Robert Lucchesi, directeur ITPL

Robert Lucchesi, directeur ITPL

« Le marché de la pièce de rechange s’est fortement restructuré et professionnalisé »

Témoin privilégié du marché algérien et de son économie, partenaire des équipementiers internationaux comme des importateurs algériens, facilitateur des opérations de transit et de transport, passionné depuis quelques dizaines d’années de l’Algérie, Robert Lucchesi, premier manageur à avoir accompagné Algérie Rechange, s’est laissé convaincre de nous parler de ce marché de la pièce de rechange, tel qu’il l’a vu ces dernières années. Et nous en sommes heureux, parce que celui qui gère, pour ses clients, le transit des marchandises est devenu une pièce maîtresse des échanges franco-algériens dans le domaine, à savoir s’adapter en permanence aux mutations du secteur et surtout aux nouvelles directives d’où qu’elles viennent, donc entretenir des relations fortes avec les institutionnels et aussi avec les professionnels du secteur, qui sont autant de « lanceurs d’alerte ». Alors quand on lui demande si la situation a changé en quelques années, Robert Lucchesi n’en revient pas d’une question aussi… large !

« En cinq ans, nous avons assisté à un grand nombre de bouleversements purement administratifs de la lettre de crédit à la domiciliation, des nouvelles directives à l’étiquetage renforcé, jusqu’aux 120 % du montant de la commande bloquée pendant 30 jours et maintenant les 45 jours. Pour nous cela se traduit par une lutte permanente pour ne pas gaspiller du temps, le temps de nos clients ! Dès que nous obtenons les feux verts de l’administration, la marchandise part, avec les bons papiers, les bons étiquetages et tout ce que nous demandent les douanes. Pour les importateurs, il est urgent de recevoir la marchandise qu’ils ont payée depuis quelques semaines, pour la mettre sur le marché et être payés à leur tour. Quant aux fournisseurs, ils sont impatients de toucher les règlements, parce qu’ils conditionnent souvent les commandes suivantes. A nous de faire en sorte de ne pas faire subir de nouvelles contraintes aux clients en n’étant pas prêt ! Notre politique consiste à anticiper en permanence et à préparer ce qui est nécessaire, bien avant le départ ! Sans un travail contenu depuis de longues années et nos outils spécifiques permettant d’identifier les clients et leurs destinataires en bases de données opérationnelles claires, nous aurions des difficultés à nous adapter aussi rapidement à tous ces changements d’organisation. Je me souviens qu’il y a 15 ans à peine, les équipementiers se faisaient régler à 60 jours sans avance versée, puis il y a moins de 10 ans, il suffisait d’écrire provenance EU, Europe, sur les factures et c’était réglé. Tout a changé. En plus du flux – notre métier -, il nous faut, ainsi, gérer toute la réglementation bancaire avec les algériens, douanière avec les équipementiers, etc. C’est un énorme travail ! »

Des contraintes qui renforcent la confiance

Toutes ces contraintes ont elles rendu plus forte la société ITPL et la confiance que ses clients lui portent ? Telle est la question que nous lui avons posée et à laquelle il nous répond en ces termes : « Il me semble que oui, puisque tous nos clients restent fidèles et que ITPL observe une croissance à deux chiffres depuis des années. Il faut souligner également qu’avec l’accroissement du nombre de clients importateurs par les équipementiers, nos liens avec ces équipementiers se sont renforcés. Comme nous connaissons la plupart des importateurs, cela facilite le travail des équipementiers réguliers comme, également, celui, de quelques équipementiers allemands qui nous ont rejoints récemment.  Et souvent, ils nous ont rejoints parce que les importateurs nous ont recommandés. Les rapports de confiance que nous avons tissés entre nous favorisent les liens entre fournisseurs et clients et simplifient le travail que nous réalisons pour eux, incontestablement. »

