La toxicité des freins à disque à l’étude

La toxicité des freins à disque à l’étude

Les moteurs à combustion ne sont pas les seuls responsables de la pollution automobile. Plus de 40 % des particules polluantes émises par le trafic proviendraient des pneus. Eléments d’analyse.

Les échappements apparaissent toujours parmi les principaux, voire le principal émetteur de microparticules nocives. Pourtant, les évolutions des normes européennes d’émission, dites normes Euro ont déjà permis de réduire drastiquement la quantité de particules polluantes émises par les moteurs. À tel point que l’abrasion du revêtement routier, l’usure des pneus et ses composants représenteraient dorénavant près de 41 % des particules fines polluantes en suspension émises par le trafic routier. La norme Euro 6, la dernière en date, appliquée sur tous les véhicules neufs à partir du 1er septembre 2015 limite à 5 mg/km la masse de particules émises par les diesels et 4,5 mg/km celle des moteurs essence. Bien sûr, le taux d’émission de particules fines provenant des freins dépend naturellement du véhicule, notamment de sa masse, mais aussi de son utilisation. Mais en moyenne, les plaquettes de freins rejettent six fois plus de microparticules polluantes qu’un pot d’échappement. Autrement dit, la masse de particules émises par les frottements entre les plaquettes de freins et les disques représenteraient près de 30 mg/km. Le laboratoire en tribologie de l’institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon estime que l’usure des plaquettes produit 20 000 tonnes de poussières par an en France.

Six fois plus de pollution que l’échappement

La procédure qui a permis de calculer ce rapport de six sur un entre la pollution des particules fines des pots d’échappement et des plaquettes de frein ne présente pas de complexité particulière et est à la fois incontestable. Il a suffi dans un premier temps de comparer des plaquettes neuves à des plaquettes usées pour le même véhicule. Une différence de masse et de volume sont observables aisément entre ces dernières. Ces différences sont dues aux microparticules émises. Connaissant le trajet parcouru en kilomètres du véhicule et la quantité de masse de particules échappées il est facile d’arriver à des milligrammes par kilomètre parcouru et être ainsi dans la possibilité de comparer l’émission des particules des pots d’échappement et celle des plaquettes de frein.

Ainsi, paradoxalement, si la bonne usure des plaquettes de freins, indispensable à un freinage de qualité est un gage de sécurité, elles ont des effets nocifs sur la santé. Bien qu’ayant banni l’amiante, composant fondamental de la garniture, il y a encore quelques années, à chaque pression sur la pédale de frein, la plaquette de frein éjecte tout d’abord et principalement le duo carbone ; le carbone organique et le carbone élémentaire, origine de la combustion par la pression entre les plaquettes et les disques, le fameux duo aussi retrouvé à la sortie des pots d’échappement. Puis derrière, tout un cocktail de métaux lourds et de transitions hautement toxiques – tels que le plomb, le cuivre, le baryum, le zinc, le manganèse, le chrome – est retrouvé. Ces particules peuvent atteindre une taille aussi fine qu’un virus, soit à l’échelle du nanomètre, capable de pénétrer en toute aisance les alvéoles pulmonaires et les bronches et d’engendrer des inflammations, des crises d’asthme voire, sur le long terme, des bronchites chroniques et des cancers.

Tallano Technologie aurait la solution.

Tallano Technologie, entreprise française d’ingénierie, fondée par Christophe Rocca-Serra en 2012 aurait la solution face à la pollution des freins à disque. Les particules émises lors du contact entre les plaquettes et le disque sont essentielles, quant au bon fonctionnement du freinage. Elles permettent l’adaptation de la vitesse entre une pièce fixe – la plaquette – et une pièce en mouvement, le disque. Pour Tallano, la seule solution afin de limiter la pollution créée est la captation de ces particules dès leur sortie. La société a mis au point le premier système de récupération des particules émises par les plaquettes de frein, une turbine aspirante nommée Tamic.

Tamic se présente comme un aspirateur miniaturisé avec deux buses d’aspirations intégrées de part et d’autre des étriers de frein sur chacune des plaquettes, aspirant les particules émises à l’aide d’une turbine, entraînée par un galet qui se frotte contre le disque. Le système a été conçu pour couvrir tout type de véhicule, neuf comme d’occasion, et intéresse aussi le ferroviaire et pourquoi pas l’aéronautique. Tamic affiche un pouvoir de captation supérieur à 90 % des particules émises lors d’un freinage. Les particules seront stockées dans un filtre, unique composant qui sera remplacé par le garagiste, lors de l’entretien périodique du véhicule. Le reste du système a été étudié pour résister face aux conditions climatiques extrêmes et à l’usure dans le but de tenir toute la durée de vie du véhicule.

À savoir que Tallano Technologie est une société d’ingénierie qui n’a pas vocation à se lancer dans une production industrielle, elle désire n’être seulement que porteur de solutions –  sans rentrer dans le jeu souvent complexe entre les constructeurs, les équipementiers et les sous-traitants – par la vente d’une licence d’exploitation de leur brevet. La société travaillera à adapter le produit aux caractéristiques de chaque moyen de transport équipé de freins à disque et touchera donc des royalties sur les turbines fabriquées par les constructeurs ou les équipementiers.

  Khaled Atta

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