L’Algérie plus touchée que ses voisins ?

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Aucun marché n’est à l’abri de la pénétration des produits de contrefaçon et le continent africain, dans son ensemble, en paie un lourd tribut, y compris dans sa chair, les contrefacteurs ignorant sciemment les conséquences de leurs trafics sur la sécurité routière et l’accidentologie. Chaque pays essaie de se battre et nous avons voulu savoir si l’Algérie souffrait plus que le Maroc ou la Tunisie.

Difficile, en fait, pour les équipementiers de bien mesurer si tel ou tel pays s’avère plus impliqué qu’un autre, si les mesures de protection sont plus efficaces pour tel ou tel marché. Pour cela, il faudrait que tous disposent de remontées précises des distributeurs, les plus à même de détecter les fraudes, parce qu’important les produits de chez les équipementiers d’origine et connaissant bien leur marché. Nombre d’entre eux, cependant, hésitent à prévenir les autorités ou leurs fournisseurs pour de multiples raisons, et en tout premier lieu, parce que cela exige beaucoup d’énergie pour, souvent, des résultats décevants, puis, aussi, parce que lorsqu’on on éteint un foyer ici, un autre revient par là. Par ailleurs, d’aucuns distributeurs ne se sentent pas forcément en sécurité en s’attaquant aux bandes organisées : personne n’ayant dit qu’elles étaient sans danger… Sans statistiques précises, le constat est, dès lors, délicat à effectuer, comme l’exprime sobrement Maryline Merlier : « Nous avons eu des soucis de contrefaçon dans les trois pays du Maghreb, sans distinction. Il nous est difficile de mesurer quel pays est le plus touché et si les barrières avec l’étiquetage jouent beaucoup dans cette différenciation ».

Quel podium se distingue aujourd’hui au Maghreb ?

Rejoignant Maryline Merlier dans le constat d’une présence générale de produits contrefaits au Maghreb, Benoît Péalat fait le compte : « Nous avons détecté un cas en Tunisie (aussi en Mauritanie) et quelques cas au Maroc sur la marque TRW, un cas aussi en 2019, en Algérie. Il apparaît impossible de faire un classement, les trois sont touchés par le phénomène. A l’usure, on verra si les 120 % et les 30 jours d’immobilisation auront un impact décisif sur ce fléau ». Arnaud de Patoul a tenté l’exercice du podium tout en reconnaissant que son analyse échappe à toute tentative de certification, tant cela dépend des retours clients. Voici ce qui lui est revenu : « Selon notre expérience le Top3 des contrefaçons au Maghreb s’énonce ainsi : 1. Tunisie / 2. Algérie / 3. Maroc. Nos clients en Tunisie nous ont rapporté ce genre de contrefaçons mais sans preuves concrètes (pas de facture etc…) uniquement des photos de boîtes. La Tunisie est aussi le plus « light » au niveau des importations/documentations douanières. En Algérie, il y a la fameuse réglementation (120 % de facture, 1 mois d’attente etc…) qui freine l’import de contrefaçon. Il y a aussi les importateurs officiels AISIN référencés auprès des douanes locales Algériennes. Le dernier cas de contrefaçon, en Algérie, informé par un de nos distributeurs date de 2016. Pour ce qui est du Maroc, cela date de 2014. »

Plus catégoriques et opposés…

Tous deux connaissant bien leur marché et étant connus pour leur rigueur et leurs compétences, leurs réponses – tranchées – s’opposant, nous font mesurer la complexité du problème, et sans doute l’inégalité par rapport aux familles de produits. Pour Farid Sihocine, l’Algérie se défend très bien comme en témoigne son commentaire sans équivoque : « L’Algérie ne souffre pas plus du problème de la contrefaçon parce que le consommateur Algérien est un consommateur averti et qui cherche la qualité, s’il y a tromperie, elle viendra plus du côté vendeur, avec des produits d’imitation, ce qui reste aussi très rare. » Rappelons que KYB est un fabricant mondial d’amortisseurs, nous reviendrons sur cette distinction. Quant à Khalil Akhoun, il est formel, la contrefaçon est un fléau majeur en Algérie, bien plus prégnant que dans ses pays voisins : « J’ai vu tous nos produits contrefaits en Algérie, mais pas au Maroc, ni en Tunisie. C’est vraiment terrible en Algérie, où le marché souffre vraiment plus qu’ailleurs, avec la présence de groupes de spécialistes de la contrefaçon à Ain M’Lila, ou à El Eulma / Ain Azal (non loin de Sétif), par exemple, où l’on trouve tous les gros contrefacteurs et ceux qui ramènent des lots. » Un commentaire que l’on peut comprendre, également, au regard des produits. En effet, les lampes sont plus facilement transportables que des amortisseurs et les emballages moins volumineux – on verra que l’emballage joue un rôle prédominant dans le trafic, tandis que les consommateurs s’avèrent moins regardants sur la qualité des lampes – à tort – que sur les amortisseurs avec lesquels les risques d’avoir un accident grave se montrent plus palpables. En outre, la marque Narva est tellement verrouillée par les importateurs au Maroc, qu’en vendre dans un circuit parallèle serait repéré. Néanmoins, la conclusion qui s’impose, appelle à beaucoup d’humilité. Aucun pays n’échappe à ce fléau, et on ne peut que chercher des solutions pour la contrer. En Algérie, la nouvelle réglementation joue un rôle non négligeable, mais n’empêche pas des importations disposant de fortes ressources de faire venir des lots de Chine, soit dissimulés, soit passant par des « nouveaux habillages » via l’Europe ou le Moyen-Orient. De la même façon, le Royaume du Maroc a mis en place un label « Salamatouna » qui identifie les bons distributeurs importateurs, encore faut-il que le consommateur s’en préoccupe. L’ouverture des frontières pour faciliter le commerce ajoutant à la confusion en profitant à tous les commerces, comme en Tunisie. De toutes les façons, il ne pouvait y avoir de gagnant…

Hervé Daigueperce

Rédaction
Rédactionhttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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