La PIEC à l’heure de l’accélération

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Longtemps considérées comme une alternative économique à la pièce neuve, les pièces issues de l’économie circulaire (PIEC) changent progressivement de statut. Portées par les contraintes environnementales, la hausse du coût des matières premières, les tensions d’approvisionnement et l’évolution des réglementations, elles deviennent un véritable levier industriel pour l’ensemble de la filière automobile.

Parler de pièces issues de l’économie circulaire suppose d’abord de définir précisément le périmètre concerné. Si l’expression est aujourd’hui largement utilisée par les professionnels de l’automobile, elle ne recouvre pas toujours exactement les mêmes réalités selon les pays et les régions. En France, la notion de PIEC a été introduite dans la réglementation en 2016 afin d’encadrer l’utilisation de pièces alternatives dans la réparation automobile. Elle désigne principalement les pièces issues du réemploi provenant de véhicules hors d’usage, mais également certains composants remis en état. La définition française englobe ainsi plusieurs catégories : les pièces de réutilisation, les pièces rénovées, les pièces remanufacturées et certains composants recyclés ou valorisés. À l’échelle internationale, il n’existe toutefois pas encore de définition unique et universelle. Les Anglo-Saxons utilisent davantage les notions de « reused parts », « refurbished parts » ou « remanufactured parts ». La remanufacture correspond ainsi généralement à un processus industriel plus poussé : démontage, contrôle, remplacement des éléments défectueux, remise au niveau de performances d’origine et garantie comparable à celle d’une pièce neuve. Le réemploi, lui, repose davantage sur la récupération et la réutilisation directe d’un composant encore fonctionnel. Cette diversité de vocabulaire traduit aussi des différences de maturité entre les marchés. En Europe, la circularité est largement portée par la réglementation environnementale et la gestion des véhicules en fin de vie. En Amérique du Nord, la remanufacture constitue depuis longtemps un secteur industriel structuré. En Asie et dans plusieurs pays émergents, le marché reste souvent davantage orienté vers la réparation économique et la disponibilité des pièces.

Un marché déjà significatif à l’échelle mondiale

Même s’il reste difficile d’isoler précisément le chiffre d’affaires des seules pièces circulaires dans l’ensemble de l’après-vente automobile, les différents segments concernés représentent déjà plusieurs centaines de milliards d’euros à l’échelle mondiale. Le marché de la remanufacture automobile constitue notamment l’un des segments les plus matures, porté par les moteurs, transmissions, systèmes électriques et composants mécaniques. Le marché européen de l’économie circulaire automobile, intégrant le réemploi, la remanufacture et le recyclage des composants, est estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars et devrait poursuivre une croissance soutenue dans les prochaines années. Cette dynamique est alimentée par les objectifs européens de réduction des émissions, par la nécessité de préserver les ressources et par la montée en puissance des véhicules électriques. La France occupe une position particulière avec un écosystème structuré autour des centres VHU agréés, des plateformes de pièces de réemploi, des spécialistes de l’échange standard et, désormais, des initiatives portées par les constructeurs eux-mêmes (voir par ailleurs). La pièce de réemploi représente encore une part limitée du marché global de la réparation automobile, mais son potentiel de développement reste important, notamment sur les véhicules anciens et les réparations dont le coût devient un facteur déterminant pour les automobilistes. Au Maghreb, la situation est différente. Les marchés marocain, algérien et tunisien reposent historiquement sur une forte culture de la réparation et de la réutilisation des composants, souvent liée à la recherche de solutions économiques. Toutefois, la structuration industrielle de la filière est en train d’évoluer. Le développement de l’industrie automobile marocaine, la montée en puissance des investissements étrangers et l’intérêt croissant des constructeurs pour le recyclage et la valorisation des véhicules ouvrent de nouvelles perspectives. L’Empire chérifien voit notamment émerger des projets visant à mieux organiser la récupération des véhicules hors d’usage et la réutilisation des pièces.

