Vous rappelez-vous de la caverne d’Ali Baba ? Eh bien, c’est le même sentiment qui vous étreint lorsque vous pénétrez chez GM Auto, la même profusion de trésors. Sauf que chez GM Auto, tout est excellemment bien rangé ! Découverte.
On le dit le plus important importateur de pièces de carrosserie en Algérie, et nous sommes tentés de le croire, tant le stock qui court sur plusieurs bâtiments semble ne plus finir. Et puis, il y a Yazid Arar, le gérant de GM Auto, sa puissance calme et ses réponses permanentes, incessantes aux uns et aux autres, comme si personne ne devait rester sans nouvelles de sa commande, de l’arrivée de ses pièces, des tendances du marché. Yazid Arar n’est pas un homme à se laisser déborder, il gère, plus exactement il veille, tout le temps et tranquillement à ce que ses (très) nombreux clients ne soient pas en panne d’une aile ou d’un pare-chocs, d’un rétroviseur ou d’un phare. C’est pour cela qu’il détient autant de stock, qu’il mesure avec autant de précision les fluctuations du marché pour inscrire sur la liste des disponibilités, les pièces qui vont se révéler, dans peu de temps, si urgentes pour le carrossier. Un côté artiste, sans doute, mais qui se double d’un financier. Si, cela existe ! Poursuivons la visite.
Chaussure à son pied
Tout jeune, Yazid Arar choisit d’étoffer son cursus de formation par une spécialisation en management, à Paris. Tout naturellement, on s’attend à ce qu’il reprenne la tête de l’usine de chaussures familiale, et c’est là qu’il décide de faire de l’importation de pièces détachées automobiles. Son envie, son sens du commerce. Nous sommes en 1996, l’Algérie ouvre les portes de l’économie à l’international et Yazid Arar se met à l’importation en direct en commandant ses pièces de carrosserie en France et en Italie pour les véhicules français, le gros du parc circulant algérien. Il commande en gros pour les véhicules les plus populaires, et en petites quantités pour les autres, la gestion maîtrisée déjà l’habite. Dès 2001, il transforme la société qui était à son nom, en Sarl et ouvre son sourcing vers le monde : « Il n’y avait plus que les grossistes qui vendaient les pièces en France, et nous nous approvisionnons en Italie où l’on trouvait encore des fabricants. Il a fallu suivre le marché et trouver les meilleurs approvisionnements. Indiscutablement, les meilleurs étaient Taiwanais, qui fournissaient aussi bien la première monte que les indépendants, ce sont eux que j’ai choisi d’importer, en direct des usines. » commente Yazid Arar. Qui ajoute : « Les fabricants de pièces de carrosserie, de phares, de berceaux se situent très souvent auprès des constructeurs pour éviter les transports et nous nous approvisionnons auprès d’eux. Mais la compétence des Taiwanais est telle dans ce domaine, que c’est de là que provient notre plus grande source d’approvisionnements. Nous y achetons également les palettes spéciales qui nous permettent de faire venir puis livrer en toute sécurité les pièces ». Quant aux pare-brise, une marchandise tout aussi fragile, ils viennent de Pilkington et de Saint-Gobain, soit les plus grands fabricants mondiaux du secteur : « Pour les nouveaux véhicules, il est important de commander la pièce d’origine, et dans ce domaine, il existe deux grands noms qui font référence. Avec les capteurs et autres éléments électroniques, la qualité d’origine est indispensable. Ce qui n’est pas vrai pour les véhicules de plus de 10 ans. En effet, on ne trouve plus forcément les fabricants et nous devons aller en Chine, tout en prenant toutes les précautions nécessaires pour ne pas acheter trop cher – parce que les clients ne veulent pas mettre une fortune pour remplacer un pare-brise sur une vieille voiture – mais en préservant la qualité. C’est le fondement même de notre métier ».
