Tout en étant « militant » sur le terrain de la pièce détachée auprès des institutionnels, en promouvant la création d’une association de professionnels, Saïd Mansour, le directeur général d’EMSG Mansour poursuit son activité en développant de nouvelles cartes.
Il suffit de demander comment va la maison Mansour – qui va très bien d’ailleurs – pour que Saïd Mansour s’engage sur la voie de la réglementation et de ses répercussions sur la vie des entreprises, en mentionnant que, jusqu’à Equip Auto Paris, ça allait… Loin d’être un révolutionnaire comme on va le voir, le patron d’EMSG aimerait que la filière dont il fait partie soit entendue par les institutions et que les décisions qui sont prises par l’État tienne compte des conséquences que seuls les professionnels peuvent anticiper et prévenir. Et pour cela il propose déjà : « Il nous faut parler d’une seule voix auprès des autorités. On ne peut pas continuer comme cela, il nous faut constituer une association de professionnels pour représenter nos métiers ». L’exemple de la nécessité de la concertation, ce sont les nouvelles directives passées au moment d’Equip Auto Paris : « Nous avions effectué une bonne année 2017 jusqu’en octobre, date à laquelle la nouvelle réglementation algérienne concernant les 120 % et les 30 jours d’immobilisation ont été annoncée. Cela n’était pas prévisible et nous a empêché de respecter nos engagements auprès de nos fournisseurs. L’avance financière a beaucoup dérangé notre secteur. Certes, l’État a pris ces mesures pour diminuer la facture d’importation, en raison de la baisse des prix du pétrole et donc des revenus dans les caisses. Cependant, je pense que le secteur de la pièce de rechange est très sensible et qu’on ne peut le retarder ainsi, sans générer d’autres problèmes dans les ateliers, dans les transports, auprès des services de maintenance de l’automobile etc. »
Facteur de risque
« Il faut considérer également l’augmentation du parc automobile que l’on situe autour de 8 millions de véhicules avec une croissance de 200 à 300 000 véhicules par an. Ces véhicules, il est de notre responsabilité de les sécuriser en leur fournissant les bonnes pièces nécessaires à leur entretien et à leur réparation. Or, sur la facture d’importation, 750 à 800 millions de dollars, ce n’est pas grand-chose au regard de la facture globale de 450 millions de dollars, de surcroît pour un service quasi obligatoire. Les 4,5 milliards d’importation, ce n’est pas pour la rechange mais pour le CKD, la rechange en elle-même ne pesant que 800 millions de dollars, pas plus ! » Mieux encore – ou pire – rappelle Saïd Mansour, « ce qui nous fait peur, c’est qu’en diminuant la facture d’importation des pièces de rechange, l’État risque de favoriser l’achat de pièces de mauvaise qualité par les automobilistes, ce qui créera des problèmes plus sérieux en accidentologie, en défaillance de pièces etc. Les accidents risquent de coûter beaucoup plus chers que les gains en importation si on ne respecte pas la qualité des pièces.
La saga Fabrication
Tout le monde en parle de la fabrication, mais la prend -on par le bon bout ? Pour Saïd Mansour, rien n’est moins sûr. Ecoutons-le : « Ces derniers temps, tout le monde parle de la fabrication automobile, ceux qui s’y connaissent et ceux qui ne s’y connaissent pas. Certes, rien n’est impossible mais il faut commencer par le commencement, et poursuivre petit à petit. Tout d’abord, avant d’envisager quoi que ce soit, il est impératif de tracer la cartographie de la formation, au niveau des écoles, des universités, et voir comment l’État, et les écoles privées peuvent s’emparer de ce dossier. Dans un deuxième temps, il ne faut pas négliger qu’on ne peut pas se lancer tout seul dans l’aventure, qu’il nous sera nécessaire de faire appel à des gens qui ont de l’expérience dans la fabrication de pièces de qualité. Ces personnes doivent pouvoir espérer un retour sur investissement, on gagne avec quelque chose qui est gagnant, et non en partant sur un projet qui pourrait être déficitaire parce que cela ne fonctionne pas. Or aujourd’hui, les moyens ne sont pas réunis pour que cela soit gagnant gagnant. Je pense qu’il faut commencer par la fabrication de pièces de rechange pas dangereuses, on pourrait citer les secteurs du plastique, des garnitures en carrosserie, des feux, des rétroviseurs, des radiateurs, des jantes, des garnitures intérieures, des coussins, des banquettes, etc. Et si l’on veut passer aux pièces techniques, de mécanique de pointe, il faudra des partenaires internationaux pour bénéficier de leur savoir-faire technologique, et ce sont ceux-là qui doivent trouver un intérêt à leur participation. Nos voisins nous ont dépassés, et nous en ressentons de l’amertume, de la jalousie, parce que nous sommes aussi des professionnels de l’automobile, et aussi compétents ! Il faut qu’on trouve des terrains d’entente. Aujourd’hui, en Algérie, tout organisme peut toucher au secteur de la mécanique, ce n’est plus possible, il faut demander aux professionnels en place de faire bénéficier de leur expérience dans le domaine aux décideurs de l’État, parce que le succès de ces activités, c’est aussi celui de l’économie nationale.