Des familles de produits de plus en plus larges

Sur le plan de l’offre, le marché connaît une nette accélération. Les premières générations de pièces circulaires concernaient principalement les composants mécaniques classiques. Aujourd’hui, le périmètre s’élargit considérablement. Les pièces les plus dynamiques restent les composants à forte valeur économique et technique : moteurs, boîtes de vitesses, turbocompresseurs, démarreurs, alternateurs, compresseurs de climatisation ou systèmes de direction. Ces produits se prêtent particulièrement bien à la seconde vie car leur structure permet un démontage, une remise en état et un contrôle approfondi. La carrosserie représente également un marché important pour la pièce de réemploi. Portières, pare-chocs, éléments d’éclairage ou vitrages peuvent être récupérés sur des véhicules accidentés puis proposés aux réparateurs avec un avantage économique significatif. Mais la grande évolution des prochaines années concernera sans doute les composants liés aux véhicules électrifiés. Batteries de traction, moteurs électriques, électronique de puissance et matériaux critiques deviennent des enjeux majeurs. La seconde vie des batteries, leur réparation et leur recyclage ouvrent un nouveau champ d’activité pour les acteurs de l’économie circulaire. Dans ce cadre, l’argument économique reste aujourd’hui l’un des principaux moteurs du développement des pièces circulaires. Pour les automobilistes, elles permettent de réduire le coût des réparations, parfois de manière significative. Pour les réparateurs, elles constituent une solution supplémentaire pour maintenir en circulation des véhicules dont la valeur résiduelle ne permettrait plus toujours de justifier une réparation avec des pièces neuves. Pour les professionnels de l’automobile, la circularité représente également une opportunité de diversification. Les distributeurs, plateformes logistiques, centres VHU et constructeurs développent progressivement de nouveaux modèles économiques autour de la collecte, du tri, de la remise en état et de la redistribution.

Une croissance appelée à s’accélérer

À court et moyen termes, plusieurs facteurs devraient accélérer le développement des pièces issues de l’économie circulaire. Le premier est réglementaire, avec une pression croissante des autorités, particulièrement en Europe, pour favoriser la réduction des déchets et l’utilisation de matières recyclées. Le deuxième est industriel, avec la volonté des constructeurs et équipementiers de sécuriser l’accès à certaines ressources critiques. L’initiative du groupe Renault en est un bel exemple. La transformation du parc automobile jouera également un rôle déterminant. L’arrivée massive des véhicules électriques va créer de nouveaux besoins autour de la réparation, du diagnostic et du recyclage des batteries. Elle devrait aussi favoriser l’émergence de nouvelles compétences industrielles. Enfin, la digitalisation permettra de mieux tracer les composants, d’améliorer leur identification et de sécuriser les échanges entre acteurs de la filière. La mise en place progressive de passeports numériques ou de systèmes de suivi des matériaux pourrait renforcer la confiance dans les pièces issues de l’économie circulaire. Longtemps perçues comme une solution alternative, les PIEC sont donc en train de devenir un véritable pilier de l’après-vente automobile. Leur développement ne répond plus seulement à une logique de réduction des coûts. Il participe à une transformation plus profonde du modèle automobile, fondée sur une meilleure utilisation des ressources et sur la prolongation de la durée de vie des véhicules.

A Automechanika Frankfurt, l’économie circulaire s’impose comme un pilier de l’après-vente automobile

Le temps où les spécialistes du sujet se comptaient sur les doigts d’une main est révolu ! À Automechanika Frankfurt, les pièces issues de l’économie circulaire occupent désormais une place centrale. À travers ses espaces d’exposition, ses conférences et ses Innovation Awards, le premier salon mondial de l’après-vente automobile illustre la montée en puissance de ce marché.

L’économie circulaire n’est plus un sujet annexe à Automechanika Frankfurt. Pour leur édition 2026, organisée du 8 au 12 septembre 2026, les organisateurs en font l’un des grands fils conducteurs de la manifestation, au même titre que l’intelligence artificielle, la digitalisation des ateliers, les logiciels embarqués ou encore l’électrification des véhicules. Cette évolution traduit une transformation profonde du marché de l’après-vente, où la durabilité devient progressivement un critère de compétitivité. Cette dynamique se retrouve dans l’offre des exposants, mais également dans le programme des conférences. La remanufacture, le réemploi des composants, le recyclage des matériaux, la seconde vie des batteries de véhicules électriques ou encore les nouveaux modèles économiques associés à ces activités feront l’objet de nombreux échanges entre industriels, équipementiers, distributeurs et réparateurs.

La remanufacture change de dimension

Symbole de cette montée en puissance, le Remanufacturing Day du 9 septembre revient avec un programme consacré aux évolutions technologiques, réglementaires et économiques du secteur. Organisée avec l’Association européenne des remanufactureurs automobiles, cette journée mettra en lumière les perspectives de développement des pièces remanufacturées dans un contexte marqué par la recherche de sobriété industrielle et de réduction de l’empreinte carbone. Les débats porteront notamment sur l’évolution du cadre réglementaire européen, sur les enjeux spécifiques liés aux batteries des véhicules électriques ainsi que sur les nouvelles opportunités offertes par la circularité des composants. L’objectif consiste à montrer que l’économie circulaire n’est plus seulement une solution de réparation économique, mais un véritable levier de transformation de la filière après-vente. Cette évolution est également visible à travers les Innovation Awards, qui distinguent désormais une catégorie dédiée à la « Circular Economy & Remanufacturing ». Le message est clair : les innovations liées à l’allongement de la durée de vie des pièces, à la valorisation des composants et à la préservation des ressources occupent désormais une place comparable à celles consacrées aux nouvelles technologies numériques. Les visiteurs pourront également découvrir des entreprises qui ont fait de ce sujet le cœur de leur stratégie industrielle. Des spécialistes historiques de la remanufacture côtoieront désormais des constructeurs, des équipementiers et des acteurs du recyclage qui développent des offres globales intégrant réemploi, remise à neuf, collecte et valorisation des composants.

