Mohamed Mansour, directeur des achats, emsg mansour « Chaque piston fait tourner l’autre »

Mohamed Mansour, directeur des achats, emsg mansour « Chaque piston fait tourner l’autre »

En évoquant cette citation frappée au coin du bon sens, de Mohamed Mansour, directeur des achats d’EMSG, on se rassure quant à prise en mains des affaires par les jeunes. Certes, il parlait des relations fournisseurs / acheteurs mais de ce constat perçait toute une politique des relations humaines et commerciales, que nous avons écoutée avec attention, en compagnie de Loïc Cattelle, directeur général de LPS Group ITP-ITPL venu se présenter, d’Adel Bech, Administrateur délégué d’Algérie Rechange en Algérie, et de Farid Mansour, Directeur commercial d’EMSG.

Ce que fait l’Etat, nous le prenons du bon côté, parce que cela va dans le sens de l’organisation globale des métiers. Nous appliquerons les nouvelles règles sans prendre un seul risque, d’une part parce que nous sommes une société familiale qui veut poursuivre son activité pour les prochaines générations, d’autre part parce que nous avons beaucoup souffert à une autre époque du manque de contrôle du fait qu’on puisse devenir importateur sans contrainte. Depuis six ans, depuis que le gouvernement s’en occupe, cela va mieux, 100 % des containers sont contrôlés et s’il arrive que nous soyons sollicités par les douanes pour un contrôle intégral, nous y répondons systématiquement de manière positive. Notre politique consiste à voir plus loin professionnellement, la tranquillité d’aujourd’hui nous donnera la force de continuer demain. On voit des escrocs se démener pour gagner de 2 à 10 % de mieux, cela n’est vraiment pas notre vision des choses. Nous recherchons avant tout la tranquillité et la transparence. Tout est ouvert chez nous et contrôlable. D’ailleurs, nous avons eu un contrôle portant sur 12 années d’activité et tout était correct, il n’y avait rien à signaler, eh bien je dois dire que j’en étais fier ! 

Sur les nouvelles règles et lois

Ce que fait le gouvernement va dans le bon sens. Sans doute, peut-il faire mieux, en intégrant, par exemple, dans sa réflexion les opérateurs économiques ou en s’engageant sur des règlements et des lois stables sur cinq ans pour qu’on puisse les appliquer au mieux et surtout pour que les investissements puissent reprendre. Il n’y a rien de pire que l’absence de visibilité pour les investisseurs. Toutefois, nous sommes toujours optimistes et nous essayons de voir les choses du bon côté et de saisir les opportunités qui se présentent car derrière toute loi, derrière une note, une règle, il y a forcément un objectif, une intention qui va dans le sens des entreprises. A nous de la comprendre et d’en saisir l’intérêt pour transformer ce que l’on perçoit comme une contrainte en une opportunité. Pour pourvoir opérer les mutations nécessaires. Nous sommes souvent sollicités et nous ne refusons jamais de participer à des réunions. Nous notons une réelle volonté de changement en Algérie. Alors, certes, il est vrai que lorsqu’on commence à faire du ménage, ce n’est pas très clair, mais on voit que c’est dans l’objectif de construire quelque chose qui, à terme, sera bon pour la profession. Je citerais un exemple, extrait du discours du Président : si l’administration ne répond pas à un opérateur économique qui demande un terrain dans un délai de trente jours, il est limogé. Petit à petit, on arrivera à une organisation plus claire des choses.

De la nomenclature des produits

La nomenclature douanière est faite pour tout le monde mais ce n’est pas aussi facile que cela. Si l’on entre dans la famille de produits et dans la nomenclature, il arrive que nous nous trouvions dans une impasse. Le législateur prend en considération trois grands principes, le matériau, l’utilisation et l’environnement. L’acier et le caoutchouc étroitement mêlés dans une seule pièce peut faire beuguer le système. Cela prend du temps de tout rentrer, mais la nomenclature change comme la loi. Prenons, par exemple, dans un autre contexte, l’arrivée d’un nouvel acteur algérien dans la fabrication de filtres. Le législateur pourra modifier les conditions d’importation en augmentant les taxes sur ces produits pour favoriser la production locale. Il ne peut pas y avoir quelque chose de fixe en la matière. L’irruption de nouvelles technologies oblige également l’Etat à changer les textes. Cela s’est passé pour l’AdBlue qui n’était évidemment pas répertorié parce que cela n’existait pas. Avec le temps, le législateur a ajouté le produit. Cela a été rendu possible par la communication – auprès du ministère – de pièces techniques lui permettant de statuer. C’est vrai que tout cela est contraignant, mais cela semble aller dans le bon sens.

