Misfat, Mecafilter, Lautrette, Lucas et les autres !

Misfat, Mecafilter, Lautrette, Lucas et les autres !

S’il est des groupes connus pour leur abondance de marques, ce n’est pas le cas du groupe Misfat Filtration qui réserve, pourtant, bien des surprises. De bonnes surprises.

Disons que c’est plutôt l’inverse. On connaît tous quelque chose de Misfat Filtration sans en déterminer réellement les ramifications. Non qu’il s’agisse d’une culture du secret, mais parce que l’entreprise familiale progresse tant en croissance interne qu’externe en s’appliquant à développer chaque pan sans phagocyter l’autre. En bonne intelligence. Parce qu’au final, sauf en Tunisie, et encore, personne n’imagine la myriade d’activités qui entourent Misfat. Qu’il nous faut présenter en quelques mots.

D’abord, Misfat Filtration constitue le secteur filtration de la holding automobile Mecatech, appartenant au groupe familial BADR (15 filiales), réalisant quelque 350 millions d’euros de CA (43 milliards de dinars algériens) en quatre grands secteurs d’activité : l’énergie-BTP, la construction industrielle, la construction navale, et 2l’aéronautique-automobile. Deux constats émergent de cette rapide introspection, le groupe présente une dominante industrielle indéniable et les capacités à investir.

Le petit tunisien du coin, comme souvent est perçu le fabricant de filtres, a de quoi jouer dans la cour des grands même s’il garde l’humilité qui sied aux entreprises familiales face aux mastodontes « worldwide », dont la filtration comprend quelques spécimens (entre 3,5 milliards d’euros d’un côté et 60 millions, sur la partie filtres, de l’autre, une différence existe, certes).

Ce qui ressort de cela ressemble fort à une combinaison gagnante : des investissements permanents en R&D et en matériel de production, dignes des grands, la flexibilité et la réactivité redoutables d’une vedette, que sa taille autorise, face aux paquebots, ainsi qu’une recherche de la qualité et du contrôle à 100 %, presque surdimensionnée, afin d’affronter toute tentative de déstabilisation.

En auto, l’investissement est une seconde nature

Chez Mecatech, on compte trois domaines dont celui de la filtration, bien sûr, mais aussi les amortisseurs, sous la marque LTM (dont on vous dira tout dans un prochain numéro) et la peinture industrielle Mecapaint (dont les produits sont déjà utilisés dans les deux autres secteurs). Tant dans le filtre que dans l’amortisseur, les principes de base sont identiques, à savoir d’une part, essayer de maîtriser toute la chaîne de production, sur le site, pour gagner en temps, en efficacité, en argent, et surtout en contrôle qualité. D’autre part, investir dans les machines les plus innovantes pour bénéficier des meilleurs rendements tout en gardant les « anciennes » afin de répondre aux demandes particulières. Un plan de 40 millions d’euros d’investissement a d’ailleurs été affecté à la partie filtration dont 30 en Tunisie !

3Lorsque de nouveaux robots entent en scène, cela ne réduit pas les effectifs, mais les augmente puisque chaque secteur appelle une nouvelle gamme de services donc de personnes. A noter, que le groupe Misfat travaille non seulement, en termes de développement durable, dans tout ce qui est recyclage et protection de l’environnement (l’un des premiers groupes en Tunisie à le faire) mais aussi dans le domaine du social par la formation, l’accompagnement, les protections sociales, etc. on notera dans l’usine le souci apporté au confort de travail, à l’ergonomie des postes ou encore à la sécurité des personnels. Rappelons que 900 personnes travaillent dans cette seule usine de Jedeida (sur 1 200 employés dédiés à la filtration).

Bien du monde, diront les sceptiques au regard de « seulement » 16 millions de filtres produits en 2015 ? Une remarque qui fait sourire son directeur général Amine Ben Ayed (d’autant que le rapport s’avère plutôt bon) qui commente : « L’automatisation nous permet de nous positionner au niveau prix, de gérer la qualité continue et la maîtrise des flux, car nous ne dépendons pas de sous-traitants, si l’on excepte l’achat du papier, comme tout le monde auprès d’un des trois grands fabricants mondiaux. En revanche, le nombre important d’employés s’explique par trois raisons principales : pour toutes les petites séries et notre réactivité, nous avons besoin d’opérations 5manuelles qui requièrent beaucoup de monde. Par ailleurs, notre souci de qualité nous impose de contrôler 100 % de nos produits et pas seulement une sélection aléatoire, ce qui impose des contrôles visuels d’une part et des passages en machines de tests gourmands en personnels dédiés. Enfin, nous avons intégré toutes les étapes de fabrication, y compris par exemple, la conception des supports plastiques des filtres d’habitacle ou la conception et réalisation des moules et outillages ».

