Habchi : le plus Valeo des distributeurs

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Distributeur de père en fils de pièces détachées depuis 1964, Habchi Auto Distribution poursuit sa politique de marque avec assiduité et stock incomparable. Petite visite à Batna.

C’est en 1964, à Batna, que se fonde le premier magasin de pièces détachées automobiles et tracteurs, de Redjem Habchi, actuel président de la société, en compagnie de son fils Youcef, directeur général. Qui s’est montré un guide remarquable pour Algérie Rechange. 1964, ce n’est pas encore l’époque des containers mais plutôt des petits cartons, on ne joue pas encore le rôle du grand importateur mais bien celui de débrouillard, qui tente de servir ses clients en commandant à droite et à gauche les pièces demandées. A l’époque, ce sont Paris Rhône, Vertex et quelques noms connus des anciens, qui fournissent le gros des pièces, mais on compte également parmi les équipementiers distribués par Habchi, un certain Valeo (ses ancêtres devrait-on dire) et aussi SKF.

Deux marques qui trônent encore largement dans les bâtiments de chez Habchi. Pour belle qu’elle apparaisse, l’histoire de la maison n’a pas traversé que des périodes de bonheur intégral, comme en témoigne, l’instauration du monopole de la pièce détachée par l’Etat, sous l’égide de la Sonacome. Cette dernière, la Société Nationale de Construction Mécanique, s’apparentait, en effet, à un conglomérat de sociétés publiques, d’entreprises de l’industrie mécanique, un conglomérat tout puissant auquel on commandait ses pièces. Habchi s’y approvisionnera pendant une quinzaine d’années. La disponibilité n’était cependant pas toujours au rendez-vous, et pour des entrepreneurs comme Redjem Habchi, cela incitait à la frustration, qu’il balaie, en se diversifiant…

Habchi

Se diversifier, c’est construire !

Redjem Habchi n’est pas homme à se laisser abattre et les idées ne lui manquent pas – n’a-t-il pas été aussi gérant d’un hôtel restaurant à Nantes où le couscous était réputé fameux ? Aussi tout en continuant à maintenir son petit magasin de pièces détachées, il donne un peu dans l’agro-alimentaire mais surtout dans le bâtiment et se prend de passion pour les … châteaux d’eau ! Comment créer des lieux de vie sinon en amenant l’eau ? C’est, tout au moins, l’avis de l’Etat qui souhaite faire naître de nombreuses petites communes et engage, pour ce faire, des travaux dont le cœur est constitué par la construction des châteaux d’eau.

Parallèlement à ces ouvrages d’art, Redjem Habchi développe l’activité de traçage des routes, et voies, puis en commercialise les machines. Certes, comme le rappelle Youcef, « ce n’était pas les grands engins comme on peut en voir en Europe, mais ces machines effectuaient un travail remarquable. Nous avons arrêté au moment où l’autoroute s’est annoncé, parce que nous n’avions pas les épaules assez solides pour répondre aux appels d’offre. Malgré cela, nous avons maintenu l’activité du bâtiment, jusqu’à une époque toute récente, il y a une dizaine d’années seulement et à peine 5 ans pour les machines, la partie automobile étant devenue trop prenante pour qu’on puisse mener tout de front. » L’automobile ! Qui occupe dès 1991 quelque 8 000 m²…

Nouvelle zone, nouvel envol

Début des années 90, l’ouverture du marché de la pièce détachée automobile redonne un second et puissant souffle à la famille Habchi qui s’installe dans la nouvelle zone industrielle de Batna. En effet, la municipalité, à l’origine de la création de cet espace dédié aux entreprises et usines, fait appel aux investisseurs privés pour acheter des lots. Redjem en achète 4 de 2 000 m², et se défait de l’usine de rechapage qu’il a fait tourner pendant presque un an. Conscient que l’arrivée massive des pneus à bas coûts d’Asie ne laissait que peu de chances au rechapage, il préfère donner de l’ampleur à son activité de pièces automobiles d’autant que le « petit » l’a rejoint. En effet, Youcef, après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur informatique à l’université de Batna, et poursuivi quelques mois sa formation sur le soft, travaille pendant six mois à l’usine de lait de la ville (service informatique) puis rejoint son père à sa demande.