Dernier point que je voulais aborder sur ce sujet, la responsabilité des concessionnaires. En tant qu’importateurs distributeurs, nous n’avons pas besoin d’être fabricants, cela ne fait pas partie de nos obligations. En revanche, les concessionnaires ont reçu mission de l’État d’investir dans la fabrication. Ce sont donc plus à eux de contacter les équipementiers – qui est la seule voie réaliste de réussir ce challenge. Il semblerait qu’aujourd’hui, ils voudraient rejeter cette responsabilité, cette obligation de fabriquer, sur le dos des distributeurs mais ce n’est pas plus notre métier que le leur ! Cependant je dois dire pour être complet que certains d’entre eux ont fait la démarche et ont contacté les professionnels intéressés par la fabrication pour sceller des partenariats et on ne peut que s’en féliciter. »
La réparation, même combat !
Reprenant son combat pour une professionnalisation accrue du secteur, Saïd Mansour appelle à une prise de conscience de la nécessité de former les techniciens réparateurs et de maintenance : « Comme pour la fabrication, il nous faut des centres de formation pour les mécaniciens et à un certain niveau intellectuel car les véhicules comprennent une grande part d’électronique et de technologies nouvelles. Il est clair qu’aujourd’hui, on ne peut plus intervenir sur les véhicules avec la seule formation de base qu’ont eue les mécaniciens longtemps. Les pièces qu’on doit importer, et qu’on doit monter sur les véhicules très récents coûtent cher, on n’a pas le droit de se tromper dans le montage des pièces électroniques, des boîtes automatiques. Nous n’avons pas les moyens de gaspiller des produits et la formation s’avère capitale pour éviter, justement, ces coûts supplémentaires.
EMSG continue de faire ses gammes
Bien que très impliqué dans les réflexions sur la filière avale de l’automobile, Saïd Mansour n’en est pas moins chef d’entreprise et conscient des enjeux de l’avenir. Anticiper, c’est aussi diversifier son portefeuille d’offres, et c’est bien ainsi qu’il a envisagé l’année 2017, en faisant rentrer les roulements NTN-SNR, les thermostats et manomètres de Vernet, mais aussi les pompes à eau Graf, les courroies et tendeurs Goetze, les freins Galfer… Et quand on lui demande si cela ne fait pas beaucoup, il répond qu’il faut bien remplir les deux nouveaux entrepôts qu’ils viennent d’ouvrir dont celui d’Oran qui compte 2 000 m² : « Nous élargissons notre activité sur le territoire national, nous avons donc besoin d’autres fournisseurs pour espérer avoir un retour sur investissement correct. Nous accompagnons les équipementiers sur la distribution et eux nous aident sur la technologie, la qualité, le développement, les retours… Reste que nous sommes toujours attentifs aux prix parce que les fournisseurs doivent se rendre compte que le pouvoir d’achat en Algérie n’est pas le même qu’en Europe ! C’est aussi pour cette raison que nous sommes toujours en quête de nouveaux produits dont le rapport qualité prix passe dans notre pays. Et nous préférons être livrés par l’Europe parce que les coûts de transport sont plus abordables et surtout parce que la disponibilité des produits est meilleure. Il nous faut toujours diminuer les encours, donc les temps de transport, afin de ne pas avoir à stocker trop longtemps ».
Strongle, toujours au top !
« Cela fait 8 ans que nous développons ce concept et la gamme des produits Strongle. Nous sommes passés de 200 à 300 références pour en compter 700 aujourd’hui. La gamme s’adresse à tous types de véhicules, en termes de transmission, soit les cardans, les soufflets, les croisillons, etc. Nous étions en pourparlers pour lancer la fabrication, de cardans en Algérie avec un partenaire qui a finalement préféré effectuer une extension dans son pays. Aujourd’hui, nous sommes à nouveau en négociations avec un autre partenaire, avec lequel nous espérons signer avant la fin de l’année. » Alors, la fabrication, finalement, cela a toujours été un vrai sujet chez EMSG !
Hervé Daigueperce









