Salah Benkhelil, directeur général de BSPA

Salah Benkhelil, directeur général de BSPA

« Avec les 45 jours de délai de paiement imposés aux fournisseurs, il devient impossible de calculer un prix de revient »

Cinq ans ont passé depuis le premier entretien que Salah Benkhelil a accordé à Algérie Rechange, cinq ans qui ne lui laissent pas une impression de bonheur inachevé… En effet, comme il le précise « la période a été difficile pour tout le monde, entre crise du pétrole et crise financière, instabilité et crise politiques, crise économique et effondrement du dinar, puis maintenant, crise sanitaire, on ne peut pas se réjouir d’une telle période. D’autant que dans le prolongement de ces problèmes, le pouvoir d’achat des algériens a reculé significativement. Il faut tenir compte de tous ces éléments avant d’émettre quelque commentaire que ce soit. Cependant, si je ne prends que l’exemple de BSPA, je ne cache pas que nous avons bien travaillé pendant cette période, mais je ne peux pas dire non plus que nous avons un moral extraordinaire, surtout au regard des dernières lois qui compliquent notre travail ». En effet, la toute dernière loi qui régit le paiement des fournisseurs après 45 jours de blocage dans les banques d’Algérie pose un problème sérieux de taux de change, qui affecte aussi l’importateur, comme Salah Benkhelil nous l’indique quasi mathématiquement : « Tout d’abord, il faut préciser que ces délais de paiement nouveaux nous causent du tort auprès de nos fournisseurs équipementiers. Même s’ils ont accepté les nouvelles conditions, ils n’apprécient pas cet état de fait. De notre côté, nous ne pouvons plus calculer notre prix de revient et cela constitue un réel problème de gestion d’entreprise. Nous effectuons deux types de commandes, l’une de stock pour les commandes à venir et garantir la disponibilité de toutes les références que nous avons au catalogue, l’autre, de commandes pour comptes. Pour être précis, nous effectuons pour quelques gros clients des commandes très importantes d’un container ou deux qui leur sont livrées au tarif dont nous avons convenu. La marge est bien sûr faible puisque la commande est de taille. Le client paie son acompte au cours du dinar du jour où il effectue son règlement, cours qui reste, bien sûr figé, pour le règlement du solde. Avec le dinar qui continue de chuter, la différence peut aller de 3 à 7 ou 8 %, entre le jour du paiement de l’acompte et celui du solde, puisque j’ai payé 45 jours avant ! Pour mes commandes de stock, j’essaie de prévoir le différentiel entre le moment où je paie et le moment où je serais payé, mais cela constitue toujours un manque à gagner. Il faudrait en réalité qu’on ne vende pas pendant cette période et qu’on garde la marchandise, mais stocker tous les produits est irréalisable, la rotation est obligatoire. » Cette situation a contraint Salah Benkhelil à refuser des commandes pour comptes, un comble lorsqu’on sait les efforts qu’il faut fournir pour les obtenir !

Les anciennes sont toujours les meilleures…

Les adeptes des belles anciennes seront d’accord pour reconnaître que les anciennes sont les meilleures, pourtant, là, il ne s’agit pas de véhicules de collection mais bien de véhicules d’un parc qui vieillit. Face à la question de l’importation des véhicules neufs qui est d’actualité en ce moment, Salah Benkhelil n’attend pas ce changement avec impatience. Pour lui, qui a remis en état 4 véhicules de fonction de A à Z, il se dit qu’il ne doit pas être le seul à tenter de prolonger la durée de vie de sa voiture, donc à consommer des pièces et à faire fonctionner les professionnels de la réparation : « les voitures sont devenues très chères alors que le pouvoir d’achat baisse, cela signifie que les automobilistes vont préférer mieux entretenir leurs véhicules, plutôt qu’en acheter de nouveau. Or, ce que nous vendons, ce sont les pièces pour ces véhicules. C’est pourquoi, je n’attends pas d’effet d’aubaine du retour de l’importation des véhicules neufs sur le territoire, mais crois au contraire à la bonne santé de la rechange qui devrait nous donner du travail pendant 20 ans encore ! Il est souvent question de l’arrivée des véhicules hybrides et électriques, cependant, nous ne sommes pas prêts, en Algérie, par manque d’infrastructures et aussi par le coût de ces véhicules ou des batteries à accueillir ces voitures. Nous allons continuer à importer des véhicules essence et diesel parce que l’essence bénéficie encore d’un tarif très attractif, puisque nous disposons des matières premières. On voit bien que l’on ne change pas radicalement de forme d’énergie, comme en témoigne le peu d’intérêt pour les véhicules au GPL qui ne concernent guère que les taxieurs aujourd’hui. »

Nouveaux concepts et professionnalisation

En 2020, BSPA a adhéré au groupement international Nexus, pas forcément la meilleure période pour tester un nouveau partenariat. Bien que la signature ait eu lieu en plein confinement et alors que Salah Benkhelil n’a pas pu se rendre à Amsterdam pour bénéficier des rencontres du groupement, le patron de BSPA estime que l’accès à certains équipementiers difficiles à capter ordinairement s’avère intéressant, lui qui a rentré UFI il n’y a pas si longtemps. Salah Benkhelil se montre toujours curieux sur la suite des opérations. Intégrer le groupement, c’est aussi interagir dans un métier qui évolue et se professionnalise alors que le nombre des acteurs importants sur le marché ne bouge pas vraiment. En clair, il faut rester compétitif, anticiper et progresser. Un pari plutôt réussi pour BSPA qui affiche plutôt des croissances de chiffre d’affaires avec régularité.

HD

Réagir

Your email address will not be published.