Notons en prolongement de cette réponse que Misfat Filtration détient les certifications ISO Q1Ford, ISO/TS 16949, ISO 18001, ISO 14001, ISO/TS16949, ISO 9001, ISO 9002. Des certifications fort appréciées de la dizaine de constructeurs automobiles clients de Misfat Filtration, qui ne livre pas que l’aftermarket !

4 marques sinon rien !

Avec l’arrivée de Lucas, le groupe Misfat Filtation parachève une stratégie de déploiement international, les marques prenant pied sur les différents continents grâce à leur histoire. Au Maghreb, tout le monde connaît Misfat, comme fabricant des filtres à carburant (essence et Diesel), à air et à habitacle, depuis 1979, cependant cette marque ne bénéficiait pas d’image ou de notoriété en Europe. C’est pourquoi, le groupe a acquis Solaufil, en France, en 2009, une société réputée, notamment pour ses marques Mecafilter et Lautrette, et porteuse du Made in France dont la résonnance apporte un plus certain en marketing produits, notamment en Europe, d’autant que Misfat relocalise en France, ce qui n’est pas si fréquent. Solaufil étant le nouveau nom donné en 1985 à la société Lautrette, fondée dans les années 50, Solaufil signifiant Société Lautrette Filtration.

Une marque à portée symbolique qui pourrait faire le bonheur d’un grand client de Misfat, amateur d’exclusivité… C’est en 2015, que Lucas arrive dans le portefeuille de Misfat, sous licence du propriétaire TRW, pour l’Europe et l’Afrique du nord, avec comme principale mission de véhiculer les produits de gamme asiatique du groupe. Si l’on y regarde de près, la stratégie de marques se distingue par une pluralité d’objectifs à commencer par la volonté d’être reconnu comme un acteur majeur de filtre pour tous types de véhicules, européens, asiatiques, VL et PL.

Ensuite d’occuper tous les segments, rechange constructeurs, rechange indépendante traditionnelles, centres autos, Premium ou MDD, sans que les canaux ne se télescopent. Les produits du groupe se retrouvent dans 50 marques, et les prix s’adaptent aux marchés, autre fonction de la déclinaison des marques. Seule la production se trouve concentrée et certifiée maison !

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Une production au cordeau

7Le groupe dispose de plusieurs sites de production, en Tunisie, au Maroc, en France, en Espagne, en Pologne, en Russie, fonctionnant selon les mêmes cahiers des charges. Celle de Tunisie, à Jedeida, se distingue par sa polyphonie. Tous les filtres carburant, air ou habitacle sont fabriqués sur le même lieu, permettant une optimisation logistique en amont (matières premières) qu’en aval, expéditions des produits chez les clients, et bien sûr une mise en commun des différents services. 25 ingénieurs travaillent à la conception des produits, pour laquelle les derniers outils de conception et de simulation numérique comme l’imprimante 3D, oeuvrent en continu. Le premier atout de ce dispositif consiste en la mise sur le marché de la rechange, des tout derniers produits en qualité d’origine.

Le « time to market » prend 3 à 4 semaines à partir de la décision de fabrication, jusqu’à 2 à 3 mois pour des conceptions très spécifiques, ce qui reste très rapide et déterminant pour les professionnels de la rechange. Par ailleurs, ce process permet d’accompagner les 15 % de croissance que le groupe réalise chaque année (Mecafilter affiche 20 % de parts de marché en rechange, en France !): « On doit doubler tous 5 les ans la capacité, commente Amine Ben Ayed, ce qui nous amène à acquérir de nouvelles machines en permanence et donc de bénéficier des toutes dernières technologies ». Ce qui explique que l’usine de Tunisie ait développé la fabrication de filtres à gasoil monoblocs plastique, par exemple, soit 13 références (Renault/PSA), et acier (30 références).

Depuis 2016, l’usine dispose d’une nouvelle ligne automatisée pour les grandes séries, autorisant une capacité de 5 000 filtres / heure. La notion de disponibilité se traduit également en logistique puisque le stock disponible s’élève à 12 à 13 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de produits finis de 60 millions d’euros ! Un bâtiment de 12 500 m² couverts abrite les stocks, répartis en 5 compartiments dont le plus important comprend 5 000 m² pour toutes les marques MDD, constructeurs et autres. De quoi servir l’aftermarket comme il se doit.

Hervé Daigueperce

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