Francis Pègues, à l’origine de la création d’Equip Auto Alger se souvient…

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Questionné sur la naissance du salon Equip Auto Alger qui fête ses 20 ans cette année, Francis Pègues révèle une grande affection pour une manifestation qu’il a voulue et qu’il a sentie entourée des bonnes fées dès son lancement. L’une d’entre elles si j’osais serait Nabil Bey Boumezrag, à la tête du salon depuis 2006 et à qui il en attribue la réussite. Décryptage.

Revenons aux tout débuts, à l’acte de naissance : « Depuis quelques années, Comexposium, et Equip Auto France souhaitaient étendre la marque dans d’autres pays. Le salon était plébiscité de partout et répondait aux attentes des professionnels de l’automobile. Nous envisagions donc de l’étendre et l’Algérie s’est révélé un choix qui répondait à un cahier des charges spécifique. Tout d’abord, le fait que le pays soit francophone faisait sens par rapport à notre manifestation française, ensuite, nous pouvions nous lancer avec des moyens raisonnables en minimisant les risques et ce qui était primordial, qui plus est, cela répondait à une demande véritable des exposants français et des filiales des grands équipementiers étrangers établies en France » se remémore – avec un brin d’émotion dans la voix ». Et d’ajouter : « Nous avons alors, dès 2005, commencé une « tournée » des leaders d’opinion lors du salon de l’auto de 2005 afin d’obtenir leurs avis et opinions. Des personnalités comme Jean-Michel Selles (Kayaba), Pierre-Yves Bailly (Delphi), Morizot (Bendix), Jean-Paul Dupeux ou encore Peter Matthews (Valeo) ou Robert Perrin-Objois ont tout de suite adhéré au projet et nous ont incité à poursuivre dans ce sens. Globalement, ce sont les responsables export qui nous ont encouragés, en s’appuyant sur deux raisons essentielles : l’Algérie est un grand marché, très intéressant, mais c’est aussi un marché éminemment complexe. C’est ainsi qu’ils m’ont dit, c’est vraiment une bonne idée, cela va nous aider, on te suit ! »

Un accueil extraordinaire de la part des algériens

Enhardis par les messages d’encouragements des exposants potentiels, Francis Pègues et son équipe se rend en Algérie et entreprend de rencontrer les gens de différents ministères (Transports, Economie, Enseignement supérieur, de mémoire) qui répondent très favorablement à une initiative visant à mettre en avant l’automobile, la pièce, l’équipement, l’industrie et la production locale. Nous leur avions demandé leur avis de manière très humble et ce sont eux qui ont encouragé un salon, entre autres conférences, colloques, ou rencontres qui auraient pu se dérouler. Parallèlement, nous avons échangé avec des grands acteurs de la profession comme les Siad, par exemple qui se sont montré tout aussi enthousiastes. Fin 2005, on avait l’assurance de l’adhésion des grands distributeurs algériens et des équipementiers internationaux.

Il faut ajouter que notre partenaire initial dans cette aventure, Promosalons, nous a profondément aidés pour les rencontres en Algérie et le déploiement de toutes les initiatives. C’est au travers de Promosalons que nous avons fait la connaissance de Nabil Bey Boumezrag à qui a été confiée la direction du salon. Sans lui, rien n’aurait été possible, il a travaillé d’arrache-pied pour faire émerger le salon en multipliant les rendez-vous, éliminant les obstacles les uns après les autres. Je l’ai vu pendant 8 semaines d’affilée ne prendre aucune heure de repos pour que tout soit prêt le jour de l’ouverture. C’est à lui que nous devons la pérennité du salon dont il a assuré sans relâche le développement, quels que soient les aléas, qu’il a pu traverser ! »

« Des gens de parole »

