Technologie et communication : se protéger en amont !

Technologie et communication : se protéger en amont !

Mettre des bâtons dans les roues des contrefacteurs en ajoutant toujours plus d’éléments difficiles à reproduire s’avère un bon début, mais travailler la main dans la main avec ses distributeurs ajoute nettement en efficacité.

Comme nous l’avons vu, l’hologramme reste un allié de poids pour les équipementiers, surtout quand on le double d’étiquetages à protections multiples. Cependant, les fournisseurs internationaux que nous avons interrogés, sont tous d’accord sur la nécessité de travailler en réelle intelligence avec les distributeurs, c’est-à-dire, non seulement en leur fournissant des packagings de boîtes protégés, mais aussi en les informant, en les formant sur toutes les modifications apportées ou sur les nouvelles identifications possibles. Il y a quelque temps un équipementier (non cité dans ce dossier) avait changé une partie du packaging de ses boîtes, pour mettre fin à la copie de ses produits en Afrique, sans communiquer vraiment auprès de sa distribution. Le résultat a été sans appel, ses produits ont été considérés comme de la contrefaçon et les produits contrefaits sont devenus la norme … Tenir au courant sa distribution de tous les changements opérés et valider qu’elle a bien reçu les messages apparaît une condition sine qua non de la réussite de la question. Maryline Merlier (NGK) nous le rappelle en quelques mots : « Nous communiquons auprès de nos clients et leur apportons les détails sur les pièces et packagings sur lesquels il faut être vigilants (logo, police d’écriture, forme des composants, choix et texture des matériaux, etc.) de façon à les protéger en n’achetant que les produits officiels (et éviter que les pièces ne se retrouvent sur le terrain). Nous protégeons et enregistrons également nos marques et déposons nos brevets lorsque nous en avons. Du côté de l’étiquetage obligatoire en Algérie, nous y apposons désormais le logo de nos distributeurs officiels afin de les protéger également et d’identifier facilement la destination de nos produits. » NGK accompagne cette démarche par des formations produits en révélant les différences entre les produits contrefaits et les produits originaux à l’aide de photos comparatives et en permettant aux distributeurs de vérifier les produits par l’identification des numéros de lots ».

Chez Aisin, Arnaud de Patoul mise également sur la formation en organisant des séminaires chez les distributeurs : « Par exemple en 2013 un séminaire a été organisé avec tous nos distributeurs en Algérie. Nous proposons également à nos distributeurs des visuels, par exemple des posters comme Don’t Buy counterfeit products may arise with serious injuries ». Sans compter que toutes leurs boîtes en provenance du Japon viennent avec un hologramme et les facturations sont identifiables immédiatement grâce à l’étiquetage. visuel dans dossier No counterfeit parts. Quant à Hocine Kelbir de Bilstein, il privilégie l’information en aval de la distribution, à diffuser et à collecter, en plus des protections sur les emballages : « En plus de l’intégration d’une étiquette spéciale (pas copiable), un QR code sera aussi implémenté dans le futur sur tous les produits Febi, Swag et BluePrint. Nous visitons aussi souvent des magasins de pièces de rechange, des ateliers de réparation rapide sur différentes régions du pays à des périodes différentes pour informer, rechercher et constater la réalité du marché. Nous vérifions dans ces cas la provenance des produits et leur authenticité ».

