Jusqu’à l’ouverture, les pronostics de réussite du salon ont surtout révélé les aléas des sondeurs ! L’édition termine sur un succès, non sans que quelques sueurs froides n’aient perlé ici ou là… Récit.
Dernier trimestre 2017, l’annonce gouvernementale obligeant les importateurs à sortir leur cash et à le déposer à la banque, puis à l’immobiliser pendant 30 jours, afin de justifier leur capacité à honorer leurs commandes, a causé une onde de chocs qui ne s’est pas encore évaporée. Sans vouloir porter un jugement politique – le gouvernement ayant ses raisons de limiter les importations et favoriser la fabrication locale -, il faut tout de même évoquer les conséquences d’une décision pour le moins inattendue et surtout très rapide dans son exécution. Pour les importateurs qui avaient l’habitude de miser sur le crédit fournisseurs pour financer leur activité, la douche a été froide, très froide, et les a contraints soit à se tourner vers les banques ou à des investisseurs pour trouver le cash demandé, soit à diminuer de manière drastique leurs commandes, quitte à en dénoncer certaines. Bien que compréhensifs, les équipementiers concernés ont trouvé saumâtre la remise en question de très nombreuses commandes d’autant que, comme partout, certains importateurs qui ont procédé à ces annulations ne les ont pas forcément effectuées avec la diplomatie voulue, ni même la politesse… Est-ce que le marché sera assaini, comme le souhaite indirectement le gouvernement ? Est-ce que des acteurs vont disparaître, est-ce que d’autres vont arriver, est-ce que le montant des commandes va diminuer, est-ce que, face au vide, des pièces de contrefaçon vont refaire surface, est-ce que des « gros » vont devenir plus importants encore, est-ce que les prix des pièces vont augmenter ? Autant de questions qui méritaient sans doute plus de place sur cette édition.
Equip Auto bousculé, mais réactif
Face à toutes ces interrogations, l’organisation du salon a subi une commercialisation plus que mouvementée, les uns et les autres hésitant jusqu’au dernier moment avant de réserver, plaçant Nabil Bey Boumezrag dans une situation délicate. Sans doute lui reprochera-t-on de ne pas avoir assez communiqué sur la formidable opportunité que représente un salon comme Equip Auto pour pouvoir échanger et partager quand les temps sont difficiles. Sans doute, lui fera-t-on, grief d’avoir réduit le cycle de conférences à peau de chagrin, alors que celles-ci auraient eu un grand écho auprès des exposants, comme des visiteurs. Sans doute, lui aura-t-on fait le procès de ne pas avoir géré les bonnes nouvelles, avec suffisamment d’opportunisme. A toutes ces interrogations, il faudra répondre que Nabil Bey Boumezrag, confronté à une période où ses exposants potentiels et habituels sont vidés de leur cash juste avant le salon, a réussi à monter, à l’arrachée, et avec les contraintes nouvelles, un salon de qualité. On soupçonnera même une part d’art dans la gestion de la crise de la filière – car c’est de cela dont on parle – chez Nabil Bey Boumezrag, dont nous allons, en quelques mots, nous faire l’écho.

D’accord, certains gros importateurs ont préféré remettre à 2019 leur participation, mais ils étaient tous là et ont fait profiter de leur présence le salon (voir au fil des allées). Certes ils auraient été beaucoup mieux comme exposants, mais ne boudons pas leur désir d’alternance, d’autant que le directeur du salon a su rendre invisible l’absence. En visitant le salon en habitué, je n’ai pas eu le sentiment qu’il y avait des manquants, tant la répartition des stands, l’organisation du plan avaient été réalisées avec finesse et intelligence : les exposants algériens et européens constituant une nef, flanquée des exposants des autres nations, le long de l’enceinte, ce qui générait une impression d’ensemble très favorable aux premiers. Il faut dire aussi que chez les équipementiers, on observait une égale répartition : nombre d’entre eux sillonnaient les allées et rendaient visite à leurs distributeurs tandis que plusieurs d’entre eux exposaient en propre dont Valeo, dont c’était le grand retour ou Kyb, fidèle comme Mann+Hummel, et Mecafilter ou encore TMD Friction. De bon augure pour la prochaine édition. Par ailleurs, sur le plan des conférences, la conférence de presse s’est muée en plénière, en débat sur les grandes questions de la filière, importation, mesures gouvernementales, fabrication, sous-traitance, relations avec les équipementiers etc.
Notons l’excellente idée de Nabil Bey Boumezrag d’inviter à cette conférence les professionnels de poids, dont l’expérience et le savoir-faire se sont exprimés en plein : Mourad Azri, Mourad Ouar, Saïd Mansour, Fayçal Douadi, Hichem Bouzidi ont répondu aux questions des journalistes, transformant la conférence de presse en véritable convention. Parallèlement, en accueillant le premier Club Argus animé par Fabien Lecoeuche pour le Groupe Argus et Mourad Mourad Saâdi pour la direction Algérie, Nabil Bey Boumezrag a fait entrer nombre d’acteurs du monde de l’automobile, de la construction, de la commercialisation des véhicules comme des services de l’automobile. Une manière d’ouvrir davantage encore sur la filière dans son ensemble. Enfin, en accueillant, sur le salon, la conférence du FNAC abordant le financement des besoins en formation des salariés des entreprises, Equip Auto Alger a rempli son rôle d’autant que cette rencontre a été couronnée par la signature d’une convention de partenariat et de financement par Abdelkader Touil, directeur général du FNAC, Fonds National de Développement de l’Apprentissage et le président de l’AC2A, Séfiane Hasnaoui (voir nos articles et entretiens dans les pages « compte-rendu d’Equip Auto ».
Hervé Daigueperce









