Rencontrer Walid Benalikhoudia, le directeur général du Groupe BK, spécialisé dans la fabrication de pièces de plastique pour l’automobile, c’est un peu comme prendre un grand bol d’air frais, d’enthousiasme et d’optimisme réunis. Entretien avec Walid Benalikhoudja, ingénieur et footballeur, travailleur et fondateur, courageux et audacieux.
Beaucoup de gens auraient laissé tomber. Lui, non ! Lorsqu’on découvre son parcours, on se dit qu’il y a des jeunes gens qui nous font croire en l’avenir, des jeunes gens dont la passion renverse les obstacles et transforme les contraintes en opportunités. Pour cela, il faut de la créativité et ce n’est pas ce qui manque à Walid Benalikhoudja, que nous avons rencontré dans son nouvel entrepôt encore sommairement équipé, parce qu’un incendie dû à un faux contact a ravagé le précédent, le forçant à repartir de quasiment zéro, si ce n’est la confiance de partenaires et de fournisseurs ralliés à sa cause. Mais revenons au début.
Fort d’un diplôme d’ingénieur en automotive obtenu en 2018, Walid Benalikhoudja avait déjà commencé à gagner sa vie en créant un magasin de pièces détachées automobiles asiatiques. Nous voici en terrain connu, mais voici qu’il ajoute que, parallèlement, il est aussi joueur de football (amateur en troisième division) et qu’il est allé jusqu’en demi-finale de la coupe d’Algérie. On ne lui a pas demandé, pourtant on peut l’imaginer au poste d’attaquant ! En tous les cas, cette fougue s’explique mieux, de la même façon que son esprit d’initiative et d’équipe, comme le fait de rebondir et de ne pas se déclarer vaincu. Comme il a joué un peu partout dans le secteur, bouger, changer, innover ne lui fait pas peur. Et c’est là que le ce bouillant jeune homme décide de créer une entreprise de fabrication de pièces automobiles à la fin de ses études en 2018. Nous y sommes !
L’injection plastique devient la solution !
Lorsqu’il se destine à la fabrication, Walid Benalikhoudja réfléchit à la meilleure façon de s’inviter sur un marché qui compte déjà des productions de différentes sortes. C’est ainsi qu’il récuse les plaquettes de frein, les filtres …avant de penser aux pare-chocs, une activité dont les acteurs ne se bousculent pas ! Cependant, se lancer dans la fabrication de pare-chocs signifie investir sur une machine et des moules. Or la machine s’avère inaccessible avec un prix d’entrée de 400 000 dollars. Reste la sous-traitance pour laquelle il investit dans un moule qu’il avait fini par trouver après de longues recherches, pour la seule raison que les grands formats ne courent pas les rues ! Le moule de grande qualité lui coûte 150 000 dollars, tandis qu’une usine se laisse convaincre pour de la sous-traitance à hauteur de 2 000 pièces. Une chance car « les grandes usines qui font cela ne sont pas connues et généralement ne travaillent que pour eux, » nous confie-t-il avant de reprendre sur le ton de l’humour : « J’ai dû reprendre et corriger les 2 000 pare-chocs car le plastique utilisé était différent de celui qui avait été prévu lors des calculs (et donc pas en rapport avec le retrait après injection). J’ai récupéré tous les pare-chocs et je les ai tous changés en ajoutant des becquets chromés. »
C’est alors que le jeune chef d’entreprise se redresse et acquiert un nouveau moule, sa première expérience s’étant bien terminée malgré le problème technique en cours de fabrication. Pourtant, là aussi, il ne lui pas été facile d’accéder à son désir car « nous n’avons pas le droit de faire venir des moules d’injection en Algérie. J’ai cependant bon espoir car j’en ai parlé au Ministre lors d’une réunion organisée pour rencontrer des industriels. J’ai été bien accueilli car, s’il existe plusieurs entreprises qui produisent des petites pièces plastiques, je suis le seul à m’être lancé dans la fabrication pare-chocs. » En attendant, ce sont des chinois qui l’aident à acheter sa machine et le voici remonté à bloc pour poursuivre son activité. C’est ce qu’il fait en obtenant l’accord de la société » PERA qui lui vend des moules d’occasion moins chers et plus dans ses moyens.