La douane, une arme sérieuse de l’arsenal de défense

Lutter contre la contrefaçon fait appel à un ensemble de bonnes pratiques, certes, fastidieuses mais indispensables pour restreindre la propagation de ce fléau. Intervenir sur un seul pan de la protection réduit ses capacités à contrer les assauts sans fin des produits contrefaits. Farid Sihocine (Kyb) illustre le combat que son groupe mène sur tous les fronts en rappelant que sans les douanes, tout ce que pourraient faire les équipementiers serait caduque. Il nous le confie en ces termes : « Ponctuellement, quand il y a suspicion de production de produits de contrefaçon, nous faisons appel à des compagnies d’investigation spécialisées, et nous bloquons en amont et si production il y a, elle est saisie et détruite. Parallèlement, nous effectuons de la formation, de la communication, et des visites sur les sites de production. Cependant, nous comptons aussi beaucoup sur l’action des institutions. A l’heure actuelle, ces institutions et administrations constituent le premier maillon de cette chaîne de veille, et le premier rempart contre toutes ces pratiques, ils font du très bon travail, mais il faudrait que nous, les équipementiers, nous puissions travailler davantage encore en étroite collaboration avec eux, dans le cadre d’échanges d’informations et pourquoi pas de formations sur la détection des produits contrefaits, leurs dangers … etc. » Cette demande revient souvent dans la communication des équipementiers, dont l’objectif n’est pas de dénoncer un manque d’efficacité, mais d’apporter une aide constructive. Maryline Merlier (NGK) nous confirme ce point en quelques mots : « Nous pensons qu’ils font déjà leur maximum pour préserver les marques et les importateurs officiels et éviter que la contrefaçon fasse loi sur le territoire. Nous n’avons pas de contact direct avec eux, mais peut-être que des sessions de « formation » sur la détection des produits contrefaits directement par les marques, en partenariat avec les importateurs sur place, seraient appréciées ? ». Tout est alors question de moyens, de personnels disponibles alors que les douanes sont surchargées de travail, la contrefaçon n’épargnant aucun produit. En outre, dans certains pays d’Afrique – à la différence du Maghreb -, culturellement, les contrôles aux frontières n’ont pas la rigueur suffisante, et les moyens sont rarement au rendez-vous pour aller dans le sens d’une amélioration efficace…

Communiquer sur ses actions et déposer sa marque

La marque, ce qu’il y a de plus précieux à protéger, ce qui est le plus attaqué aussi, parce que porteuse de légitimité et donc vecteur de vente. Comme on l’a vu, la protéger, commence par s’assurer de « verrous » apposés sur la boîte, Khalil Akhoun (Lumileds) reconnaissant même que l’une des actions de Lumileds consiste à changer souvent de packagings, même si, pour cela, il leur faut communiquer énormément avec leurs distributeurs pour leur annoncer et éviter que cela ne soit à contre-emploi. Et si, finalement, c’était cela, le secret d’une meilleure protection ? Non pas changer les packagings, mais devoir communiquer davantage et davantage encore avec ses distributeurs. Tous nos interlocuteurs reconnaissent que sans remontée du terrain, d’informations des distributeurs, leurs actions manquent de pertinence. En revanche, établir une veille mutuelle permet de réduire les interstices où peuvent se lover les contrefacteurs dont le métier, disons-le, repose essentiellement sur la méconnaissance, le malentendu, le doute, l’incertitude, le manque d’information. Chez Delphi Technologies, Phillipe Astier en nous listant les outils dont le groupe se sert en amont dans ce combat, commence par le mot Communication pour répondre à cette question puis Sensibilisation, un choix de mots loin d’être neutre : « Plusieurs outils sont conjointement utilisés pour sensibiliser les utilisateurs et limiter les possibilités de contrefaçon des produits Delphi Technologies : Communication sur la contrefaçon, Hologrammes spécifiques apposés sur les produits Delphi Technologies, Protection des logiciels par des éléments de sécurité accrue. Et parmi les outils mis en place avec nos distributeurs : Sensibilisation aux différences entre le produit d’origine et la contrefaçon : caractéristiques visuelles externes, spécifications techniques, Coopération dans certains marchés, pour mener des actions ciblées de détection et saisie des produits de contrefaçon. »

Par ailleurs, ce qui peut paraître vain, le dépôt de marque dans les pays du Maghreb s’avère plus que recommandé, ne serait-ce que pour pouvoir poursuivre devant les tribunaux les contrefacteurs et les importateurs de produits contrefaits, mais aussi et surtout, pour permettre aux douaniers de faire leur travail en toute connaissance de cause comme nous l’explique Benoît Péalat (ZF) : « Il est capital de déposer nos marques et pas seulement dans le pays d’origine, de production mais sur l’ensemble des marchés sur lesquels nous sommes. Depuis presque 4 ans où je suis en charge de l’Afrique, nous avons déposé nos marques dans la presque quasi-totalité des pays, cela nous coûte cher, mais c’est indispensable pour avoir des recours et pour pourvoir travailler efficacement avec les douanes. Nous allons plus loin en délivrant la liste de nos distributeurs officiels auprès des douanes qui peuvent alors contrôler dès l’arrivée dans le pays la provenance du produit et son destinataire. »

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