Partenaire de la reprise auprès de l’équipe d’Olivier Van Ruymbeke et de ses associés, Bpifrance participe au nouveau pacte d’actionnaires, renouvelant sa confiance à l’entreprise de distribution de pièces de rechange, présidée aujourd’hui par Sylvain Abergel. Un accompagnement qui n’est pas seulement financier ou symbolique, mais qui correspond au travail de fond de cette banque, qui est également un fonds d’investissement. Lors de la convention d’AMERIGO International, l’un de ses éminents représentants, Ménelé Chesnot, était venu apporter son soutien à l’équipe et rencontrer les membres dans une volonté de transparence et d’échanges constructifs. Echos.
Il n’est pas coutumier de rencontrer les actionnaires d’une entreprise de distribution lors d’une convention groupe, encore moins d’y voir un « banquier ». Interpellés par cette nouveauté (pour nous), nous avons voulu en savoir plus (néophytes que nous sommes en ce domaine) et avons eu la chance de découvrir en la personne de Ménelé Chesnot, quelqu’un non seulement d’approche aisée et aussi très pédagogue. D’emblée, il nous a rappelé que Bpifrance était un établissement public, dont le capital est réparti entre l’Etat (à 50 %) et la Caisse des dépôts (à 50 %) et dont les fonctions étaient doubles, d’une part bancaire (effectuer des prêts) et d’autre part, agir en partenaire (investir dans les entreprises comme actionnaire). Pour quelle mission ?« Bpifrance est là pour aider les entreprises françaises à se développer, notamment en apportant des appuis financiers, soit sous forme de prêts (la banque) soit sous forme de prises de participation (l’investissement). Nous avons parallèlement des équipes qui accompagnent les entreprises au travers de consultants internes ou externes afin de les aider dans leur développement. Cela peut passer, par exemple, par proposer une solution à cette question : « comment se rendre plus attractif auprès de jeunes talents ? » C’est un accompagnement par l’échange. Nous sommes une banque, certes et un fonds d’investissement, mais nous sommes un établissement public. C’est en cela que nous nous différencions des autres par l’apport d’un continuum de services complémentaires. Nous avons ainsi créé des « accélérateurs » (promotion d’entreprises suivant un cycle de formation) regroupées soit par secteurs d’activité comme soit par régions. Les métiers des sociétés que nous accompagnons sont très variés, et c’est pourquoi, nous nous appuyons également sur notre réseau de dirigeants d’entreprises qui nous aident à mieux cerner les enjeux de transformation. Ces programmes sont des lieux où nous nous retrouvons pour échanger ensemble, des chefs d’entreprise qui parlent à d’autres chefs d’entreprise. La vision la plus juste d’une société nous apparaît alors. » L’image du banquier d’Etat derrière un gros bureau, l’air sévère et décidant en toute puissance du sort réservé au dernier chef d’entreprise ayant osé franchir la porte de son bureau s’écroule immédiatement. Mais attention, ce n’est pas le Club Med, les responsabilités des uns et des autres sont réelles et assumées comme on va le voir.
Bpifrance, centre de profit et non de coûts
En tant que fonds d’investissement, Bpifrance est régi par les mêmes lois que les autres, et c’est ainsi que l’on apprend que « tous les ans, Bpifrance verse des dividendes à l’Etat. Nous sommes un centre de profit et non de coûts et nous avons investi dans un millier d’entreprises très diverses, de Stellantis, par exemple, à AMERIGO.
Lors de la constitution de Bpifrance, la Caisse des dépôts a apporté de l’argent, l’Etat certaines participations qu’il avait dans de grandes entreprises comme Orange. Depuis, Bpifrance a su se développer notamment au travers de fonds dédiés tel que le F.ME.A. (Fonds de Modernisation des Entreprises Automobiles) où Renault et Stellantis sont aussi de la partie avec comme objectif de financer des sous-traitants automobiles. J’évoque l’automobile, et je pourrais citer aussi la création d’un fonds « Vert » pour soutenir la transition écologique et économie circulaire, ou rappeler Oséo dans les années 80 au service des hôteliers, ayant conduit à la constitution de fonds dédiés au tourisme, ou encore préciser que l’on a un fonds spécialisé dans l’industrie de la défense (« Pour garder la paix, il faut s’armer »), etc. En clair, nous créons des fonds dédiés à des secteurs précis et qui nécessitent des aides à différents niveaux. »
Qui choisit qui ?
