L’industrie automobile remise en cause

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Depuis 2016 et la décision d’arrêter l’importation massive de véhicules neufs, de régir l’activité des concessionnaires et de favoriser la production locale, l’industrie automobile en Algérie est un sujet générateur de polémiques. Polémique qui enfle de nouveau avec la règle des 5 + 5.

Dans l’industrie automobile, en Algérie, les choses se mettent en place douloureusement à plus d’un titre. Un nouveau paysage se dessine pour le secteur automobile :
de nombreux acteurs investissent le créneau pendant que d’anciens distributeurs et autres représentants font irruption tel un volcan avec une foule de projets et de nouvelle ambitions… Las, le gouvernement a décidé, par instruction du 14 décembre 2017, de limiter le nombre de sociétés de production de véhicules sur le territoire à 5 pour le VP et 5 pour le PL. Une décision peu populaire dont l’application a été reportée à la fin du mois de janvier 2018 suite à la vindicte de certaines sociétés qui sont tout à coup sommées d‘arrêter leur production malgré leurs engagements et leurs investissements industriels. D’après une source interne au ministère de l’Industrie, certaines des sociétés visées par cette décision ont pourtant d’ores et déjà commercialisé leurs véhicules, comme Kia, tandis que d’autres sont à plus de 80 % de réalisation de leurs investissements, et que d’autres encore, comme Fonton, avaient déjà débarqué sur le territoire leurs kits de montage CKD…

Pourtant, si cette nouvelle instruction vient à être appliquée, seules les entreprises retenues par le gouvernement auront le droit de produire leurs véhicules en Algérie et de poursuivre leurs activités industrielles. Parmi les heureux élus :

Renault, la Spa Sovac (groupe VW), la SARL Tahkout (Hyundai et Suzuki), Peugeot et Nissan. Dans la catégorie camion sont autorisés les Spa Salhi, le plus ancien des acteurs dans le montage de camions Man, la Spa Ival (), la Spa Tirsam, connue pour la fabrication des remorques, GM Trade (Mazouz) et Savem (Astra). En revanche, Toyota, Renault trucks, KIa, Emin auto…n’ont pas eu d’agrément !

Réduire la facture oui, mais comment ?

Et pourtant, nombreux étaient les concessionnaires ayant soumis leur dossier afin de se lancer dans l’aventure industrielle automobile : le groupe Saoudien Abdelatif Djameel, distributeur de la marque Toyota, Hino qui avait un projet de montage de camions et de production de plaquettes de frein… Las, aucun d’entre eux n’a reçu l’aval des pouvoirs publics alors que, d’après Ziani Ayoub, l’un des plus importants agents de Toyota, les unités de production étaient prêtes. Mêmes sons de cloches chez Emin Auto, qui avait pourtant annoncé en grandes pompes ses investissements, Kia El Djazair, qui a par ailleurs débuté la commercialisation de certains véhicules montées dans son usine à Batna, ou encore Renault Trucks qui a pourtant posé la première pierre de la construction de son usine…

D’après le ministère de l’Industrie, plusieurs réunions et enquêtes sont actuellement en cours afin de mettre au clair cette ubuesque situation, nous confie notre source. L’application de cette instruction reste donc pour l’heure en stand-by. Une chose est sûre cependant, dans sa politique de limitation des importations, le gouvernement semble être mu par l’idée d’en réduire la facture… Bien.

Mais dans les faits, avec moins de 100 000 véhicules montés, le marché de l’automobile reste budgétivore. Pour exemple, la facture des kits CKD s’est établie,
rien que pour les véhicules de tourisme, à 1,34 milliard de dollars en 2017 contre 645 millions de dollars en 2016, sans parler de celle du marché de la pièces de rechange destinées à la réparation et à l’entretien du parc existant. Et le gouvernement n’est pas sorti de l’auberge au regard de l‘effondrement du fond de réserve de change. Si tous les projets viennent à être validés qu’en sera t-il ? Qui les financera ? Aura t-on recours au financement extérieur ? Les questions sont nombreuses et le sujet devrait sans doute encore faire couler de l’encre dans nos prochaines éditions…

   Karima Alilatene

Rédaction
Rédactionhttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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