Sadek Khenteur électrise le secteur de la pièce de rechange

Sadek Khenteur électrise le secteur de la pièce de rechange

Tout en dirigeant les deux sociétés Khenteur Composants Automobiles et Khenteur Electric, Sadek Khenteur prépare une révolution dans le secteur des pièces électriques en Algérie, associant nouvelles technologies de la data et croisement des expertises. Enthousiasmant !

À 31 ans, Sadek Khenteur qui préside aux destinées de l’entreprise familiale avec son père, doit certainement bénéficier de l’énergie insufflée par la fabrication des pièces électriques, tant il bouillonne d’idées qu’il transforme en projets et traduit en réalisations. Sadek Khenteur, s’il est peut-être un rêveur dans le privé, ne laisse pas son imagination vagabonder, celle-ci se voit très vite encadrée par un tableau Excel ou un essai technique. Les deux entreprises, l’une de fabrication, de pièces et de distribution, l’autre d’importation et de distribution affichent une belle croissance, à peine ralentie par les contraintes de la pandémie, tandis qu’un projet de grande envergure se dessine : celui de créer la base de données la plus complète possible sur les professionnels de l’automobile à même d’être intéressées par les pièces électriques et leurs composants et accessoires. Mais revenons à l’origine…

Une société de production bien assise

Fondée par son père, en 1997, Khenteur Composants Automobiles s’est construite autour de plusieurs pièces fabriquées sur leur site de Sidi Bel Abbés, dont l’une continue d’être le produit phare de l’entreprise, les « centrales clignotant » et qui plus est le produit dont la croissance est exponentielle : « C’est le produit le plus polyvalent, constate Sadek Khenteur, et qui perdure depuis que nous avons commencé et je suis convaincu pendant longtemps encore. Nous avons ajouté quelques secrets de fabrication qui en augmentent la qualité régulièrement. Bien sûr, nous allons perdre la main sur quelques autres produits comme les régulateurs, parce que les constructeurs automobiles continuent de verrouiller les clés et protocoles. Cependant, nous sommes sereins parce, qu’il existe encore nombre de produits que nous fabriquons pour les véhicules thermiques et dont auront besoin les véhicules électriques. Nous sommes encore loin de participer à des appels d’offre si tant est que les constructeurs nous laissent emprunter les voies de leurs protocoles, mais nous savons que nos capacités à produire des petites pièces électriques en nombre intéressant pour ces véhicules vont rendre KCA plus attractif. » Il continue, malicieux, en ces termes : « Si demain, le marché algérien s’ouvre, nous serons parmi les premiers dans ce domaine parce que nous avons une longueur d’avance dans l’automobiles (34 ans !) et notre usine est certifiée ISO ! »

D’ailleurs, le catalogue produits s’avère déjà bien rempli et surtout adaptable à d’autres secteurs d’activité. C’est ainsi que Sadek Khenteur a proposé – avec succès – des pièces pour l’éclairage public ! En automobile, il propose huit familles de produits, les régulateurs de tension, les centrales clignotant, les temporisateurs et préchauffages, les thermo-contacts, les switches de frein, les électrovannes et la rubrique divers qui comprend toutes les innovations ou accessoires comme les testeurs de batteries, les moniteurs de température, ou encore les bougies de préchauffage… de quoi rebondir ! En clair, KCA revendique sa spécialisation de l’électrique dont les pièces sont commercialisées au niveau national et à l’export. Mais cette spécialisation ne se cantonne pas à la fabrication, elle définit aussi la partie négoce qui prend une dimension très importante ! 

Khenteur Electric : une croissance exponentielle !

Pas question pour Sadek Khenteur de challenger les deux sociétés, même si chacune dispose d’un directeur commercial propre et d’équipes dédiées, comme des bâtiments dévolus à leur activité : « Je suis conscient qu’on ne crée pas une usine de production avec la même mentalité qu’une société de négoce. Il faut bien distinguer les deux activités, c’est pourquoi elles ont chacune leur directeur commercial qui veille au développement de son activité et de celle-ci uniquement ». Du coup, lui a-t-on demandé, non sans humour, n’est-il pas schizophrénique de piloter les deux en même temps ? Il répond en riant « qu’être chef d’entreprise, c’est déjà être un peu schizophrénique »