Revenant aux prémices du salon, Francis Pègues garde comme un souvenir très fort l’engagement des algériens, professionnels et institutionnels, « des gens de parole ». Dans les ministères et les institutions en général, on nous avait promis un soutien et le premier jour du salon, nous en avons eu la confirmation. Tous ceux qui avait dit qu’ils viendraient pour le lancement officiel, pour participer aux conférences ou encourager les professionnels sont venus et ont joué un rôle important de partenaires. Et même s’il y avait toujours une forme de confusion entre OEM et Aftermarket dans l’esprit des gens, à l’époque, en Algérie, le consensus s’est fait autour d’une manifestation dédiée à la fabrication, à la distribution et aux services de la pièce et de l’équipement. Même les journalistes économiques – il y avait peu de journalistes spécifiques automobiles – nous ont soutenus en annonçant le salon, en venant faire des interviews, des reportages. C’était un grand moment. Je crois que j’ai toujours dit que c’est un salon qui rend heureux. C’est la première chose à laquelle j’ai pensé. » Et si on lui demande les quelques moments mémorables, il en cite deux sans hésitation : « Fin 2005, lorsqu’on s’est rendu compte que la mayonnaise avait pris – Nabil nous confirmait que les distributeurs étaient avec nous – j’ai ressenti un grand bonheur. Quelques mois après, quand le salon fermait ses portes, on s’est regardé avec Nabil, on était comme deux gamins, on était heureux du succès ! «

Quand on lui demande s’il était convaincu de la réussite du salon, il nous répond sans ambages : « On ne peut jamais savoir d’avance si cela va fonctionner et durer. Mais quand j’ai vu de quelle manière, cela avait démarré, tant en termes de m² que de nombre de visiteurs -je pressentais que le succès allait continuer. Il y a toujours un vrai potentiel en Algérien, un véritable intérêt de part et d’autre. Je voyais venir sur le salon beaucoup d’équipementiers comme Riadh Abdelkefi, ce qui nous faisait dire que le salon d’Alger était un autre CDA ! (Club de la Distribution Automobile qui réunissait équipementiers et distributeurs en France à l’initiative de la fédération des grossistes français, la FEDA, ndlr). Il y avait un véritable engouement, cependant, dire que je m’imaginais que cela allait durer 20 ans, non, je n’aurais pas su le dire, cependant, j’en suis très heureux, et fais le vœu que cela se poursuive dans les 20 prochaines années. Le succès revient essentiellement à Nabil qui a relevé le gant derrière, y compris après la crise mondiale de 2008-2009 et face aux événements du Covid ou du volcan.

Un mot sur l’évolution

« Le salon s’est professionnalisé et a collé aux évolutions du marché. Lorsque nous avions initié des conférences avec Jean-Jacques Delage et Emmanuel Taillardat qui posait les bonnes questions aux pouvoirs publics, le marché algérien s’avérait assez extraordinaire, compliqué, mais immense avec de grands besoins et beaucoup d’attentes, d’enthousiasme aussi. Ce qu’on peut dire, c’est que la motivation est toujours là et le marché s’est encore complexifié du fait des nouvelles régulations d’importation. Cela se traduit sur le salon où l’on observe moins de distributeurs présents. En revanche, on voit le secteur de la production locale prendre une nouvelle dimension. On a toujours vu quelques fabricants algériens sur le salon, mais on observe aujourd’hui une recrudescence de l’industrie algérienne qui augure bien de ce salon qui leur est dédié. Les équipementiers internationaux se font plus représenter par leurs distributeurs qu’en venant en direct comme ils l’avaient fait de prime abord, notamment dans le cadre du comité contre la contrefaçon qui réunissait quelques grands noms comme Valeo, Corteco, Malhe, SNR, TRW… de mémoire et j’en oublie.

En réalité, Equip Auto Alger qui a été créé dans des conditions improbables, continue d’épouser les mutations du marché et à mettre en valeur ses acteurs, grâce aux efforts continus de Nabil. Il a donc de beaux jours devant lui !

Hervé Daigueperce

Rédaction
Rédactionhttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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