Robert Lucchesi : « C’est une question de cœur »

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Pour les trente ans d’ITPL, Algérie Rechange a tenu à rencontrer une nouvelle fois son initiateur et l’acteur de sa réussite, Robert Lucchesi, qui a accepté pour nous de revenir sur une belle épopée qu’il qualifie de « 40 ans de bonheur ». Récit…

S’il est inutile de présenter Robert Lucchesi qui a été à la tête d’ITPL jusqu’à son départ en retraite il y a 5 ou 6 ans et la cession de l’activité à M&M Militzer & Münch, il nous faut rappeler son infatigable construction des liens avec les importateurs algériens et des relations fortes avec les exportateurs et les équipementiers de tous pays. Pour lui, qu’on se le dise, passer 15 jours par mois en Algérie ne constituait pas une contrainte, un exercice obligé mais bien une affection pour les habitants de ce pays qu’il a rencontrés dès l’âge de 23 ans : « Quand j’avais 23 ans et que je suis arrivé en Algérie, je me suis senti chez moi, je n’ai jamais compris ce sentiment, son origine, c’est un pays que j’aime et qui me l’a bien rendu ». S’il ne s’explique pas pourquoi, il peut nous dire que cela n’a pas toujours été une sinécure, mais toujours beaucoup de bonheur : « L’Algérie est un pays très particulier dans le commerce, très compliqué. Il faut être accepté, il faut l’aimer, c’est une question de cœur. J’ai toujours dit que passer 15 jours par mois là-bas pendant 35 ans, c’était indispensable. Si on n’est pas tout le temps présent, on ne s’en sort pas. C’est le travail ! On tisse de vraies relations de confiance et d’amitié et c’est pourquoi j’apprécie que les « jeunes » qui ont pris en mains l’activité la perpétuent dans le même esprit de confiance mutuelle. Mais si vous me demandez ce que je ressens à l’idée qu’ITPL fête ses trente ans, je n’arrive même pas l’imaginer, c’est la moitié d’une vie, ça continue et c’est bien, c’est énorme. Ça prouve que malgré tout ce qui se passe, on peut tenir le cap et avec de bons produits et services, maintenir une activité à un bel âge ! »

Une évolution extraordinaire

Robert Lucchesi se souvient de ses débuts dans une Algérie qui commençait tout juste sa mue et n’offrait pas les conditions optimales pour y faire du business. « Le manque d’infrastructures routières, d’équipements hôteliers, de téléphonie – on allait téléphoner sur la place à Alger pour prévenir qu’on était bien arrivé – et bien sûr l’informatique qui n’était pas encore l’outil fabuleux qu’elle est aujourd’hui constituaient autant de difficultés. Et quand on voit aujourd’hui, ce que le pays est devenu, comment l’on y travaille, on y circule, on y vit, l’évolution a été phénoménale. Bien sûr, il y a toujours des sources de mécontentement comme partout, pourtant ce que je retiens, c’est ce qui a été accompli. Le problème quand on avance, on ne souvient plus de comment c’était avant. Chez ITPL, on a grandi avec nos clients et nos donneurs d’ordre, on s’est équipé parallèlement, et surtout on s’est écouté. Au début, j’ai d’abord beaucoup travaillé avec Bob, (Ali Allaoui, PAM France, reportage dans Rechange Maghreb, ndlr), le premier des exportateurs de pièces vers l’Algérie puis d’autres l’ont rejoint. C’est grâce à Bob que j’ai connu des personnalités fortes et aidantes comme Redjem Habchi, Mourad Ouar, ou Monsieur Meklati (qui a fait beaucoup pour me donner confiance en moi, pour ne citer que ceux-là) puis les Douadi, etc. C’est aussi grâce aux Algériens, que nous avons augmenté le nombre de nos clients équipementiers. Quand ceux-ci effectuaient des transactions avec eux, les importateurs algériens leur disaient de livrer chez Robert. Après, on fait le job et on sait ce que l’on doit, et on tâche de faire le travail le plus efficace possible. J’évoquais le manque de moyens de nos débuts, mais nous nous sommes équipés, eux comme ITPL et les équipementiers, nous avons vécu la révolution informatique ! Au début, on faisait tout à la main sur papier, puis avec l’informatique, je savais tout ce qui entrait et sortait, parce qu’on scannait tous les produits et nous avons construit les modèles modernes de transmission, de logistique, puis l’étiquetage et les descriptifs produits qui facilitaient après les commandes et accéléraient les tâches de tous les côtés. Nous sommes sortis de l’artisanat pour apporter de services de haute qualité. Aujourd’hui, tout a pris encore une autre dimension qui se dirige même vers l’Intelligence Artificielle ! »