Si le fonds d’investissement Bpifrance doit être un centre de profit, les entreprises qu’il soutient doivent générer des résultats positifs. Alors, nous sommes-nous demandé, mais qui choisit ? Est-ce l’entreprise qui demande à Bpifrance d’investir chez elle ou est-ce Bpifrance qui recherche des sociétés ou des secteurs qui répondent à ses critères d’aide et de financement ? Ménelé Chesnot nous répond d’un sourire : « C’est un drôle d’attelage ! Ouvrir son capital c’est un peu comme un mariage. En clair, on se « drague » mutuellement pour que l’entreprise nous choisisse et pour que nous décidions d’investir chez elle. Pour autant l’offre et la demande doivent se rencontrer. Et c’est là aussi que notre statut d’investisseur public joue un rôle essentiel. En effet, et c’est ce qu’il faut bien comprendre, nous ne recherchons pas forcément uniquement le retour financier, mais un retour sur investissement global, pas seulement en argent. Le fonds qui accompagne est d’abord un soutien financier avec détention de capital. Nous avons ensemble le besoin de réussir. Quand tout va bien, on fait comme tout le monde, mais quand cela va mal, on continue de soutenir, parce que c’est dans la culture du service au client : le meilleur du privé avec une notion de service public. Pour vous donner un exemple, lors du Covid, j’ai reçu en 5 jours autant d’appels que dans une année normale ! Notre mission consiste donc à trouver une réponse à un besoin et c’est pourquoi, il nous arrive de chercher d’autres outils que les nôtres, mis en place par l’Etat, et qui conviennent mieux à une situation donnée. Et si on ne peut pas, on va quand même essayer de trouver quelqu’un que cela pourrait intéresser. »
Jamais seul !
Autre point essentiel du processus d’investissement de Bpifrance, le partage de l’investissement comme nous le rappelle Ménelé Chesnot : « Nous ne prenons pas de parts dans une entreprise s’il n’y a pas d’acteur privé qui investit également. Cela est valable pour le prêt également, nous ne prêtons qu’à côté d’un autre. Pour nous, il s’agit d’aider au financement, en garantissant ou en partageant le risque, mais nous ne sommes jamais actionnaire majoritaire. C’est le management de l’entreprise qui gère, l’homme qui est à la tête, ce n’est pas le fonds même si nous travaillons en partage, en échange. Il n’entre pas dans notre rôle de piloter. En revanche, au moment de l’investissement, nous fixons un pacte d’actionnaires qui établit les règles de la gouvernance et de la prise de décision. Tout est très clairement établi. Et il y a bien sûr des différences. Certains exigent des reportings avant toute décision, d’autres non. Ce qui est essentiel, c’est que l’entreprise rende des comptes sur ses choix, et s’il y a lieu cela prête à débats. C’est en ce sens qu’on décide de se voir tous les mois, parfois moins, d’autre plus. L’intérêt de ces rencontres réside dans le fait que l’on peut apporter des conseils, que l’expérience acquises dans d’autres entreprises dans lesquelles nous investissons nous permettent d’apporter. »
Et AMERIGO International, un bon client ?
« La première opération a été positive et nous pensons que la seconde le sera aussi » commente Ménelé Chesnot avant de préciser : « Lors de la seconde opération, nous étions en charge d’assurer la transition entre une équipe d’investisseurs dont Olivier Van Ruymbeke vers une nouvelle équipe dont Sylvain Abergel et Alexandra Laurent. Nous les avons accompagnés, parce que nous avions affaire à des cadres qui prenaient leur envol. Par ailleurs, Trocadero Capital Partners (investisseur du premier round) souhaitait sortir car il en avait l’occasion et qu’il était satisfait des résultats de son investissement. AfricInvest Europe est sorti également. BNP Paris Développement, Société Générale Capital Partenaires et Socadif Capital Investissement (Crédit Agricole IDF) sont venus les remplacer. Et puis, nous avons décidé de continuer, parce que cela fonctionnait et que notre rôle d’accompagnement faisait encore sens. C’est un privilège que nous avons parce que nous pouvons, après une première opération, revenir pour un second tour, ce qu’un fonds traditionnel ne peut faire. Au vu des actionnaires actuels, je pense que vous avez la réponse à votre question ».
Hervé Daigueperce





