Fayçal Douadi, président directeur général de Douadi Automotive

Fayçal Douadi, président directeur général de Douadi Automotive

« Notre activité équipement de garage nous apporte de la notoriété, une complémentarité de l’offre, un vrai diagnostic et entraîne des prises de décisions plus adaptées aux besoins du marché. » 

Evoquer la professionnalisation du secteur au cours de ces dernières années dans l’après-vente automobile suscite chez Fayçal Douadi nombre de réflexions, dont la première n’est autre que la reconnaissance d’un véritable tournant de la profession : « Ces cinq dernières années ont confirmé une tendance de la professionnalisation du marché qu’illustre, par exemple, leur adhésion aux grands groupes internationaux comme Temot International, Nexus International ou d’autres. Cela confirme la recherche de professionnalisation, d’optimisation, et montre l’intérêt des professionnels pour l’innovation. » Et Fayçal Douadi de préciser pourquoi, selon lui, les entreprises algériennes rejoignent aujourd’hui ces groupements. « Derrière un groupement international, nous avons accès à une plateforme d’échanges avec des fournisseurs, des grands équipementiers et bientôt avec des constructeurs car il ne fait aucun doute que ceux-ci se créeront une place pour le développement de la pièce constructeurs. Cela constitue, pour les importateurs, outre un intérêt financier, une panoplie exceptionnelle de possibilités pour étoffer leur offre, une offre renforcée par des normes, des modalités de travail, et un accès au développement. Quand je parle d’accès au développement, j’évoque le fait d’être en phase avec ce qui se passe dans l’univers de l’automobile, c’est-à-dire bénéficier des savoir-faire, des nouvelles technologies, des nouveaux besoins. Il serait vain de penser que seuls dans notre coin, nous puissions répondre aux exigences technologiques de demain, quel que soit l’endroit où elles opèrent. Notre marché évolue et nous devons nous préparer à accueillir les modèles hybrides, électriques, connectés, et nous ne pourrons le faire qu’avec l’appui de ceux qui fabriquent les systèmes, pour ne pas rester à l’écart. De la même façon, que les sous-traitants industriels doivent également anticiper sur la demande et se mettre à jour régulièrement. »

Un sentiment d’appartenance à une communauté internationale

Pour Fayçal Douadi, l’adhésion va encore plus loin que ces échanges avec les partenaires fournisseurs et équipementiers, elle souligne la naissance pour les importateurs « d’un sentiment d’appartenance à une communauté internationale » : « Grâce aux « Connecting Days », par exemple, les rencontres organisées par Nexus International, nous pouvons également échanger avec de très nombreux acteurs de notre profession, avec d’autres importateurs et distributeurs, comme nous, qui peuvent nous fournir de nouvelles pistes de développement, des axes innovants de progression. Nous profitons de l’expérience des uns des autres quels que soient les pays d’où cela émane. Avoir une plateforme commune et se sentir concernés, tous ensemble, de l’évolution de la distribution et de la meilleure manière de l’appréhender constituent, je crois, l’un des principaux atouts des groupements ».

La globalisation, une source de stress ou de nouvelles opportunités ?

« Globalisation, optimisation, synergies des grands équipementiers, autant de grands mots qui expriment une volonté de nos fournisseurs de prendre plus de parts de marché et de se renforcer sur l’échiquier mondial. Nous ne sommes pas là pour émettre un jugement sur leur politique ni sur celle des financiers ou des fonds qui les pilotent de plus en plus. Cependant, je ne pense pas que ces politiques raréfient ou monopolisent l’offre, même si l’on peut déplorer parfois, que certaines fusions acquisitions nuisent aux possibilités d’alternatives sur le marché. D’autre part, nous n’avons pas bénéficié de conditions meilleures au niveau pricing par des rapprochements qui auraient pu via l’optimisation des logistiques, les rationalisations, les économies d’échelle, les volumes, nous être plus favorables. Au contraire, le pricing a toujours pris une courbe ascendante » commente Fayçal Douadi en renvoyant aux intérêts des financiers et des fonds d’investissement… Quant aux incidences sur les réseaux de distribution, Fayçal Douadi reconnait qu’il n’a pas eu à être confronté à cette situation avec les marques qu’il représente. « On a pu, parfois, noter sur le marché des perturbations liées à ces rapprochements, le temps que les nouvelles équipes se mettent en place, qu’une nouvelle stratégie se dessine, ainsi qu’une nouvelle politique commerciale. Mais, nous ne pouvons pas aller contre ce mouvement qui s’opère chez les équipementiers comme chez les constructeurs automobiles. Nous devons nous renforcer nous-mêmes justement par l’adhésion aux groupements internationaux qui deviennent nos porte-parole. Rester seul indépendant n’est plus possible ».

