Contrefaçon et malfaçon : le pire des maux ?

Contrefaçon et malfaçon : le pire des maux ?

Vendre des produits de très mauvaise qualité à bas prix est-il plus dangereux encore que des produits contrefaits ? Quels sont les pouvoirs de nuisance des deux pratiques tout aussi condamnables ? Les fabricants ne laissent pas de place au doute et dénoncent avec vigueur tout ce qui met la sécurité des automobilistes en jeu.

«Deux fléaux à combattre avec la même énergie » assène Farid Sihocine (KYB), que rejoint Hocine Kebir sur la notion perverse d’une même escroquerie : « Il n y a qu’une seule différence à vrai dire entre la malfaçon et la contrefaçon, c’est l’emballage que nous avons évoqué et qui constitue une facilité à vendre les produits, sinon la malfaçon est très répondue de nos jours et continue de causer des dégâts dont de plus en plus de gens se rendent compte et essaient d’éviter, mais cela sera encore long. » En fait, malfaçon et contrefaçon définissent des produits de mauvaise qualité et dangereux, mais en se présentant de manière différente. La question qui se pose, en fait, vient de la conscience des acteurs de l’automobile et des automobilistes, de ce qu’ils perçoivent de la supercherie. Parlons-nous de victimes d’escroquerie, ou de complices, de mauvaise foi ou de manque de discernement ? Ne nous leurrons pas, la contrefaçon, certes, trompe nombre de professionnels, parce qu’elle devient de plus en plus « élaborée », mais certains revendeurs se laissent également facilement tromper, c’est d’ailleurs ce qui ralentit très souvent les procédures : « je ne savais pas » disent-ils. De la même façon, vendre un produit de très mauvaise qualité sans prévenir sa clientèle n’est pas glorieux et ne fait pas honneur à la profession… Les automobilistes, eux aussi, qui achètent des pièces à bas prix, ne sont pas sans savoir ce qu’ils font, au grand dam de la sécurité routière et au détriment de la vie de leurs proches. Arnaud de Patoul (AISIN) s’étonne d’ailleurs de ce laxisme : « Pour AISIN, le pire est un produit AISIN contrefait dans une boîte AISIN. Dans ce cas-là il est très difficile de s’apercevoir si c’est de la contrefaçon. Dans ce cas de figure, le client est trompé et aura une mauvaise image de « Aisin » s’il a des problèmes avec le produit qu’il a acheté. Si « NISIAN » est marqué sur la boîte, alors les clients achètent en connaissance de cause. Quant aux malfaçons, le client achète aussi en connaissance de cause (ex : GSM sur alibaba Chinois à 50 euros…) ». En clair, il est difficile de protéger ceux qui participent au développement de produits dangereux sciemment …

Juridiquement et en image de marque, la contrefaçon cause plus de dégâts

Si la malfaçon s’avère difficile à enrayer, justement, parce que la demande est toujours forte, la contrefaçon, par son statut de copie parfois peu visible, pose encore plus de problèmes. Philippe Astier (Delphi) ne mâche pas ses mots et tranche entre les deux maux : « La contrefaçon n’est pas un moindre mal, car elle présente des risques tout aussi élevés pour l’utilisateur. Rappelons qu’il s’agit d’une pratique illégale et passible de poursuites judiciaires, de tous les acteurs impliqués dans le processus de copie, production, importation, distribution et utilisation. La contrefaçon est, au mieux, un mauvais choix proposé à l’utilisateur. Le niveau de qualité est loin d’être conforme aux exigences de l’industrie et aux attentes des professionnels. Les risques encourus peuvent aller du simple non-fonctionnement jusqu’à l’endommagement permanent d’un calculateur ou d’un système. En fin de compte, le coût total de réparation des dommages peut être très largement supérieur au montant de l’investissement dans un produit d’origine, sans compter les possibles dommages humains qui pourraient résulter d’un dysfonctionnement majeur du véhicule sur lequel le produit de contrefaçon a été utilisé. » Bien que Maryline Merlier (NGK) émette l’éventualité d’une qualité paraissant supérieure en produits contrefaits qu’en malfaçon, on reste dans de la sous-qualité et les risques que cela suppose : « Même si les produits sont copiés visuellement et d’apparence identiques au modèle d’origine, ils sont faits avec des matériaux de moindre qualité et parfois légèrement modifiés dans leur forme. Cela peut avoir comme conséquence une défaillance du produit et donc une incidence sur le fonctionnement du moteur. L’impact technique est peut-être moins important que des produits « malfaits » évidemment mais les conséquences juridiques et l’impact sur l’image de marque sont bien plus importants. » Malgré tout, les équipementiers premium sont plus impactés par la contrefaçon que par la malfaçon qui, par le prix de ses produits, ne s’adresse pas à la même clientèle comme le rappelle Benoît Péalat (ZF) : « Nous déplorons toutes les formes de détérioration de la qualité des produits. Cependant, lorsque des produits sont vendus à des prix très bas, ils concurrencent surtout les produits locaux et les autres produits venus d’Asie. Nous ne sommes pas sur ce créneau de marché, son impact est donc moindre pour nous qui défendons les marques premium ».

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