Interview

Interview

Mehdi Baumel, directeur du Développement des ventes Delphi Technologies, Moyen-Orient et Afrique du Nord

« Globalement, sur l’ensemble du marché, ce sont les filtres à huile et les filtres à air qui sont les plus travaillés en Algérie »

Quel portrait faites-vous du marché IAM de la filtration en Algérie ?

Delphi Technologies intervient surtout sur le filtre à gasoil et le filtre d’habitacle, car ce sont deux produits en lien avec nos cœurs de métier que sont le système Diesel et la climatisation. Depuis 5 ou 6 ans, sur le marché algérien, nous connaissons une demande en augmentation permanente sur ces deux produits car ce sont des pièces de maintenance que le conducteur change de manière de plus en plus systématique.

Globalement, je pense que le marché est plutôt positif car les conducteurs maghrébins deviennent de plus en plus précautionneux et le changement de filtre est davantage rentré dans les mœurs.

Vous travaillez le filtre d’habitacle, souvent considéré comme le parent pauvre de la famille filtration. Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que le volume que nous réalisons sur le filtre à gasoil est 20 fois plus important que sur l’habitacle. Mais ce dernier a une conséquence immédiate pour le conducteur puisque non changé, il peut faire l’objet d’odeurs désagréables. Nous constatons donc qu’aujourd’hui, les distributeurs qui ont pris l’habitude de travailler ce filtre en recommandent de manière récurrente. Ceci dit, c’est un filtre saisonnier, plutôt changé sur la période chaude, durant 5 mois de l’année, contrairement au filtre à gasoil qui, lui, est travaillé 365 jours par an. Nous estimons qu’aujourd’hui le filtre d’habitacle a toute sa place dans la famille filtration. Mais globalement, c’est plutôt le conducteur qui est à l’initiative du changement de ce filtre, pas le réparateur. Le conducteur, et surtout la nouvelle génération, a tendance à suivre plus aisément les recommandations du constructeur.

Quels sont vos leviers pour que les professionnels accordent encore plus d’intérêt au filtre d’habitacle ?

Nous faisons des campagnes promotionnelles pour booster toute notre gamme maintenance, c’est à dire les pièces susceptibles d’être changées dans le garage au moment de la vidange. Et nous mettons en avant cette gamme de produits en ciblant les véhicules clés du marché comme la Clio en Algérie, la Logan au Maroc, etc. Nous accompagnons aussi les garagistes via notre site et les réseaux sociaux en leur laissant un libre accès à nos recommandations techniques ainsi qu’à des tutoriels.

Quels sont les filtres les plus travaillés sur le marché algérien ?

Pour Delphi Technologies, les filtres les plus travaillés sont sans aucun doute les filtres à gasoil puisqu’ils sont liés à la qualité du gasoil et aux recommandations constructeurs. Or, en Algérie, les préconisations de changement du filtre à gasoil sont plus courtes qu’en Europe à raison de 5 000 à 10 000 km contre 30 000 km en Europe. Mais globalement, sur l’ensemble du marché, ce sont les filtres à huile et les filtres à air qui sont le plus travaillés en Algérie.

Quels sont les principaux acteurs de ce marché ?

En général, il y a une part de marché importante pour les constructeurs français notamment. Ensuite il y a les équipementiers « filtreurs » comme Sogefi, Mecafilter ou encore Mann Hummel et enfin, il y a des acteurs régionaux comme le Tunisien Misfat qui a une gamme et un positionnement parfaitement adaptés au marché maghrébin. Ensuite vous avez des équipementiers multi produits tels que nous ou encore Bosch. Des acteurs qui disposent de plusieurs familles de produits dont la filtration. Mais le gros du marché est tout de même tenu par les équipementiers de 1er rang et par les constructeurs.

Justement, la notion de marque Premium est elle importante sur le filtre ?

C’est important oui, car c’est une pièce de maintenance à fortes rotations. Mais cet intérêt pour la marque Premium diminue clairement avec l’âge du véhicule. Là, le consommateur aura moins de scrupules à mettre de la marque alternative.

Ces marques ont elles du poids sur le marché ?

Elles se situent davantage sur le parc ancien ce qui, en l’occurrence, ne constitue pas le gros de nos volumes. Et je suppose que c’est pareil chez nos confrères. On ne peut donc pas dire que nous sommes véritablement en concurrence avec ces marques alternatives. Nous, nous sommes surtout engagés dans une démarche ayant pour but d’avoir en gamme les produits correspondant aux véhicules les plus récents. Concrètement, sur le 20/80, nous sommes sur des produits adaptés à des véhicules qui ont entre 0 et 20 ans, et notre priorité c’est d’avoir les dernières nouveautés et de les mettre en avant. Donc les marques exotiques et low cost, limitées à un parc âgé, ont des parts de marché forcément plus contenues. Or, le garagiste va avoir tendance à diriger le client en fonction de son véhicule et de son budget. Mais la part de marché des constructeurs sur la filtration montre bien que le conducteur est surtout attiré par des pièces premium pour son véhicule. D’ailleurs, chez les distributeurs, la part des stocks Peugeot et Renault est énorme. Et cette importance de la marque du constructeur est propre à l’Algérie. Elle est moins développée au Maroc et en Tunisie.

Y a t-il un avant/après du marché de la filtration ?

Aujourd’hui, toute la catégorie filtration est travaillée par les distributeurs alors qu’avant ils étaient surtout focalisés sur des gammes courtes principalement sur l’air, l’huile et le carburant. Or, depuis 5 ans, nous voyons que toutes les familles sont travaillées et distribuées avec des spécificités pour le filtre d’habitacle qui, encore une fois, est saisonnier. Mais s’il y a 10 ans, nous vendions peu de filtres d’habitacle, aujourd’hui, les distributeurs en commandent d’une année sur l’autre, ajoutant au passage quelques nouvelles références. L’habitacle devient donc un segment à part entière, même si ses volumes ne sont pas équivalents à ceux des autres filtres.

Envisagez-vous, eu égard à la nouvelle loi d’importation, de vous installer sur le territoire algérien ?

Certes, cette nouvelle loi nous a obligés à revoir notre manière de stocker et à investir davantage dans les stocks destinés au marché algérien afin que nos clients puissent être livrés dès qu’ils le peuvent. Ceci dit, lorsqu’une multinationale décide de s’installer dans un pays, c’est pour être au plus près du constructeur. Or, en Algérie, il n’y a pas assez de business en première monte. Renault est certes présent, mais pour y assembler des véhicules qui sont destinés au marché local. En d’autres termes, les volumes ne sont pas assez importants pour amortir les coûts d’une implantation locale.  

Ambre Delage

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