Une professionnalisation accrue des acteurs de la rechange

Robert Lucchesi est formel : « le marché de la pièce de rechange s’est fortement restructuré et professionnalisé, et on peut dire qu’en 20 ans, cela n’a plus rien à voir avec ce que j’ai vécu à mes débuts ! Je parle des principaux acteurs, bien entendu, et en tant qu’observateur extérieur, je ne suis pas expert de leur métier. Ce que j’ai pu voir, c’est qu’ils se sont recentrés sur le marché algérien, et je crois qu’ils ont réussi à s’organiser de manière à ne pas trop empiéter les uns sur les autres et à éviter des guerres de prix préjudiciables pour tous. Tous, importateurs et équipementiers se sont bien recentrés sur leurs activités en Algérie. Ce qui a permis, d’ailleurs, de minimiser, sur le terrain, les conséquences des fusions acquisitions des grands équipementiers. Eux-mêmes, ayant préféré dans une grande majorité des cas, conserver les réseaux de distribution historiques, sachant que multiplier le nombre d’importateurs pouvait s’avérer, au final, plutôt néfaste pour leur croissance. Même si les groupes se rachètent, ce sont les marques qui sont connues et identifiées comme distribuées chez tel ou tel. Pour nous, cela se concrétise par une question d’administration et d’affectation de factures. Bien sûr, lorsqu’il y a des changements de personnes, d’interlocuteurs chez l’équipementier donneur d’ordres, cela prend un petit temps d’adaptation ».

Vision d’avenir

Arrivé pour la première fois à 23 ans sur le sol algérien, Robert Lucchesi se rappelle bien les fluctuations des marchés de l’automobile et de la pièce. A l’aube du retour des importations de véhicules, nous lui avons demandé son ressenti sur l’avenir de l’auto et de la pièce : « Nous avons assisté depuis une trentaine d’années à différentes mutations, et aussi plus récemment à diverses crises. L’Algérie a immatriculé deux années de suite plus de 400 000 véhicules neufs, parce c’est un grand pays et un grand marché. Lorsqu’on annonce que les importations vont reprendre, je suis sans inquiétude pour le redémarrage de cette activité et pour tout son environnement en équipement en pièces. Si la situation économique s’améliore, se régule, il n’y a aucune raison pour que le marché n’évolue pas rapidement, que le parc s’étoffe, d’autant que la démographie est croissante. Par ailleurs, les nouvelles technologies que l’on voit gagner tous les secteurs d’activités, en Europe, vont également arriver en Algérie et créer de nouveaux métiers, parce que les algériens sont également férus de technologie, pour peu, bien sûr, que l’économie reparte bien. C’est l’économie qui va dessiner le marché de l’aftermarket et je pense que cela se fera. Le marché ne peut que grossir. »

Vision d’avenir II : ITPL amorce sa mue !

« Nous nous inscrivons totalement dans cette évolution des années à venir, ne serait-ce que par la chance que nous avons eu de nous marier avec un acteur important dans nos métiers, qui affiche des positions solides dans le Maghreb (et beaucoup par ailleurs), et surtout en Tunisie et au Maroc. Nos nouveaux actionnaires bénéficient par ailleurs de belles installations et beaucoup d’équipements qui vont nous permettre de proposer de nouvelles offres plus complètes à nos clients équipementiers sur le Maroc et la Tunisie, puisqu’en Algérie nous avons conquis des parts de marché très élevées historiquement – mais cela n’empêche pas une croissance, même en Algérie. Le fait que nous ayons intégré le Groupe M&M Militzer & Munch France va démultiplier la panoplie de prestations que nous avons à offrir en ouvrant de surcroît de nouveaux marchés aux clients « Algérie » d’ITPL. Nous poursuivrons ce que nous avons mis en place depuis de nombreuses années en Algérie, avec la même souplesse et la même réactivité, et M&M apportera son concours pour la croissance dans les autres pays du Maghreb.  Je suis donc sans inquiétude pour l’avenir, en mettant entre parenthèses, évidemment, le problème de la crise sanitaire et l’absence de visibilité sur l’évolution de la Covid 19. Il nous faudra travailler différemment en fonction de cette épidémie mais le fond de notre activité reste le même, prendre des marchandises, les étiqueter, les transporter et les amener à bon port avec les bons papiers et au bon moment ! » conclut Robert Lucchesi.

Hervé Daigueperce

Réagir

Your email address will not be published.