Le poids lourd subit la crise

Le poids lourd subit la crise

Rendant visite à Abderrezak Akroune, le patron d’A&M Distribution spécialisée dans la pièce pour véhicules industriels, nous avons trouvé un manager toujours confiant et battant, malgré une conjoncture qui lui impose de réduire la voilure. 

«A&M Distribution va bien, nous confie en ouverture Abderrezak Akroune avant d’ajouter : nous nous maintenons, pas forcément comme on le voudrait, mais nous tenons le coup et on résiste malgré toutes les entraves que nous rencontrons. Nous espérons pouvoir respirer en 2022, avec une reprise économique en Algérie. Pour l’instant, tout est au ralenti, il n’y a plus de grands projets de construction et de grands chantiers (les plus grands consommateurs de pièces !), cela met à l’arrêt les camions, de même que les transporteurs qui n’ont pas encore regagné leur taux d’activité à part les transports de marchandises. Nous mettons tous nos espoirs dans le nouveau Premier Ministre, et Ministre des Finances qui annonce un plan de relance pour 2022, plan qui permettrait de rebondir. Qui dit plan de relance, dit nouveaux chantiers et grands travaux. Nous le souhaitons ! ».

Des concessionnaires en atelier, des lois contraignantes

Parallèlement à la crise que vivent les transporteurs, et les chantiers, il faut compter aussi avec des modifications de comportement de la part des concessionnaires qui, jusque-là, ne s’occupaient pas à plein temps de la maintenance des poids lourds et qui, depuis l’arrêt des importations des véhicules industriels, doivent s’occuper de la maintenance et de la réparation pour maintenir de l’activité dans leurs ateliers et garder leur personnel. Cela fait autant de moins dans le circuit des indépendants. D’ailleurs, chez A&M Distribution, les effectifs ont été réduits, parce qu’il n’est pas possible de financer des commerciaux qui n’ont plus de clients ! Comme le rappelle Abderrezak Akroune : « Les pièces pour poids lourds n’ont rien à voir avec celles pour les véhicules légers. On le voit aussi sur le marché qui reste bon pour les pièces de rechange pour véhicules légers et les véhicules utilitaires, dont les ventes sont effectuées avec le VL ». Cependant, il est question de la création de Renault Trucks Afrique, résultante d’une co-entreprise entre une entreprise algérienne et le groupe Renault Trucks, dont cette société serait filiale. Un bon signal pour le marché selon Abderrezak Akroune : « Tout le monde attend que cela se concrétise rapidement ».

Moins de pièces, mais plus de règles

Pour Abderrezak Akroune également, les nouvelles réglementations deviennent un casse-tête, et notamment la notion « autre » qui met à mal toute la profession. Des pièces de provenance différentes, ou de matériaux différents ou … n’entrant pas dans les codifications obligatoires des registres de commerce. Le « Autre » interdit de facto l’importation de nombreux produits, parce qu’ils ne sont pas recensés. Ce problème est soulevé par l’ensemble des professionnels qui ne savent plus comment s’y prendre. Et cela vient s’ajouter au problème documentaire auquel étaient déjà confrontés les mêmes professionnels, générant d’énormes pertes de temps. A ceci, il faut ajouter quelques problèmes d’approvisionnement – comme partout dans le monde par ailleurs -mais qui n’ont eu que peu d’impacts chez A&M Distribution : « Ce ne sont pas les questions d’approvisionnement qui nous ont perturbés et nous posent soucis, ce sont les difficultés financières qui grèvent notre activité. Les tarifs des transports, des containers, de l’énergie augmentent tandis que les fournisseurs sont obligés de nous en répercuter les hausses. Nous n’avons qu’une solution, c’est de les répercuter, aussi mais dans une moindre mesure, en diminuant nos marges. Parce qu’avec la dévaluation du dinar, nous ne pouvons pas jouer sur les prix comme cela. Il faut que nos clients puissent continuer de rouler ! Il n’en demeure pas moins que nous demeurons fidèles à nos fournisseurs et nous ne recherchons pas des équipementiers proposant des tarifs plus attractifs, parce que nous sommes trop attachés à la qualité des pièces. Nous communiquons plus régulièrement avec nos fournisseurs et nos clients pour trouver des solutions, via, également, un développement renforcé des réseaux sociaux qu’anime mon fils Rayan. »

Hervé Daigueperce

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