Des entreprises familiales modernisées aux valeurs traditionnelles

Lorsqu’on demande à Robert Lucchesi comment il a vu évoluer le marché et les entreprises qui l’animent, il nous répond, convaincu : « La plupart des entreprisses d’importation et de distribution de pièces de rechange  actuellement sur le sol algérien sont des entreprises familiales qui ont grandi et se sont dotées des outils modernes de marketing, de commerce, de logistique, de gestion, etc. Il s’agit bien de croissance interne ; Je n’ai pas assisté aux concentrations comme on a pu le voir dans les pays européens ou aux Etats-Unis, et je ne les vois pas arriver dans les années à venir. Je continue à me rendre de temps en temps en Algérie voir quelques amis et à m’entretenir avec eux. Ils me confirment cet état de fait. Les anciens sont toujours respectés, les grands-pères et pères des actuels dirigeants sont toujours dans la boucle, ils sont « sacrés » et s’ils n’ont pas fait de grandes études comme moi, – alors qu’ils ont géré de très grands volumes ! – ils ont fait en sorte que les plus jeunes en fassent, et se dotent des compétences requises pour affronter la mondialisation. Ils parlent anglais, maîtrisent les outils informatiques, les réseaux sociaux et globalement toutes les gestions assistées par l’électronique. Cependant, ils ne cherchent pas à acquérir le voisin pour grossir ou à créer des groupements. Aux dirigeants de l’entreprise familiale de croître en investissant dans les outils modernes, mais on n’achète pas l’autre et surtout on ne vend pas la structure familiale. Même si les jeunes sont les patrons, le papa est très pragmatique et jamais très loin. J’ajouterais qu’en Algérie le commerce est tactile, et ce n’est pas demain que l’IA va obtenir des contrats ou instaurer des relations de confiance. Il faut se séparer, aller voir les gens et être bien reçus. Après, on peut faire travailler tous les outils. »

Du bon sens et du travail

Pour évoquer le succès d’ITPL, Robert Lucchesi revient sur la valeur du travail. « Que ce soit avec les importateurs ou avec les équipementiers qui peu à peu ont préféré traiter en direct sans passer par les exportateurs, un rapport de confiance s’est instauré. Et il a perduré. Comment est-il né, comment la confiance est venue ? Sans doute par attachement, un concours de circonstances, un peu de chance au milieu, un bon service et du travail, du temps et de la disponibilité pour eux. Il n’y a pas de secret, le travail compte le plus et le mien c’était de satisfaire le client. J’ai vécu ainsi de grandes rencontres avec Kadiri par exemple … »

Je ferais le même constat avec Equip Auto Alger que j’ai vu naître avec de tout petits stands dans un hangar. Quand on voit ce que cela est devenu aujourd’hui, on voit combien l’organisation s’est structuré comme le marché, comme les entreprises importatrices ou comme maintenant les sociétés industrielles. Malgré toutes les contraintes géopolitiques, la crise du Covid, ou l’épisode du  volcan, le salon a tenu et s’est agrandi à force de travail et de confiance là aussi. Et si l’on parle des 10 ans d’Algérie Rechange, je me souviens de votre arrivée sur Equip Auto à distribuer votre magazine, partant de rien et cela a réussi ! Ces trois anniversaires témoignent d’une chose, de la résilience des algériens et du travail, sans oublier le cœur ! »

Hervé Daigueperce

Rédaction
Rédactionhttps://www.algerie-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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