Valérie Batisse, directrice export Maghreb/Afrique chez MAHLE, revient sur l’évolution du marché de l’après-vente automobile en Algérie et sur le rôle qu’a joué Algérie Rechange dans l’information et la structuration du secteur depuis une décennie.
Comment avez-vous connu Algérie Rechange ?
J’ai connu Algérie Rechange au démarrage du projet grâce à Hervé Daigueperce et Claude Theulot, alors chez Dana. Ils nous ont présenté l’initiative au moment de son lancement et nous avons immédiatement compris l’intérêt d’un média spécialisé dédié à l’après-vente automobile dans la région.
Pourquoi avoir participé dès le début ?
Ce projet nous a convaincus car il s’agissait du premier et du seul journal aftermarket automobile dédié aux équipementiers, aussi bien en B2B qu’en B2C, sur la zone Maghreb. Il apportait une plateforme d’expression et d’information pour les acteurs de la rechange, ce qui manquait clairement au secteur à l’époque.
Celui-ci a-t-il répondu à vos attentes ?
Oui, dans l’ensemble. Algérie Rechange est devenu un véritable outil de communication et d’information, aussi bien pour les équipementiers que pour les réseaux de distribution. Le magazine permet de suivre les innovations produits et l’évolution du marché. L’aspect éditorial, les visuels et les dossiers techniques sont très professionnels.
Qu’avez-vous particulièrement apprécié ?
Nous apprécions surtout l’énergie, la présence terrain, la proximité et la détermination de l’équipe du magazine, quelles que soient les circonstances.
En revanche, nous regrettons parfois le manque de données économiques, notamment sur le parc automobile ou certains indicateurs du marché. Il serait également intéressant de réfléchir davantage à la cible du magazine : les ateliers, mécaniciens ou gestionnaires de flottes semblent encore peu lecteurs. Une réflexion sur la langue arabe ou une approche plus B2C pourrait être envisagée.
Comment situez-vous Algérie Rechange pour votre entreprise ?
Pour nous, le journal joue plusieurs rôles :
- Outil de travail et d’information sur l’évolution du secteur
- Support de communication pour les équipementiers
- Lien entre les acteurs du marché et les fabricants
- Plateforme de synergie entre équipementiers
Il contribue aussi à mettre en lumière certaines marques ou technologies, comme ce fut le cas avec des articles consacrés à MAHLE.
Que faisiez-vous il y a dix ans ?
Il y a dix ans, j’occupais déjà la même fonction qu’aujourd’hui : Directrice export Maghreb/Afrique. Mon rôle consistait à développer la présence de nos marques sur ces marchés et à accompagner les distributeurs dans leur développement.
Dans quel groupe travailliez-vous et quelles étaient ses ambitions en Algérie ?
Je travaillais chez MAHLE. Notre ambition était de renforcer les partenariats existants, d’élargir notre réseau de distribution et de promouvoir les nouvelles gammes de produits. Nous souhaitions développer la présence de MAHLE sur l’ensemble du territoire algérien, que ce soit à l’est, à l’ouest ou au centre du pays, en travaillant directement avec nos partenaires locaux.
Quels ont été les grands moments de ces dix dernières années ?
Plusieurs évolutions importantes ont marqué le marché :
- L’arrivée massive des produits chinois, représentant aujourd’hui près de 50% du marché
- La baisse significative de l’activité malgré un potentiel toujours important
- Les effets du COVID et des mesures liées à ALGEX
- La chute des importations de véhicules neufs
Jusqu’en 2016, environ 300.000 véhicules neufs entraient chaque année sur le territoire. Aujourd’hui, seuls les particuliers peuvent importer pour leur propre usage.
Quelles mutations avez-vous observées dans la distribution et le marché ?
Plusieurs changements ont marqué le secteur :
- L’évolution constante des lois et réglementations en Algérie
- L’instauration d’ALGEX depuis mai 2022, qui limite la visibilité pour les entreprises
- Une distribution qui reste majoritairement familiale
- Peu de renouvellement générationnel dans certaines entreprises
Qu’attendez-vous pour les prochaines années ?
Nous espérons une réouverture plus large de l’importation et une diminution de la contrefaçon. Aujourd’hui, la visibilité reste limitée sur le marché algérien.
Un autre sujet sera l’évolution du parc automobile et le taux d’électrification dans les dix prochaines années. Par ailleurs, les segments du poids lourd, des engins et des travaux publics pourraient devenir des relais de croissance importants.
Chez MAHLE, nous avons la chance de maintenir une présence terrain permanente grâce à notre Product Promoter, Hamza Lamrache, basé à Alger.
L’intelligence artificielle mettra-t-elle fin à l’esprit familial du secteur ?
L’IA pourra certainement nous aider dans la gestion des données et dans certains processus. Mais la relation humaine, l’expertise terrain et la confiance entre partenaires resteront essentielles, surtout sur un marché comme l’Algérie.
Les dix ans d’Algérie Rechange font écho aux vingt ans d’Equip Auto Alger. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Oui, nous avons participé aux premières éditions. En 2006, lorsque j’étais chez Dana, nous étions présents avec Vincent Valette, responsable technique, dans le cadre du G6, une association de six équipementiers engagés dans la lutte contre la contrefaçon. Nous partagions alors un stand commun et faisions partie des précurseurs de cette première édition.
Comment avez-vous vu évoluer le salon ?
Au départ, Equip Auto Alger avait vocation à devenir le salon de référence pour le Maghreb et même pour l’Afrique subsaharienne. Aujourd’hui, il est devenu davantage un salon local, avec moins d’équipementiers européens qu’auparavant.
Qu’attendez-vous des prochaines éditions ?
Nous souhaiterions voir davantage de conférences, de débats et de formations techniques. La présence d’officiels serait également importante.
Nous pensons aussi qu’il serait intéressant d’ouvrir le salon durant le week-end, d’espacer les éditions tous les deux ans et d’organiser une soirée dédiée à l’aftermarket pour renforcer les échanges entre professionnels.
Pensez-vous que la fabrication locale soit une évolution possible ?
Oui, certaines initiatives montrent déjà la voie. Des entreprises comme Euromoteur ou Bareche illustrent bien cette évolution vers une production locale. Le salon pourrait justement devenir une vitrine pour ces initiatives et accompagner cette transformation du secteur.
Propos recueillis par Abdellah Khalil