Un marché porté par les évolutions de l’après-vente

Au-delà du salon lui-même, cette visibilité croissante reflète les profondes mutations de l’après-vente automobile. La hausse du coût des matières premières, les difficultés d’approvisionnement observées ces dernières années, les objectifs de décarbonation ainsi que les futures réglementations européennes favorisent le développement des modèles circulaires. Pour les réparateurs, les distributeurs et les plateformes de pièces, ces solutions répondent également à une demande croissante de disponibilité, de compétitivité tarifaire et de réduction de l’impact environnemental. Les pièces issues de l’économie circulaire ne sont plus uniquement perçues comme une alternative au neuf : elles deviennent progressivement un segment structurant du marché. En consacrant autant d’espace à ces thématiques, Automechanika Frankfurt confirme ainsi son rôle de révélateur des grandes tendances de l’après-vente mondiale.

Renault en force, les constructeurs suivent

À Francfort, l’économie circulaire occupera une place croissante dans les stratégies des constructeurs automobiles. Parmi eux, Renault Group apparaît comme l’acteur le plus structuré avec The Future Is Neutral. Mais le constructeur français ne sera pas seul : la présence annoncée d’autres groupes confirme que la seconde vie des véhicules et des composants devient un enjeu majeur de l’après-vente.

Automechanika Frankfurt 2026 devrait marquer une nouvelle étape dans la reconnaissance de l’économie circulaire comme sujet stratégique pour l’industrie automobile. Longtemps associée aux démolisseurs, aux recycleurs et aux spécialistes de la pièce de réemploi ou du remanufacturing, cette thématique est désormais intégrée aux feuilles de route des constructeurs. Sur le salon, la circularité ne sera plus seulement abordée sous l’angle environnemental. Elle sera présentée comme un véritable levier industriel, capable de répondre à plusieurs enjeux simultanés : réduction de l’empreinte carbone, sécurisation des approvisionnements en matières premières, optimisation du coût de réparation des véhicules et maintien de la valeur des composants tout au long de leur cycle de vie. Parmi les constructeurs engagés sur ce terrain, Renault Group fait figure de précurseur avec The Future Is Neutral. Présente en Allemagne, cette structure a été créée pour développer une approche globale de l’économie circulaire automobile, en couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la collecte des véhicules hors d’usage jusqu’à la valorisation des composants et des matériaux. À travers ses différentes activités, le groupe met en avant plusieurs briques complémentaires : le réemploi de pièces issues des véhicules en fin de vie, la remanufacture de composants, le recyclage des matières premières et la réparation des batteries de traction. Avec ses entités spécialisées (Indra Automotive, The Remakers, GAIA…), Renault cherche ainsi à démontrer qu’un véhicule peut devenir une source durable de pièces et de matériaux, bien au-delà de sa première vie.

Une dynamique qui gagne l’ensemble des marques

Si le groupe au losange apparaît comme l’un des acteurs les plus avancés, la tendance concerne désormais l’ensemble de l’industrie automobile. D’autres constructeurs développent également des programmes autour de la réparation, du remanufacturing, de la seconde vie des batteries ou encore de la récupération des matériaux stratégiques. À l’image de BMW ou de Stellantis, d’autres groupes majeurs prendront ainsi part à la fête allemande. Une présence sur le thème de l’économie circulaire qui traduit une évolution profonde de leur rôle dans l’après-vente. Face aux nouvelles attentes réglementaires européennes et à la nécessité de réduire l’impact environnemental de la mobilité, ils cherchent à inscrire la durée de vie du véhicule au cœur de leur modèle industriel. La montée en puissance des véhicules électriques renforce encore cette nécessité. Les batteries, les composants électroniques et les matériaux critiques représentent de nouveaux défis en matière de récupération, de réparation et de valorisation. Aujourd’hui, les pièces issues de la circularité ne sont plus considérées comme une alternative secondaire au neuf, mais comme un marché appelé à prendre une place croissante. Dans ce contexte, pour les constructeurs, développer des filières circulaires devient donc également un enjeu de souveraineté industrielle.