Des relations avec les fournisseurs 

Nous entretenons des relations de partenaires avec les fournisseurs et faisons en sorte de bien représenter leurs produits. Nous n’allons pas changer de produits parce que certains prix ne sont pas dans le cours du marché. Dans ce cas on s’abstient. De la même façon, nous sommes plus proches des équipementiers allemands qui, même s’ils sont durs, s’engagent à fond sur le partenariat. Certes, cela nous coûte plus cher, notamment en frais de douane parce qu’ils préfèrent opter pour la solution la plus sûre en termes de déclaration en sélectionnant sur deux matériaux composant un même produit le taux de taxation le plus élevé, mais nous préférons rester maîtres de nos approvisionnements. Ce sont eux aussi qui montent des dossiers auprès de la douane pour nous aider à gérer des cas compliqués. Tous les fournisseurs que j’ai ont au minimum une commande par an de notre part et la plupart deux commandes parce que nous jouons le jeu du partenariat. En 2020/2021, nous aurions pu faire 10 à 15 % de mieux, s’il n’y avait pas eu de ruptures dans l’approvisionnement de certains produits, mais nous n’allons pas changer de fournisseurs pour cela ! En revanche, nous serons contraints un jour ou l’autre de nous rapprocher plus fortement des fournisseurs asiatiques qui, aujourd’hui, ne représentent que 10 % du Chiffre d’affaires ou 15 %. Aujourd’hui, la Chine est devenue l’atelier du monde et sur certains produits, nous n’avons pas le choix parce que nous ne trouvons pas les produits ailleurs. Il s’avère aussi que les Européens ont baissé leur niveau de stock qui a occasionné les problèmes d’approvisionnement dont le parlais. C’est en train de changer heureusement et l’Europe nous permet de regagner du temps. Tout bouge. Il suffit de voir ce qui se passe en Turquie, au niveau des pièces de châssis : ils font tout chez eux, rien ne venant de l’extérieur. Ils disposent de complexes de production totalement autonomes jusqu’à la fabrication des emballages. C’est une force économique dont nous devons tenir compte également, parce que, si aujourd’hui, ils n’ont pas tous les produits, ils se sont emparés de belles parts de marché ici et continuent de progresser. Nous sommes depuis toujours concentrés sur la production OEM (Borsehung, Continental ContiTech, ZF, Valeo, Mann-Filter…) mais avec le problème du pouvoir d’achat, nous sommes obligés de modifier notre politique achats tout en privilégiant la qualité.

Distributeur de Bosch 

Nous sommes distributeurs de Bosch depuis trois seulement, pourtant nous sommes devenus le plus gros importateur de cette marque en Algérie. Nous offrons un service complet au client. Bien sûr, nous sommes touchés parfois par la concurrence, car, il faut dire que la distribution a changé ces dernières années et bien que l’on puisse se mettre d’accord sur le fait que la concurrence est bonne, il ne faut pas non plus qu’il y en ait trop…Il nous appartient de faire la différence et c’est ce que nous faisons avec le service. Nous refusons d’entrer dans une guerre des prix qui n’est profitable pour personne. Quand je vois que des produits Bosch sont vendus en deçà du marché, je ne mets pas ces références en vente. J’attends que les stocks en, question s’épuisent et je valorise notre travail par la suite. Le marché reste bon pour les bons. Nous ne sommes pas des suiveurs ! Nous travaillons jusqu’à trois semaines pour sortir une gamme avec les équipes. Toute cette étude est valable pour une action, mais cela vaut le coup. Nous pouvons être un bon client pour Bosch parce que nous vendons régulièrement ses produits. Nous connaissons notre marché, nous alimentons notre stock en fonction et nous anticipons sur les commandes.

Etudes, statistiques et jeunes !

Nous nous appuyons toujours sur des études de marché pour affiner nos commandes. Aujourd’hui, nous avons des jeunes entraînés à travailler sur les études, des statistiques, ce qui nous permet de gérer les 30 ou 40 % de plus que le gouvernement nous demande d’immobiliser dans le cadre des 120 %. Là encore, cette décision nous a obligés à nous pencher beaucoup plus sur la gestion des stocks en interne et d’édicter des règles précises. C’est ainsi que pour un meilleur service, j’ai décidé qu’aucun produit n’entrerait chez EMSG s’il n’est pas étiqueté et pourvu d’un code-barres. Les équipementiers OEM ont déjà standardisé ce process et cela ne leur pose pas de problèmes, mais les autres devront s’y conformer. Sans code-barres, pas d’entrée ! Car ce sont eux qui nous permettent d’améliorer la logistique, les statistiques et donc la gestion plus rentable des stocks.

Adhérent de Nexus Algérie

Indéniablement, c’est un plus, parce qu’on apprend toujours dans ce genre de groupement. Il y a chez Nexus une dynamique qui nous fait partager des infos, des techniques, des directions générales en développement de marché, en stratégies globales. Est-ce que nous sommes trop nombreux, c’est possible, mais cela ne constitue pas un problème majeur. En tous les cas, nous ne sommes pas chez Nexus pour trouver un nouveau fournisseur. Faire pression sur un fournisseur parce que nous adhérons à Nexus ne sera jamais productif.

Gestion d’entreprise

La pièce est notre métier, nous aimons faire ce métier et nous ne sommes pas des tradeurs. Notre travail repose sur la recherche de la disponibilité maximale, la qualité premium et la variété. Nous sommes importants, nous avons plusieurs magasins et nous sommes stockistes. Cela coûte cher d’exercer les trois métiers, mais c’est comme cela que nous concevons notre mission. C’est aussi pour cela que nous livrons avec nos propres camions. Parallèlement, cette politique nous pousse à embaucher des gens de valeur et de faire des efforts permanents pour les former et les faire monter en compétences. Nous leur faisons faire des formations en permanence afin qu’ils progressent techniquement et intellectuellement. Nous donnons véritablement une grande importance à cela, bien que cela nous coûte certes, mais c’est la voie que nous suivons pour apporter plus de service à nos clients. Le service prend parfois des chemins curieux en apparence, mais en gagnant en stabilité du personnel, nous rassurons nos clients et leur facilitons la tâche. Nous avons dans l’entreprise des employés qui ont jusqu’à 25 ans d’ancienneté. Tout le monde doit vivre dignement.

Propos recueillis par Hervé Daigueperce

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