« Le marché s’ouvrait et les perspectives d‘entreprise familiale s’annonçaient beaucoup plus prometteuses pour un jeune comme moi. En même temps, je n’ai pas regretté ni mes études, ni ma petite expérience professionnelle, qui m’ont bien servi par la suite », raconte Youcef, dont le premier acte consiste à ouvrir un point de vente à Ain M’Lila, cette bourgade qui devenait le haut lieu de la pièce ! Les équipementiers de l’origine étaient revenus et les commandes affluent pour les véhicules français, la spécialité de l’entreprise. Bien sûr, ce sont les années noires, une période difficile pour tout le monde, mais le travail était là, exigeant et se développant. De nouveaux fournisseurs rejoignent les anciens comme Mann, Kyb, ou encore LuK pour ne citer que ceux-là et pour Habchi père et fils, il n’est pas question d’en multiplier le nombre de manière pléthorique, mais plutôt de maîtriser les flux.

Habchi

Du volume et des stocks

La politique maison édifiée par Redjem et poursuivie par Youcef fait la part belle au stock et à la disponibilité (voir photos ci-contre !) et c’est pourquoi, ils ne comptent que 13 fournisseurs quand d’autres dépassent les 60. Continuant de commercialiser les pièces pour véhicules français, la SARL Habchi livre bien un peu les pièces pour les allemandes, mais n’en fait pas un objectif majeur. D’ailleurs, même pour les françaises, ce sont les « fast movers » qui prédominent dans l’activité, certes, larges, mais il faut que cela tourne. Les pièces ne sont pas encore arrivées par containers qu’elles sont déjà vendues ou presque. Le principal déversoir s’appelle Ain M’Lila, même si des commandes arrivent de partout des régions Centre et Est (un tout petit peu d’Oran). « Je suis surpris de l’ampleur des commandes émanant d’Ain M’Lila et ne les comprend pas toujours. Certes, l’export vers l’Afrique doit être florissant, mais les volumes sont vraiment conséquents. » Leur magasin d’Ain M’Lila les renseigne bien un peu sur l’état du marché et des tendances, cela n’étant pas suffisant pour faire des statistiques : « j’ai essayé à plusieurs reprises de cerner les besoins du marché algérien, de faire des analyses pour commander de manière plus organisée, mais je n’ai pas trouvé de cohérence.

Mon travail consiste à importer des pièces de qualité d’origine et à répondre aux commandes en ayant de la disponibilité, c’est ce qui explique que nous ayons une structure de stocks importantes ». Il se targue d’ailleurs d’être premier partout (ou presque) chez ses 13 fournisseurs, et notamment Valeo, qui occupe quelques millions de chiffre d’affaires dans son panel. Il est même devenu premier distributeur d’Afrique pour Valeo, après avoir été longtemps second derrière un confrère d’Afrique du sud. Le plus gros problème des Habchi consiste à bien dispatcher les produits qui leur arrivent parce qu’ils ne réussissent pas à obtenir tout ce qu’on leur demande : « sur les fast movers, nous sommes nombreux à demander des stocks, mais c’est vrai partout dans le monde, il faut batailler dur pour avoir les produits » poursuit Youcef, qui ajoute : « et après, il faut se faire payer, malgré le crédit que l’on fait aux clients.

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Au final, à 99 %, nous sommes payés mais il faut parfois aller chercher les règlements et, pendant ce temps-là, on avance de grosses sommes ! » Alors, envie de faire autre chose ? Youcef Habchi se montre catégorique, la vente de pièces, cela s’avère suffisant, pas question de se mettre à créer des ateliers ou des centres-autos, quant à la production : « J’ai bien discuté de cela avec un fournisseur d’amortisseurs, pour monter un site, ici, puisque nous avons quelque 9 000 m² disponibles en sortie de Batna, mais c’est impossible. Le 49/51 rebute les équipementiers et tant que cela durera, ce ne sera pas possible. Mais surtout, il faut arrêter d’importer comme on le fait, aujourd’hui ; Il faudrait interdire l’importation massive de produits que l’on fabrique en Algérie ou que l’on peut fabriquer tout de suite, comme dans le domaine de l’agro-alimentaire ». En attendant, Redjem et Youcef Habchi et leurs 17 collaborateurs s’ingénient à trouver les pièces pour réparer les voitures. Un métier déjà très prenant !

Hervé Daigueperce

Rédaction
Rédactionhttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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