Ikam, le nouveau nom du freinage en Algérie

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Portée par un jeune homme ambitieux, au sens de l’organisation sûr et maîtrisé, la société Ikam, fabricant de plaquettes de frein, se construit à un rythme soutenu, dont les objectifs sont assumés et laissent peu de place au hasard. Focus sur une entreprise d’un nouveau souffle.

La vue des forêts à flanc de colline vous saisit lorsque vous approchez des bâtiments ultra modernes des industries Ikam. Nous sommes au village Mira dans la commune de Timizart, aux alentours de Tizi-Ouzou, loin de tout et, pourtant, l’on comprend très vite pourquoi son propriétaire s’est établi dans cette région magnifique, loin de tout et cependant les employés s’y pressent parce que l’originalité du site n’est pas la seule à attirer professionnels, chevronnés comme débutants, formés sur place. Certes, la possession des terres familiales n’est pas étrangère à cette implantation et à y bien regarder, pourquoi aller ailleurs quand l’espace s’y prête pour cette usine de freinage et pour … mais nous brûlons les étapes. Revenons vers Kais Ait Ahmed, le jeune fondateur de ce nouveau (bientôt) groupe, qui, déjà, affiche un million de plaquettes par mois, alors que le bâtiment administratif n’est pas encore fini !

Un million de plaquettes par mois

« J’aime mon pays et je veux faire quelque chose pour aider le marché algérien et aussi ma ville natale, il y a tant à faire ! Dans le seul domaine du freinage, je suis le seul producteur de plaquettes au sens propre et après les plaquettes, nous envisagerons d’autres productions comme les filtres par exemple, (Ikam a d’ores et déjà les agréments pour le freinage et la filtration, ndlr), rien n’est arrêté à ce jour mais au regard de l’accueil que nous avons eu pour les plaquettes, nous sommes confiants pour la suite » nous explique Kais Ait Ahmed au beau milieu de l’usine, le bureau n’est pas encore construit. En face de nous, les machines tournent dans un environnement neuf, moderne et propre, tandis que le patron poursuit : « J’ai effectué des études de commerce et j’ai habité à Marseille, mais j’avais envie de rentrer dans mon pays. Le temps d’attente pour les terrains étant trop important, c’est pourquoi j’ai opté pour la construction de l’usine sur les terrains de ma famille.

Mon père élevait des chèvres sur ce site, je ne suis pas un entrepreneur qui vient d’une grande famille d’industriels mais je connais le sens du mot travail. Après, tout s’est déroulé très vite, nous avons commencé à construire et à communiquer en 2016, nous étions même présents sur Equip Auto Alger cette année (ils avaient un petit stand parce qu’arrivés en dernier, mais seront bien plus visibles en mars prochain, ndlr). Deux ans après, (nous sommes passés un mois après l’ouverture !) nous commencions à livrer. Nous produisons en deux huit pour honorer les commandes et avons déjà en catalogue plus de 50 références. Nous avons sillonné les 48 willayas, organisé la distribution et cela fonctionne ! » Reconnaissant que l’Etat, au début, les a aidés comme tout fabricant qui souhaite s’installer, Kais Ait Ahmed avoue qu’un coup de mains sur les taxes sur les matières premières l’aiderait à augmenter la production et concurrencer durablement les importateurs. Mais de cela nous reparlerons.

135 ouvriers, 185 demain…

« Nous ne sommes pas que des fabricants travaillant sur le sol algérien, nous sommes des créateurs d’emploi dans notre pays »
assène le jeune entrepreneur qui a déjà embauché 135 ouvriers et qui devrait en avoir recruté une cinquantaine de plus quand paraîtra cet article (hors les magasins qu’on évoquera plus loin) : « C’est ma vraie réussite », plaide-t-il en nous expliquant qu’il a même dû payer, lui-même, la venue de l’électricité jusqu’à ces bâtiments. Investir aussi vite sous-tend une stratégie forte. S’appuyant sur des partenaires indiens très expérimentés, il a organisé la production avec l’aide des ingénieurs de ce pays, dont il loge certains d’entre eux pendant quelques mois pour épauler les techniciens algériens sur les nouvelles technologies. Ce sont ces ingénieurs qui forment les personnels pour que rien ne soit laissé au hasard. D’autres membres de l’équipe sont allés étoffer leur formation initiale là-bas. Parallèlement à la formation des équipes et des ingénieurs, Ikam a fait certifier sa production.