Renault propulse Opisto sur la scène internationale

Filiale du groupe Français et brique incontournable de sa stratégie, Opisto participera pour la première fois à Automechanika Frankfurt au sein du dispositif déployé par Renault et The Future Is Neutral. L’occasion pour la plateforme de pièces de réemploi d’affirmer ses ambitions internationales tout en mettant en avant la montée en puissance de l’économie circulaire dans l’après-vente automobile.

Dans l’ambitieux dispositif du groupe Renault et de sa filiale The Future Is Neutral pour Automechanika, Opisto occupera une place stratégique. Avec Indra (acteur majeur de la valorisation des VHU), Gaia (spécialiste du recyclage de matières, de la réparation de batteries de traction ainsi que de la revalorisation des pièces) et The Remakers (leader européen du remanufacturing d’organes automobiles), chaque brique de l’économie circulaire aura son expert. Du côté de la plateforme en ligne, qui fête cette année ses 15 ans d’existence, on se dit très fier de prendre part à cette grande fête dans le giron du losange. « Cette présence commune illustre la complémentarité de nos expertises et notre capacité à proposer une approche globale de la circularité automobile, depuis la collecte des véhicules hors d’usage jusqu’au réemploi des pièces et au recyclage des matières », confirme un porte-parole. Lancée en 2011, Opisto est une plateforme française spécialisée dans la vente de pièces automobiles d’occasion, qui met en relation des particuliers et des professionnels avec un réseau de 380 centres VHU (véhicules hors d’usage) agréés. L’entreprise accompagne également les acteurs du recyclage automobile dans leur transformation numérique afin de valoriser leurs stocks et de favoriser l’économie circulaire. Elle revendique à date un stock de 11,3 millions de pièces.

Un contexte ultra favorable

Du 8 au 12 septembre 2026, Opisto affichera ses couleurs sur les bords du Main avec un stand partagé de 90 m2. Après plusieurs participations à Equip Auto Paris, Automechanika Frankfurt sera pour elle une grande première qui traduit cette « volonté de porter une vision commune de l’économie circulaire automobile et de démontrer que les différents maillons de la chaîne créent davantage de valeur lorsqu’ils agissent ensemble », étaye l’entreprise. Pour Opisto, le rendez-vous allemand constituera l’occasion de présenter sa marketplace européenne de pièces de réemploi ainsi que ses projets de développement à l’international. « Ce salon permettra de renforcer la visibilité d’Opisto et de montrer la maturité de notre entreprise, qui se développe notamment sur le marché allemand » tout en lui permettant de rencontrer partenaires actuels et futurs, ajoute le dirigeant. Mais au-delà de cette opportunité, le choix du groupe Renault de déployer l’ensemble de son écosystème « circulaire » à Francfort est aussi guidé par l’évolution même du salon. « La place accordée à la Piec* témoigne d’une évolution profonde du secteur. Celle-ci n’est plus un sujet de niche : elle s’inscrit désormais pleinement dans les stratégies des constructeurs, des réparateurs, des assureurs et des distributeurs. Automechanika reflète cette dynamique en donnant davantage de visibilité aux solutions qui permettent de prolonger la durée de vie des véhicules et de réduire leur impact environnemental. »

Un univers en pleine structuration

Et le porte-parole énumère les facteurs qui guident cette montée en puissance entre attentes croissantes en matière de développement durable, maîtrise du coût des réparations, tensions sur certaines pièces neuves et cadre réglementaire de plus en plus favorable à l’économie circulaire. De nombreux pays accélèrent ainsi leur transition vers l’économie circulaire automobile, avec, certes, des niveaux de maturité différents, mais avec une professionnalisation et une structuration unanimement partagées, jouant directement sur la qualité des produits commercialisés et des services proposés aux clients. Toutefois, si les mentalités ont largement évolué depuis cinq ou six ans, « il reste néanmoins un travail de pédagogie à poursuivre, notamment auprès de certains utilisateurs et prescripteurs » estime-t-on dans les rangs d’Opisto. « Plus les acteurs de la filière disposeront d’outils fiables, de données de qualité et de garanties sur les pièces proposées, plus l’adoption continuera de progresser. » Une raison de plus de participer à la fête allemande de l’après-vente. Il paraît aujourd’hui acquis que la croissance de la Piec va se poursuivre. Les enjeux de disponibilité des ressources, de décarbonation et de compétitivité économique continueront à favoriser le développement du réemploi, avec une dimension de plus en plus internationale. Un mouvement de fond dans lequel Opisto compte, plus que jamais, s’inscrire.

Julien Nicolas

Rédaction
Rédactionhttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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