Néanmoins, il s’en sort plutôt bien ! On apprend, ainsi, que le chiffre d’affaires du négoce de pièces électriques double chaque année et affichait 5,5 millions d’euros en 2021 avec 1 000 références… et que dire de l’avenir : « Nous opérons une grande offensive sur 2022 en prévoyant de mettre sur le marché 6 000 références de pièces alternateurs, démarreurs et tous leurs composants et ceux de leur environnement, les capteurs, les éclairages etc.). Pour ce faire, nous avons énormément travaillé pour constituer un catalogue de pièces très cohérent, ce qui nous a amenés à signer des contrats avec de nouveaux fournisseurs notamment au Brésil, comme ZEN, ZM ou encore GAUSS pour ne citer que ceux-là. L’idée étant de toujours disposer de deux fournisseurs par produit afin d’assurer la disponibilité de la pièce à nos clients. Bien évidemment, notre private label est mise en avant, et représente 50 % du chiffre. Nous nous approvisionnons aussi en Chine, pays dans lequel nous faisons fabriquer nos pièces par de nombreux petits producteurs de qualité ».

6 000 pièces, un catalogue et une base de données 

L’objectif défini par la constitution d’un catalogue de 6 000 références et surtout d’un stock complet et verrouillé comme nous l’avons vu n’obéit pas à un besoin de grandir plus vite, mais au contraire de pérenniser une activité encadrée par une stratégie de croissance réfléchie : « Nous voulons faire avancer le secteur de la pièce électrique en Algérie parce qu’il est sous exploité ou mal exploité, par manque de données, de méthode ou de construction d’un marché. Nous voulons faire avancer la spécialité qui est la nôtre en établissant ce catalogue qui liste les pièces et leurs composants et, parallèlement, en constituant une base de données des professionnels à même d’être intéressés. Une base de données qui sera actualisée et qui prend sa racine par un travail ville par ville. Pour une société comme la nôtre, c’est un investissement conséquent en temps et en argent mais il est nécessaire aujourd’hui et servira le marché d’aujourd’hui et celui de demain quand viendront les véhicules électriques ». Bien évidemment, dans le prolongement, de ces innovations, viendront site internet, catalogue on line, et blog. Ce dernier fera la part belle aux démonstrations techniques, aux commentaires d’experts et de spécialistes, et aussi aux informations produits. Cela nécessitera de communiquer sur l’activité et de travailler la main dans la main avec les clients et les fournisseurs, mais toute la filière sera gagnante. Les seuls soucis que nous pourrions rencontrer sont réglementaires en termes d’importation par exemple. Nous espérons atteindre un chiffre d’affaires supérieur à 10 millions d’euros pour la partie négoce quand la partie production atteint, elle, un peu moins de 5 millions d’euros ». Nul doute que Sadek Khenteur y arrivera, tant l’enthousiasme mâtiné de concentration l’habite !

Un marché « paradoxal »

Profitant de l’implication d’un chef d’entreprise à double casquette sur le marché de la pièce de rechange, nous avons questionné Sadek Khenteur sur la santé du marché. Sa réponse est chargée de sens : « Le marché affiche un paradoxe total. En effet, nous sommes au démarrage d’un boom pour le consommateur, d’une forte croissance de la demande parce que le parc est nouveau ! Entendons par là que le nouveau parc de 2012 à 2020 commence à consommer de la pièce de manière exponentielle alors que, parallèlement, la culture de la réparation pour des véhicules de trois ans et plus gagne le pays. L’habitude de changer son véhicule au bout de quelques années prend fin petit à petit et l’on répare avec des pièces et composants récents et de valeur. C’est le début d’une vague qui va courir jusqu’en 2028 avant de se stabiliser. En attendant, la demande en nouveaux produits ne cesse d’augmenter. Et alors que nous pourrions faire d’excellents chiffres d’affaires, nous ne pouvons pas avoir les pièces. Nombre d’importateurs ont disparu à cause de la crise et de la pandémie et ceux qui restent ne peuvent pas obtenir toutes les pièces qui sont demandées par le marché (les 120 % et les 30 jours plus d’autres règles paralysent les commandes) etc. En clair, plus on a de demandes, moins on a d’importateurs, moins on a de capacités à obtenir les pièces sur le marché algérien. Certes, les conditions de vente sont bonnes puisque la rareté fait augmenter les tarifs mais ce n’est jamais bon à terme puisque les consommateurs vont chercher ailleurs ce qu’ils ne peuvent s’offrir. On redonne ainsi de la force au marché informel qui avait régressé ces dernières années, et n’était plus que marginal. Par ailleurs, on peut signaler que c’est le moment pour les producteurs européens de venir produire ici mais pour les convaincre, il faudra leur donner plus de visibilité que celle dont on dispose aujourd’hui. » Dont acte…

Hervé Daigueperce

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