Pour sa 25ème édition, Automechanika Frankfurt a fait le plein. En exposants, en visiteurs, en produits, en équipements, en services … en tout et aussi en anniversaires. Chacun y allant de sa célébration, ou de son retour aux sources, comme s’il fallait reformuler le concept de l’origine (ou originel) pour renouveler les fondamentaux de l’entreprise…
Même s’il est vrai qu’arpenter les halls (-on ne dit même plus les allées) de Messe Frankfurt, une semaine d’Automechanika, devient de plus en plus difficile pour les visiteurs – un peu comme si à chaque édition, il fallait se dépasser davantage -, il faut cependant reconnaître que le plus grand salon de la pièce au monde mérite bien son nom. Pour peu que vous le prépariez un tant soi peu, vous repartirez avec ce que vous souhaitez, un nouveau partenaire, un fournisseur de plus, une solution éclairante, des idées nouvelles, des produits différenciants, de nouveaux collègues, des familles auxquelles vous agréger, des soutiens, des informations techniques et même des formations… Et tout ceci pour tous les pays du monde ou presque ! A chaque édition, on se plaint que cela devient trop grand et pourtant nous sommes tous plus nombreux à y retourner. Laissons parler quelques chiffres : plus de 136 000 visiteurs venus de 180 pays ont sillonné les stands, et nous parlons de visiteurs professionnels !
Pour découvrir plus de 5 000 stands d’exposants issus des quatre coins du monde. Les visiteurs étrangers représentant 63 % de l’ensemble, à l’image de ce qui avait marqué l’édition 2016, avec en tête la Chine (2e groupe après l’Allemagne), suivie par l’Italie, puis la France, la Pologne, les Pays-Bas, l’Espagne, le Grèce et la Russie. L’ordre du monde se dessine bien derrière ses statistiques, comme en témoigne la présence massive et historique des Européens, confrontée à une concurrence asiatique féroce et sans frontières de la Chine, et bientôt de la Russie et de l’Inde. Une concurrence qui fait également son marché. Les chinois ne sont pas là que pour vendre des produits, mais pour vanter leurs sites de production ou pour acheter des entreprises, des groupes, des savoir-faire… Comment s’y reconnaître après, sinon en soufflant quelques bougies ?
L’ancrage dans l’histoire, ou le sauvetage de l’identité
Que dans les groupes, on célèbre les anniversaires pour tenter et parfois réussir de renforcer le lien social dans l’entreprise, n’a rien de choquant bien au contraire, mais que ceux-ci soient aussi présents dans les communications des grands équipementiers vis-à-vis de la presse et des clients – partenaires renvoie à une nécessité, sinon à une stratégie. Fusions, rachats, cessions de marques, ou renouvellements, nouvelles appellations de groupes, changements de logos, de couleurs, de zones… il est parfois bon de rappeler d’où l’on vient pour prouver qui on est vraiment. C’était une tendance lourde de ce salon, l’affirmation de son identité dans un univers qui a peut-être, cette fois, bougé trop vite. Une affirmation qui n’est pas sans redéfinir des pré-carrés, des zones de jeux parce que telle marque que l’on vient de racheter tenait le haut du pavé ici, et que celle qu’on avait sur ce territoire faisait pâle figure… Exit, la marque, ou, au mieux, intégration forcée sous une ombrelle globale et géante. Parallèlement, ces anniversaires en boucle rappelaient « innocemment » que les équipementiers, parfois, existaient avant leurs donneurs d’ordre d’aujourd’hui, les constructeurs, et que ces mêmes équipementiers, parfois, étaient devenus plus puissants que certains de leurs donneurs d’ordre, tandis que la maîtrise des nouvelles mobilités ne serait pas forcément l’apanage des constructeurs, mais peut-être celui de nouveaux venus, des nouveaux venus devenus des proies pour les uns comme pour les autres.
Dans ce grand rassemblement de pièces et d’ambitions, recourir à l’ancrage dans le passé, à sa capacité à s’adapter, à changer de cap, de matériaux, d’activités, d’investissements, prend tout son sens. Il laisse à penser. Il laisse à penser que ceux qui ont dessiné l’industrie automobile des siècles précédents pourraient bien designer celui de demain et qu’il serait bon de les suivre. Cela passait par l’exposition des technologies dédiées aux nouvelles mobilités et énergies, mais aussi et surtout, à la démonstration de la capacité des groupes à adapter les services propres à conserver ce lien de plus en plus étiré avec le client de son client, le réparateur. Pas un simple client, mais celui qui est garant de la proximité, celui qu’on doit maintenir en état de servir l’automobiliste (quel que soit son mode de mobilité), dont on doit être garant du degré de compétences et surtout de fidélité. Parce que ce qui va coûter cher demain, se niche justement dans le lien avec l’opérateur final et l’investissement qu’on est prêt à faire pour le garder dans son giron. Et même s’il faut lui greffer une antenne ou une puce pour que s’affiche devant ses yeux ou son masque 3D, virtuel, augmenté…, la marche à suivre, il devient l’homme ou la femme à chérir, à accueillir dans sa famille. Une famille qu’il connaît bien, son arrière-grand-père n’a-t-il pas connu la marque X ? Bienvenue dans votre famille et soufflons ensemble les bougies d’un nouveau partenariat. Automechanika Frankfurt est un monde merveilleux.
Hervé Daigueperce








