Billet d’humeurs

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L’avenir d’une profession s’avère une chose sérieuse, à tel point qu’à chaque fois qu’il est envisagé une nouvelle norme, réglementation, loi… les professionnels s’interrogent avec plus ou moins d’équations à poser. En quelques lignes, nous avons transcrit une conversation, libre, faite d’interrogations et de réflexions, entre gens de qualité. Extraits privés.

Alors que beaucoup de commentaires étaient échangés entre les uns et les autres, sur le salon, autour d’un café ou d’un thé, quant aux dernières déclarations du gouvernement, avec ce que cela comporte de rumeurs et de propos décalés, c’est surtout l’incompréhension et l’incertitude qui dominaient chez les acteurs de la rechange. Sur le stand de la famille Habchi, nous avons croisé Redjem Habchi, le patron, Farid Sihocine de Kyb, puis Abdelkrim Djerbellou de DS Motors et avons encouragé leurs propos sur la situation, à commencer par le fameux cahier des charges dédié à la pièce, dont tout le monde parlait. Pour Redjem Habchi, l’idée même d’un cahier des charges ou de décisions prises, brutalement, pour régenter le commerce des pièces allait avoir des conséquences immédiates sur le chiffre d’affaires, d’autant que « personne n’a été consulté, et surtout pas les vrais professionnels de la pièce. Personne ne va dire aux pouvoirs publics, voilà comment cela se passe sur le terrain. Il risque de se produire pour la pièce ce qui s’est passé pour l’importation des voitures ou des bananes ».

Un constat que Farid Sihocine approuve en évoquant « qu’au-delà de l’effet d’annonce, en plein salon, ce qui ressort de la situation, c’est que personne ne sait quand cela va « tomber » ni à quoi s’attendre. Ce qui est contre-productif pour les affaires ». Personne ne sait quelle décision, normal pour Redjem Habchi qui glisse que c’est ordinaire en Algérie, depuis longtemps maintenant ! Et Farid de recentrer : « Ce qui est préjudiciable, c’est que tout le monde interprète sans avoir les bonnes informations, et cela crée des problèmes, tétanise les administrations. Pendant ce temps là, tout le monde perd de l’argent », « et cela va continuer » martèle Redjem avant de répondre à Farid qui pose la question de savoir si le fait d’obliger l’importateur à être en prise direct avec le fabricant, peut apporter quelque chose de positif, en favorisant le fabricant d’origine : « Cela n’a jamais existé dans le monde civilisé. Le marché de l’adaptable (de la pièce de qualité d’origine, du fournisseur équipementier, ndlr) a toujours existé en Europe et, actuellement, on doit acheter partout pour pouvoir alimenter les professionnels de l’automobile ».

Effets internationaux

Farid Sihocine le reconnaît, aller aussi loin dans la désignation des producteurs semble aller à l’encontre de tous les accords que le pays a signés, en termes commerciaux, et régis par l’OMC. Un propos qui fait réagir Redjem Habchi assez brutalement, et l’amène à poser une autre problématique sur la table : « Nous, les algériens, sommes contre les accords avec l’Europe, puisque tout est surtaxé et l’Algérie n’y gagne, en définitive, rien. » Quant à l’installation de sites industriels, là aussi, Redjem Habchi se montre plus que circonspect : « Nous confondons vitesse et précipitation. Cela fait tant d’années que l’automobile et les pièces de rechange existent, et qu’avons-nous produit depuis 67, en pièces automobiles, sinon quelques pièces plastiques, des câbles, des plaquettes, des filtres ? En allant trop vite, ce que nous reprochons aux chinois peut nous arriver également, à savoir fabriquer des pièces encore plus dangereuses pour l’automobiliste comme pour le professionnel. Si nous arrivons à produire 5 % de pièces pour un véhicule, ce serait déjà pas mal, arrêtons de dire que nous livrons 30 %. Cela nous ramène aux constructeurs qui, eux aussi, vont s’installer vite … pour monter des voitures et non les fabriquer ». Sur ce point Abdelkrim Djerbellou s’inquiète également : Qui va fabriquer et avec qui, si nous ne disposons pas des technologies nécessaires.

Nous n’avons pas comme au Maroc, des accords qui amènent les constructeurs à s’entourer de fournisseurs première monte qui, eux-mêmes, appellent à la sous-traitance locale ». Farid Sihocine plaide alors pour une relation de partenariat allégée en Algérie. « Concevoir des projets d’installation, nous sommes nombreux à y penser, mais cela suppose du foncier, des ingénieurs algériens, et surtout un certain volume pour que le site puisse être rentable. Des petits projets se réalisent ici ou là et effectivement, on peut partir de pas grand-chose, mais cela nécessite une certaine visibilité ». Et Abdelkrim Djerbellou de renchérir : « Il semble nécessaire que l’on insiste auprès des constructeurs en voie d’installation, afin qu’ils requièrent de leurs équipementiers de rang 1, de monter des sites de production à côté de leurs usines, afin que nous puissions mettre en place des entreprises de sous-traitances», « pas trop complexes, pas trop techniques pour commencer » ajoute Farid Sihocine avant de conclure : « Il faut plus de discussions entre les importateurs et les industriels ». En somme, au-delà des inquiétudes fondées sur le flou des futures réglementations, ce qui était, quand même réconfortant sur Equip Auto, cette année, c’est la bonne volonté exprimée des professionnels pour aller dans le sens du courant, comme le révèle ce petit échange informel, capté un matin d’expo ! 

Hervé Daigueperce

Rédaction
Rédactionhttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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