En effet, il n’existe pas d’organisme certificateur en Algérie, pas de laboratoire qui délivre des attestations de conformité, alors Kais Ait Ahmed est allé soumettre ses produits auprès d’un laboratoire américain reconnu, afin qu’ils bénéficient des homologations internationales, un travail qui doit être effectué tous les deux ans. Parallèlement, Ikam travaille sur sa certification ISO, dont la validation devrait être officialisée courant octobre ou novembre. Certification, savoir-faire, outils de production, distribution, marketing … tout a été étudié au cordeau, il reste juste un vœu que formule Kais Ait Ahmed :
« Nous produisons, aujourd’hui, un million de plaquettes, et avec l’extension (un autre bâtiment dédié à la production est en fabrication, juste derrière le premier, ndlr) nous serons en mesure de fabriquer entre 15 et 20 millions de plaquettes dans les deux ans à venir.

Actuellement, l’importation de produits finis compte quelque 30 millions de plaquettes (entre 20 et 30 millions). Si le gouvernement faisait un effort sur les taxes d’importation sur les matières premières, nous pourrions aisément dominer le marché. Avec un produit de qualité garanti 38 000 km et certifié, nous sommes mieux disants que les produits chinois importés. Pour aller jusqu’au bout de la démarche, il faudrait que l’Etat baisse ses taux sur les matières premières car il y a des produits que nous ne pouvons pas obtenir en Algérie et qui proviennent d’Inde, d’Espagne ou d’Italie. Les meilleures colles, par exemple, sont d’origine anglaise, et tous ces produits sont conformes aux normes internationales. Nous employons des gens d’ici, nous payons nos impôts ici, nous faisons travailler 400 personnes dans la distribution en Algérie, nous avons juste besoin d’un coup de mains de la part de l’Etat pour gagner contre l’importation des produits finis ».

Une distribution bien pensée, l’export en vue…

Sur le chemin, nous avons croisé deux petites camionnettes aux couleurs d’Ikam, sur le parking un gros VUL, lui aussi aux couleurs de la marque, décidément, l’entreprise ne joue pas avec le marketing, qui plus est en concevant des codes graphiques très soignés et bien loin de ce que nous avons l’habitude de voir. Le soin apporté à l’image s’avère très instructif, il montre la volonté d’Ikam de se positionner face aux grands fabricants internationaux, en utilisant les mêmes codes, et la même qualité aussi dans ce domaine. Les emballages sont, cerise sur le gâteau, fabriqués dans l’usine même (imprimerie intégrée) parce que Kais Ait Ahmed entend bien réduire de toutes les façons l’importation. Actuellement, le taux d’intégration locale s’élève entre 60 et 70 % ! Plusieurs magasins à Tizi Ouzou, Bejaia, Bab Ezzouar, Tiaret, Oran, Ain M’Lila, Touggourt (…) arborent déjà les couleurs d’Ikam, nombre d’importateurs ayant décidé de se tourner vers Ikam pour vendre des produits de qualité Made in Algeria, qui plus est garantis (et l’argent est tout de suite investi sans rester 30 jours dans les banques !).

Comme le dit Kais Ait Ahmed, « S’il y a un problème, nous sommes là !  Nous effectuons 9 tests par jour et établissons 9 rapports. Nous connaissons le process de production et ne craignons pas de garantir nos produits ». Un discours qui plaît bien aux distributeurs algériens dont le nombre se démultiplie si rapidement, qu’Ikam a dû passer en deux huit. Des produits de qualité à des prix attractifs et fabriqués en Algérie, cela ne se refuse pas. Et cela peut intéresser d’autres marchés, d’où les projets à l’export de Kais Ait Ahmed vers la Mauritanie, la Tunisie et plus généralement l’Afrique (en 2020 !). Autant, il n’y aura que la marque Ikam en Algérie, autant, à l’export, des marques de distribution pourront être créées. Pour l’heure, Kais Ait Ahmed pense surtout à assurer toutes les commandes qu’il a reçues et qui le confortent dans ses choix. Demain, le bâtiment administratif verra le jour (sur 3 étages), ainsi que l’extension qui viendra renforcer le premier bâtiment de 2 400 m², sans compter le centre logistique de Tizi Ouzou. Nous vous tiendrons au courant de l’évolution de cette belle aventure.

   Hervé Daigueperce

Rédaction
Rédactionhttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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