. Et pour cause : pour 60 à 100 euros en centre auto, les produits, faciles d’utilisation, améliorent la durée de vie du FAP et leur permettent un décrassage a minima, avant le grand nettoyage de printemps. Bref, le FAP a sa fontaine de Jouvence, que l’être humain ne connaît pas. Veinard.

Les – très – mauvaises options

Rien qu’en Europe, plus de 45 millions de véhicules diesel sont équipés de filtres à particules et l’on ne compte pas les véhicules essence, qui ont désormais, eux aussi, droit à leur FAP. Bref, en rechange, le marché est colossal pour qui veut proposer à ses clients automobilistes d’entretenir le filtre plutôt que d’attendre qu’il n’y ait plus d’autres solutions que de le remplacer… voire de le supprimer, purement et simplement. Car au Maghreb, force est de reconnaître que la solution qui a le plus souvent voix au chapitre, en cas de colmatage, c’est la suppression du FAP. Très mauvaise idée en forme de théorie du chaos. « C’est une solution extrême à ne surtout pas suivre car lorsque l’on enlève le filtre à particules de l’échappement, on déstructure le fonctionnement complet du véhicule ce qui entraîne des problèmes de sondes, donc l’apparition de plein de codes défauts, une consommation supplémentaire du carburant… », explique Guillaume Brasseur, Product Development Manager de Bardahl. Concrètement, pour caricaturer le système, le FAP capture les particules en suspension dans les gaz d’échappement dans une sorte de nid d’abeille. A force d’utilisation, une couche de suie finit par se former sur les parois du filtre ce qui provoque fatalement une diminution des performances du moteur. Pour éviter que le filtre ne se colmate trop rapidement, il fait l’objet de cycles automatiques de régénération durant lesquels la température des gaz d’échappement va être notablement augmentée afin de brûler le dépôt de suie. Pour améliorer ce procédé de régénération, certains systèmes (dont ceux de PSA notamment), injectent un additif (la cérine) qui va permettre d’abaisser le seuil de combustion des suies. Celles-ci vont donc brûler à plus basse température et être éliminées plus facilement. Ces deux types de filtres, l’un dit « sec » et l’autre « humide », peuvent, avant que le colmatage des suies ne se durcisse tel du corail, être nettoyés et retrouver une seconde jeunesse. Mais attention, il ne s’agit pas de passer un coup de Kärcher sur le produit une fois démonté. Car à l’instar de la suppression du FAP, ce procédé un brin barbare existe encore bel et bien : « Certains nettoient le filtre à particules à l’eau haute pression. Or, non seulement cela altère le nid d’abeilles, mais le lavage haute pression peut également enlever tous les métaux précieux du filtre. Moralité, une fois remonté sur le véhicule le FAP va se colmater quatre fois plus vite et se remettre en défaut ». Le nettoyage, soit en do it yourself, soit franchement professionnel, en l’occurrence est donc bien plus subtile que cela. 

De l’additif au grand décrassage 

Première étape de sauvegarde du filtre à particules : les additifs que n’importe quel automobiliste, mécanicien averti ou pas, peut introduire dans la trappe à carburant de son véhicule. Il existe deux types d’additifs. L’un qui permet de nettoyer et l’autre qui permet de régénérer. Évidemment, le FAP soumis à ces deux chimies retrouvera de l’allant sans pour autant être comme neuf, il ne faut rien exagérer ! Mais ce traitement présente surtout la particularité de garder humides les dépôts de suie afin que le filtre ne se colmate pas trop vite et que lesdits dépôts ne se durcissent pas non plus trop vite puisque plus ils sont durs, plus ils sont difficiles à enlever. L’idée, en somme, est de faire durer le plaisir jusqu’à un nettoyage plus professionnel. « Nous préconisons ce type d’intervention en DIY tous les 5 000 km sur un cycle urbain ou tous les 10 000 km sur un cycle routier », prescrit Guillaume Brasseur. 

Pour le nettoyage professionnel, c’est une autre histoire. Bardahl a ainsi mis au point un programme d’éco-nettoyage réalisé par une machine baptisée 360 5-en-1. « Notre solution permet un nettoyage complet du FAP, du circuit d’injection, du turbo, de l’admission essence et de l’admission diesel. Avec cela nous nettoyons l’intérieur des organes mécaniques du véhicule pour retrouver la performance d’origine. Mais rappelons tout de même que la chimie ne remplace pas les pièces défectueuses. Donc il faut les changer ! Nous ne faisons pas de magie. Ce programme a été mis au point avec les constructeurs automobiles et est homologué par PSA », précise Guillaume Brasseur. Concrètement, ce grand décrassage fonctionne avec trois chimies différentes. Le premier consiste en l’injection d’un produit de nettoyage qui, autant que possible, ne doit pas contenir d’acides, comme c’est le cas chez Bardahl. Pourquoi ? Simplement parce qu’un filtre à particules est garni de métaux précieux et que ces derniers apprécient assez peu l’effet corrosif des acides. Le second produit, combiné à l’action de la machine, correspond à une phase de rinçage qui va permettre aux dépôts d’être évacués par l’échappement. Enfin, le dernier produit est un régénérant FAP introduit directement dans la trappe à carburant et qui va permettre, comme son nom l’indique, de régénérer les métaux précieux qui sont dans le filtre. In fine : « un filtre bien entretenu avec notre programme peut permettre de prolonger jusqu’à cinq fois en moyenne sa durée de vie », estime Guillaume Bardahl. Un intérêt réel qu’ont bien compris les réparateurs. 

Ainsi, l’Algérie arrive deuxième après la France en termes de nombres de points de vente équipés de la solution de nettoyage 360 5-en-1 de Bardahl ! Mais si, avec un carburant de bonne qualité, ce type d’intervention de nettoyage est préconisé tous les 60 000 km environ, il n’y a pas de miracle. « Un filtre à particules se colmate au fil du temps mais quand les dépôts sont devenus comme du corail, colmate toutes les alvéoles et se durcit de plus en plus, c’est impossible à enlever. Or avec notre programme la chimie va être efficace en phase montante du durcissement. Mais quand le colmatage est devenu trop dur, la chimie ne pénètre plus et là il est temps de changer le filtre en lui-même ». Un filtre qui, neuf, flirte allègrement avec les 1 500 euros. Un argument difficilement acceptable pour les automobilistes, alors qu’un passage régulier par la fontaine de Jouvence, lui, oscille entre 60 et 300 euros.

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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