Mohamed Khier, Directeur général du groupe Axson Industry

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« Le marché de la maintenance automobile a besoin d’environ 1 200 centres de réparation multiservice »

Pourriez-vous nous présenter le Groupe Axson-Industry, vous-même étant très connu des professionnels du secteur automobile en général, et plus particulièrement au monde de la pièce de rechange et des équipementiers. Vous avez, en effet, été l’un des promoteurs du  contrôle technique des véhicules en Algérie, au début des années 2000, à travers la société EG200, le lancement des centre de pré contrôle, l’introduction de certains équipements comme les aspirateurs extracteurs d’ huiles, les scanners OBD, les équipements de levage, les ateliers de carrosserie, en 1998 et tant d’autres équipements qui n’existaient pas sur le marché de la maintenance, et qui ont permis de transformer les ateliers de réparation automobile et de développer le marché de l’après-vente et la maintenance.

La société Axson Industry est née du constat des importations d’équipements en provenance d’Asie, qui occupent une part importante sur le marché algérien. Et de la nécessité d’y apporter une alternative. Elle s’est focalisée sur l’industrie de transformation, notamment du métal, du plastique et du papier, et de la distribution des équipements de maintenance automobile. La société Axson Industry regroupe plusieurs sociétés de distribution en participation, telles que EG 2000-Capelec Algérie-CMA. Elle est également en partenariat économique avec la société française Capelec, fabricant d’équipements de contrôle technique, via la création d’une société mixte, Capelec Algérie.

Pourquoi justement l’Asie, sachant que le marché algérien était à forte consommation de véhicules de provenance d’Europe ?

Nous nous sommes tournés vers l’Asie depuis la délocalisation de l’industrie européenne vers ce continent. Les équipementiers européens, en majeure partie, font fabriquer leurs équipements en Asie, les introduisent dans leur pays d’origine pour les labelliser CE et de ce fait, nous font payer des équipements 4 à 5 fois leur valeur, ce qui m’a fortement surpris au vu des dépenses en devises que notre pays doit subir. Actuellement les sociétés européennes s’occupent uniquement de la distribution vers le reste du monde et, entre autres, vers l’Algérie et l’Afrique avec des prix prohibitifs. Ayant compris le circuit, nous sommes allés à la source pour être plus concurrentiel.

Au-delà de cet avantage de positionnement prix au dessous de ceux proposés par les équipementiers européens via leurs distributeurs ou leur filiales basés en Europe, que proposez-vous au client final, comme autre garantie, sachant qu’à un moment donné les malfaçons et contrefaçons étaient le lot de cette provenance…

Nous avons créé Axson Industry en 2009, pour commercialiser exclusivement des équipements asiatiques, car notre société EG2000, représentant des matériels made in Europe, perdait des parts de marché conséquentes en faveur des produits asiatiques labélisés en Europe. Comme je voyais que le marché était en train de changer, alors j’ai anticipé pour tenir dans ce nouveau contexte concurrentiel des produits asiatiques qui s’imposaient à nous. Après avoir constaté que certains de nos concurrents importaient de Chine, des équipements comme les ponts élévateurs, démonte-pneus et autres équipements généralement bas de gamme, qu’ils écoulaient, sans garantie, au Hamiz (quartier commercial à l’est d’Alger).

Quel a été votre positionnement ?

Pour répondre à votre question concernant les malfaçons, nous avons opté pour un sourcing des meilleurs fabricants, tout en sachant qu’il y a une échelle de qualité dans cette région du monde. C’est pourquoi, nous nous fournissons auprès de producteurs liés par des co-entreprises avec des fabricants européens. Je pense qu’il n’y a plus d’a priori à avoir envers les équipements en provenance d’Asie, dans la mesure où l’on recherche la qualité. Nous sommes venus sur le marché dans ce cas de figure, car un pont ou un démonte-pneu vendu par des importateurs de produits asiatiques de basse qualité, c’est un pont ou démonte- pneu européen de non vendu, d’où la conséquence de perte de marché et la menace de ne pas pouvoir pérenniser nos entreprises, qui sont sur le marché depuis 18 ans.

Le client pourra choisir entre le made CE ou asiatique, avec la garantie de conformité et d’un SAV, selon son budget. Actuellement seuls les concessionnaires automobiles et les unités de montage sont concernés par les équipements d’origine européenne, mais qu‘ils ne se trompent pas, en matière d’outillage, par exemple, tout est fabriqué en Asie et principalement à Taiwan. Aucun des distributeurs présents sur le marché ne vous dira le contraire. C’est pour répondre, aussi, à la question du pouvoir d’achat qu’est né le projet de mettre en place la société Axson, spécialisée dans l’équipement asiatique. De ce fait, les parts de marché perdues par notre filiale EG2000 sont récupérées par Axson Industry.

Qu’en est-il justement, aujourd’hui, de cette transition de la tradition de consommation du matériel européen à l’asiatique et son impact sur les grandes marques ?

Le client algérien ne cherche plus la marque. Il connaît le matériel et puis le marché a changé depuis les années 2000. Les équipements de maintenance sont bien compris par les garagistes, qui cherchent à s’équiper à moindre coût, avec une garantie de SAV, et aussi de pouvoir bénéficier d’un retour d’investissement rapide.