Une présence nationale
Si l’on compte d’autres importateurs de pièces de peau comme l’on dit, GM Auto s’avère le plus important et couvre tout le territoire algérien, et surtout l’Ouest, où il est le seul professionnel. Sur Oran, il dispose de cinq succursales dont le siège, où se trouve le plus gros stock, sinon, il dispose d’une forte présence à Alger grâce à des distributeurs et a un gros marché à Ain M’Lila. Son atout majeur, comme on l’a vu, n’importer que des produits de qualité certifiés auprès des fabricants européens, italiens, polonais, espagnols pour ce qui est de la carrosserie. Serait-il tenté de se mettre à la fabrication ? Bien sûr, Yazid Arar y a pensé mais le prix d’un moule est tel, qu’il faudrait des dizaines de milliers de pièces pour l’amortir, or sur le seul territoire algérien, ce n’est pas possible, l’usine Renault ne produit pas assez de véhicules et le marché intérieur ne peut pas absorber autant de produits, quant à l’export, il est déjà fortement concurrencé, à commencer par les Taiwanais. Pour l’heure, son principal objectif consiste à livrer ses clients en temps et en heure. Il dispose de sa propre flotte de camions et passe aussi par des transporteurs, mais ce sont ses équipes qui chargent les pièces, comme ce sont ses clients qui les déchargent : la pièce de carrosserie est un produit hautement fragile, pas question de causer une bulle ! Et même si les pièces ne sont pas encore peintes !

Un métier à part
Comme on l’a vu, les pièces sont à manier avec précaution, dans le transport comme dans le stock. Tous les racks sont étudiés et Yazid Arar acquiert de plus en plus de structures de stockage adaptées aux produits, comme les palettes, par exemple et les éléments de racks. Cela passe aussi par les professionnels : « Nous sommes une cinquantaine de personnes ici et ce sont tous des professionnels qui s’adressent à d’autres professionnels, dont la connaissance des produits est inégalée. Chaque pièce vaut très cher et est très encombrante, même un rétroviseur. En outre, elles renferment d’autres éléments tout aussi précieux auxquels il faut faire attention » commente Yazid Arar en précisant que « nos clients sont aussi méticuleux. Ce sont essentiellement des distributeurs revendeurs. Il n’y a pas énormément de grandes carrosseries et les concessionnaires fuient ce genre de produits parce que cela prend beaucoup de place, de temps et que c’est cher. Nos technico-commerciaux rendent visite aux revendeurs qui livrent aux carrossiers, des gens compétents qui disposent, en outre, des matériels nécessaires pour peindre en sécurité. Les mélanges sont désormais informatisés, mais il faut respecter les cahiers des charges, le blanc de 2012, n’est pas forcément le même que le blanc de 2013 ! » Il faut préciser aussi que la main d’oeuvre des tôliers coûte cher également. Autrement dit, des pièces chères, des mains d’œuvre aussi et des produits fragiles, d’où la nécessité de disposer des bons professionnels. Et comme le dit Yazid Arar, « le marché est porteur parce que les produits sont de plus en plus technologiques et parce que l’importation des pièces d’occasion est interdite. C’est à nous de faire attention au marché et d’importer aussi bien les pièces pour les véhicules nouveaux que pour les anciens en respectant les prix du marché ». Aujourd’hui, le chiffre d’affaires de GM Auto s’élève à 700 millions de dinars et devrait croître, si l’on en croit le chantier en cours sur le site principal. Le nouveau bâtiment occupera 4 000 m² et viendra grossir les 8 000 m² couverts existants : « Nous avons toujours besoin de plus d’espace et nous devons pouvoir circuler sans risque pour récupérer les produits. Nos stocks sont importants, car il faut compter 4 mois pour recevoir la marchandise une fois que la commande est passée, entre les pièces que nous faisons fabriquer plus le temps de transport. Nous nous appuyons sur des logiciels de base de données marché pour gérer au mieux les stocks mais, même ainsi, cela prend de la place ! » commente Yazid Arar en contemplant les pièces de carrosserie sagement alignées, prêtes à rejoindre leurs propriétaires. Un métier à part, qui lui va comme une chaussure à son pied !
Hervé Daigueperce









