Chronique d’un retour en Algérie par Davide Giovanardi – OCAP

Chronique d’un retour en Algérie par Davide Giovanardi – OCAP

Après une longue absence contrainte par la fermeture des frontières et les précautions contre la Covid-19, les responsables export de tous pays n’en pouvaient plus de ne voir leurs partenaires qu’au travers de leurs écrans d’ordi ou de téléphone. Tous espéraient trouver un créneau pour pouvoir revenir en Algérie, et parler de vive voix et dans les yeux avec leurs clients. L’un d’entre eux, Davide Giovanardi fut l’un des premiers sinon le premier à retrouver ses interlocuteurs privilégiés. Il évoque ses moments avec émotion. 

« Lorsque je suis arrivé en Algérie, je crois que personne n’était encore venu – tout au moins chez tous ceux à qui j’ai rendu visite début octobre. Et la première impression que j’ai ressentie se résume à un mot « Renaître » ! C’est comme s’il y avait eu une parenthèse que ma venue levait. Mon temps se partageait comme d’habitude entre visites de courtoisie et rendez-vous professionnels, mais l’effet se révélait à chaque fois identique. »

Revenons au départ et à l’arrivée : « Lorsque je suis arrivé à l’aéroport, où beaucoup de monde se pressait – cela m’a surpris de voir autant de monde, je n’avais plus l’habitude — raconte Davide, Hafid – Hafid Temglit, son correspondant en Algérie, ndlr – n’était pas là et l’idée que j’étais un peu pionnier m’est revenue. En prenant rendez-vous, j’avais compris que pour mes partenaires, c’était une première visite et cela me rappelait les pistes de neige vierges qui impriment vos traces quand vous êtes le premier à les emprunter. J’ai alors pris un taxi tout cabossé mais peu importait, j’étais dans un état d’esprit de retour à la vie, de fuite du cauchemar qu’on avait vécu en Europe pour redécouvrir un autre monde. Je n’étais pas pressé, et je retrouverais bien Hafid pour partir voir les clients. » 

Des relations humaines renforcées

Lorsque Davide rencontre ses clients, l’accueil est extraordinaire, justement parce qu’il redevenait ordinaire comme Davide nous le raconte : « toutes les personnes que j’ai pu voir pendant les dix jours de ma visite étaient très contentes de me voir et ce n’était pas pour parler affaires – même si le business a été l’un de nos sujets : Mais parce qu’avec ma venue, c’était comme un signe que les choses allaient dans le bon sens, que le retour à des conditions normales pouvait être envisagé. Tous espéraient que les choses reprennent leur cours, il y avait beaucoup d’espoir. Pour moi qui me rends depuis 21 ans en Algérie et qui avait été bloqué 18 mois sans pouvoir y retourner, cela m’a fait un bien fou. Je ne suis pas « digital » bien que je m’en serve au quotidien, pour moi, les relations face to face sont primordiales. On a besoin de se voir, de se comprendre, de s’aimer et de se disputer, de s’embrasser et de se fâcher … un peu. Mais quand les choses sont dites en face à face, les solutions arrivent et les relations humaines reprennent leur bienveillance. Je crois qu’elles ont été renforcées par cet exil contraint. On s’est tous remis en cause, et on a tous revu l’importance des choses sous un autre angle. Et je l’ai ressenti à Constantine, à Bab Ezzouar, à Oran, dans l’Est. Les sensations étaient partout les mêmes. » 

Les mots du silence

Et Davide de raconter comment il a été reçu… Ici le distributeur l’invite à déjeuner à la maison où toute la famille se réunit et mange comme la tradition le veut dans la même assiette sans bavette ou masque, symbolisant ainsi la liberté recouvrée. Là, le futur client signe une convention, dont il a été 1000 fois question par des échanges sur Skype ou WhatsApp. Le contrat prend alors tout son sens parce qu’il est partagé de vive voix, de chaleur humaine échangée. Il confie : « Partager ensemble, c’était beaucoup. Il n’y avait pas de grands mots, juste des gestes fraternels autour d’un repas, où chacun se regarde dans les yeux tranquillement. Je crois qu’il y avait aussi moins de sourires que les fois précédentes, mais plus de poids dans les silences et les mots plus touchants, plus attachants. Je dirais que c’était le silence des retrouvailles, du respect. Rapidement, on se donnait la main, on s’embrassait sans se retenir comme si on voulait effacer toute cette période d’éloignement. Sans doute, il y a eu un risque mais c’était l’émotion qui prenait le dessus, qui parlait plus fort que les messages par téléphone, ou par e-mail. »

Depuis de nombreux responsables export sont revenus en Algérie – et dans d’autres pays – et ont également vécu ces moments très fortement comme autant de signes d’un revivre. Fasse que la pandémie nous laisse le loisir de tous reprendre notre vie. 

Propos recueillis par Hervé Daigueperce

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