Des idées et des projets, et toujours de l’enthousiasme
Alors que nous n’avons pas encore fait l’inventaire de ce qu’il fabrique, il nous parle d’un autre projet qui consiste à monter une usine d’assemblage de moteurs avec un ami courant 2026 ! Bref, on ne l’arrête pas et il revient à ses pare-chocs : « Pour des grands volumes comme des pare-chocs, il n’y a que l’injection qui soit possible. Cependant, nous faisons également d’autres pièces plus petites comme les cache-antibrouillards, les supports moteur, les portes vitres, les grilles de pare-chocs ou encore les poignées. « Dans le futur poursuit-il, nous produirons des cache moteurs en plastique nouvelle génération ». Une autre machine devrait venir se joindre à la première prochainement. Pour l’heure, il livre des pare-chocs pour Chery YK, Chery QQ et les petits camions IDFM. Et de nouveau, nous étonne par sa lucidité et son dynamisme : « J’ai discuté avec l’un des responsables de FIAT Algérie, dont je ne pouvais pas satisfaire les demandes, car il souhaitait une machine habilitée en 2400 tonnes or celle que j’ai ne dépasse pas les 1350 tonnes. En termes de capacité de production, en 24 h et en trois huit, je pouvais livrer 300 pare-chocs ! Je me suis en même temps positionné pour produits des petites pièces comme les calandres pour les petits utilitaires. J’ai confiance ! Par ailleurs, nous avons été questionnés par Jettours, une marque du Groupe Chery et par le repreneur de l’usine de Kia, par Greatwall avec Cevital.. »
Entre temps, il y a eu l’incendie, ce qui a ralenti la croissance de BK mais non sa pérennité car en peu de temps il a réussi à reprendre la production tandis que son frère poursuit l’activité de pièces de rechange.
La peinture en plus
Proposer toujours de la valeur ajoutée définissant son fonctionnement naturel, Walid Benalikhoudja a, dès le début, envisagé d’ajouter la peinture des pare-chocs dans sa panoplie de prestations. « En effet, nous explique-t-il, tout ce qui est importé est peint et on ne peut pas choisir. C’est pourquoi, je propose la peinture comme option et je me suis rapproché de tôliers, de peintres professionnels pour pouvoir offrir ces services qui sont appréciés en après-vente également, et par les casses, et aussi dans le cadre des garanties. Je suis à la recherche d’une machine pour passer à la peinture par automate, par robot afin de créer des lignes de peinture sur tapis roulants de manière à ce que ce soit le pare-chocs qui tourne et non l’inverse. Par ailleurs, on peut recycler et nous utilisons des 10 à 20 % de plastiques recyclés. »
Du côté de la commercialisation, Walid Benalikhoudja se montre d’une très grande prudence (ou clairvoyance). Il veut pouvoir assurer les commandes et afin de ne pas décevoir, il a délibérément contenu sa commercialisation en s’appuyant sur trois grossistes et un importateur qui travaillent sur les marchés clés d’Alger et à Ain M’Lia principalement. « Lorsque j’ai commencé, j’ai communiqué sur les réseaux sociaux et les commandes ont afflué sans que je puisse contenter tout le monde ni même gérer toutes ces demandes. Je suis revenu à un modèle plus contenu et plus rationnel. Ce qui ne m’empêche pas de poursuivre de nombreux projets. Je travaillais sur de la fabrication de télécommandes lorsque l’incendie m’a contraint de repousser. Parallèlement, j’ai l’intention de m’associer avec des chinois ou des indiens y compris pour le prêt de moules. J’ai des projets pleins le tête ». Il a bien fait de nous le dire, nous n’y aurions pas pensé…
Hervé Daigueperce