La saga des MDD

Au fil des entretiens, Algérie Rechange a noté une percée des marques de distribution et nous en avons demandé le sens à Fayçal Douadi : « Le mouvement vers les MDD s’est opéré il y a quelques années, et, je crois, que nous fûmes pionniers en la matière. La MDD se veut un vecteur de développement et une alternative sur le marché, également pour le distributeur qui y voit là une manière de sortir de l’emprise de l’équipementier. En effet, en termes de sourcing, nous gravitons plus ou moins autour des mêmes points. Nos MDD constituent une alternative de qualité puisque les produits que nous sourçons bénéficient des certifications et des normes en usage chez les équipementiers. Nous apportons ainsi une garantie au marché tout en lui faisant bénéficier de prix plus attractifs. L’idée n’étant évidemment pas de nous substituer aux grandes marques premium que nous distribuons, mais de donner la possibilité aux automobilistes ayant des petits budgets – le panier moyen ayant fortement diminué en Algérie – et notamment pour des véhicules de plus de 5 ans, de réparer sa voiture avec un bon produit sans trop débourser. Le pouvoir d’achat en baisse à cause de la monnaie l’exige. Pour les véhicules très récents, nos premiums continuent d’être plébiscités, ce qui assure des voies de développement aux deux segments de marché. Nous avons vu que notre succès avec notre MDD a eu des émules et c’est très bien ! Il faut ajouter que les marques de distribution ont un sens pour des entreprises qui présentent déjà un certain volume parce que cela suppose toute une organisation. Aujourd’hui, chez Douadi Automotive, quatre personnes sont dévolues aux achats, aux études de marché, au sourcing auprès d’usines et d’interlocuteurs, qu’ils vont auditer sur place, etc. Ils travaillent sur du long terme et conçoivent des plans annuels d’approvisionnement. Nous accordons plus de 40 %, en termes de finances, aux MDD. Pas seulement à la nôtre mais aussi à la marque Drive+ proposée par Nexus ».

« L’importation n’est qu’un pan de l’activité »

Quand on s’enquiert auprès de Fayçal Douadi comment sa société a évolué ces cinq dernières années, il ne manque pas de rappeler qu’être importateur n’est que le premier maillon de la chaîne et qu’il faut faire évoluer tous les services, s’occuper des réseaux, optimiser les coûts de logistiques, travailler le markéting et la communication, et surtout la disponibilité des produits et leur gestion. « Tous les services évoluent vers de meilleures organisations qui utilisent les nouveaux outils se présentant. C’est ainsi que nous nous sommes lancés dans l’équipement de garage, un métier qui nous rapproche véritablement de l’après-vente, du consommateur, des professionnels de la rechange, des techniciens et des mécaniciens et qui nous permettent de mieux comprendre le métier et le marché. Il ne faut jamais être en décalage avec le marché, c’est capital. Notre activité équipement de garage nous apporte de la notoriété, une complémentarité, un vrai diagnostic et entraîne des prises de décisions plus adaptées aux besoins du marché. »

La digitalisation, le prochain grand projet

« Nous avons pris un peu de retard à cause de la Covid-19, nous explique Fayçal Douadi, lorsque nous l’interrogeons sur la digitalisation, parce qu’à l’origine, nous devions initier ce grand projet en 2020, mais la pandémie a changé les priorités au profit du service immédiat à la clientèle et à notre capacité à gérer les effets de la crise. Mais, c’est reparti et nous investissons d’ores et déjà beaucoup dans le développement de la digitalisation, comme le prouvent la création d’une équipe dédiée et la définition d’un budget qui va même être augmenté. Nous envisageons, en effet, entre 10 à 15 % de notre distribution qui viendront des commandes en ligne. » Dans la foulée de la digitalisation, s’affiche le sujet de l’importation des véhicules : un atout pour la rechange ? « Le marché a besoin de véhicules neufs et l’importation constitue une solution. Pour un pays comme l’Algérie, où la demande est vaste, où la démographie s’avère toujours en voie ascendante, il devient essentiel de fournir une offre en véhicules nouveaux. Bien sûr la rechange continue de s’occuper du parc existant et s’est donnée comme mission de l’entretenir et de la maintenir en position de sécurité mais les professionnels de la rechange ont également besoin du renouvellement de ce parc, ont besoin de souffle nouveau. Par ailleurs, l’accès à la mobilité, en règle générale, exige de renforcer le parc. Après, il faut compter avec les impératifs budgétaires de l’Etat, mais cela ne relève pas de ma compétence ».

Propos recueillis par Hervé Daigueperce

Réagir

Your email address will not be published.