Combien de garage Axson a équipé et quelles sont vos références ?

A ce jour, Axson Industry a équipé près de 1 300 garages et ateliers en aménagement complet, via ses sociétés partenaires. Nous fournissons, également, des distributeurs locaux, ceci sans compter les ventes diverses. Notre cœur de marché consiste plus répondre à la demande publique, voire le marché des appels d’offres lancé par les grandes entreprises publiques, les concessionnaires automobiles etc. Pour la partie Industrie des transformations, notre offre répond à la demande des divers dispositifs de financements CNAC et Ansej et investisseurs privés.

Aujourd’hui, le marché de la maintenance externe est équipé, qu’en est il du marché des interventions de haute technicité, qu’avez-vous fourni ou comptez-vous fournir ?

Il est vrai qu’aujourd’hui, les garages sont bien équipés en appareils de diagnostic, en services pneumatiques, de lubrification vidange graissage et autres, disons pour les interventions courantes nécessaires à des révisions périodiques liées à l’usage du véhicule. Il y a cependant un marché de la maintenance, qui en train de se présenter avec la restriction des importations automobiles, à savoir, que les automobilistes vont vouloir préserver leurs véhicules le plus longtemps possible, ce qui aura pour conséquence, plus d’entretien et de remplacement de certains organes.

Qu’en est-il justement du marché de la réparation ?

Le marché de la maintenance ira en grandissant pour la maintenance externe, comme le diagnostic OBD, le changement d’amortisseurs, le remplacement des pneumatiques, les lavages moteur, la carrosserie, etc. Nous verrons émerger de nouveaux besoins en matière de réparation des moteurs dits de dernière génération. D’où la nécessité de lancer des ateliers pour l’usinage, les cylindres bloc, les soupapes, le décalaminage moteur, etc. Toutes ces réparations pourront être prises en charge par les ateliers existants, on verra donc une autre activité et de nouveaux métiers, qui vont se développer dans les années à venir. Lorsqu’on connaît les moyens de réparation mis en œuvre jusque-là, il y a lieu de penser à la nécessité de la prise en charge des véhicules par les centres de Diagnostic Maintenance Réparation ou centres MRA (Multi Réparation Auto).

Le marché de la maintenance est très important.  Rappelez-vous de l’idée que j’avais lancée dans les années 2000, au sujet des centres de pré-contrôles, qui auraient pu insuffler une nouvelle dynamique au marché de la réparation.

Qu’en est-il depuis ?

Aujourd’hui, les autorités réfléchissent sur ce sujet. Nous constatons qu’après avoir mis en place le contrôle technique, qu’il n’y a pas suffisamment de centres de réparation pour prendre en charge les véhicules nécessitant des interventions. Des centres de Maintenance et Réparation Automobile (MRA), doivent voir leur émergence nécessairement.

Toutes ces stations peuvent fonctionner séparément, ou être regroupées en un seul méga centre ou Centre MRA pour un coût entrant dans le cadre de l’emploi de jeunes. Il s’agit d’un concept de trois ou quatre rideaux à savoir, doté d’une zone de diagnostic, d’une ligne de contrôle pour suspension, freinage, contrôle pour l’électronique de bord, zone de réparation, tels que service pneumatique-changement des organes de suspensions -d’huile, climatisation, etc.

Avez-vous quantifié les besoins du marché ?

Pour une prise en charge générale du parc automobile qui est évalué, à environ 4,400.000 unités, soit 4000 entrées, 1200 centres seraient à pourvoir à l’échelle nationale pour les besoins immédiats et 50 par an en fonction de l’évolution du parc automobile. Alger, par exemple, a besoin de plus de 300 centres. Avec ce concept, le client n’aura plus besoin de parcourir plusieurs garagistes pour réparer tel ou tel organe mécanique. Les Centres Multi Réparation Auto MRA disposeront d’une centrale de pièces de rechange-pneumatique-lubrifiants pour répondre à tout besoin d’intervention. En somme, les besoins immédiats s’évaluent à environ 1 200 centres pour une création de 15.000 emplois directs et apporteront une des réponses liées à la sécurité routière. Ces centres permettront également de booster le marché de la pièce de rechange, des huiles non contrefaites, des huiles et pneumatiques.

Quel impact pourrait avoir ces centres sur l’accidentologie en Algérie ?

Ces centres pourront être agréés par les autorités et recevoir un Label de qualité pour le respect de conformité et des origines des pièces de rechange, car le marché de la contrefaçon est à l’origine de nombre d’accidents routiers. La mise en place du contrôle technique automobile, en 2003, a été initié dans le but de réduire les accidents routiers, soit 4 300 morts en 2004, nonobstant le nombre de blessés et handicaps, contre 3 900 morts, en 2016, selon les données d’accidentologie de 2016. Nous n’avons pu obtenir, environ qu’une réduction de 10 %. Nous constatons, malheureusement, que cela n’a pas eu d’effet notable en 13 ans d’existence du contrôle technique. La problématique de la sécurité routière est liée à l’émergence de centres de prévention de réparation automobile agréés. Et aussi à une sensibilisation accrue des citoyens.

   Propos recueillis par Karima Alylatene

Rédaction
Rédactionhttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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