Ahmed Hadj Abderrahmane, directeur général de mon véhicule

Ahmed Hadj Abderrahmane, directeur général de mon véhicule

« En ce qui concerne les nouvelles technologies, le premier fournisseur qui apportera les supports adaptés emportera le marché »

Comme beaucoup de monde, et notamment ses confrères, Ahmed Hadj Abderrahmane ronge son frein en attendant de pouvoir bouger et de rencontrer ses fournisseurs et partenaires, des fournisseurs qui piétinent, aussi, chacun dans leur pays, en espérant une issue rapide de la crise. A propos de ceux-ci, d’ailleurs, nous avons demandé au patron de « Mon Véhicule » si ceux-ci modifiaient leurs comportements depuis quelque temps : « Hormis le fait que nous soyons obligés de travailler différemment depuis quelque temps, en privilégiant les échanges par vidéo conférence, nous ne notons pas de mutations, de changements véritables, mais si nous sentons des velléités de modifications, elles ne sont pas encore bien définies. Tout le monde est dans l’expectative, La Covid 19 ne permettant pas de se projeter. Il est vrai, aussi, que notre pays n’est pas stable et force les équipementiers à la prudence et à ne pas brusquer les choses. Il n’en demeure pas moins que le marché algérien est important pour eux et que le manque de visibilité n’empêche pas le commerce de continuer à être exigeant. Pour nous, le seul critère qui vaille, c’est que notre fournisseur soit sérieux et qu’il nous livre des produits de qualité irréprochable. » Nous lui avons demandé, alors, si un fournisseur chinois pouvait être sérieux ? Il répond sans ambiguïté et en souriant : « L’un de nos fournisseurs est chinois et nous en sommes très satisfaits. Nous avançons très bien avec lui et il se montre toujours très rigoureux dans le respect de la qualité, du timing etc. » Cela signifierait-il que les européens auraient trop compté sur leur prédominance et négligé le fait que des intervenants asiatiques puissent être de réels partenaires pour les importateurs algériens ? « C’est probable, nous répond -t-il et pourtant cela fait des années que les chinois interviennent dans presque tous les secteurs d’activité en Algérie, de la construction aux services. Cela prouve qu’ils sont sérieux et qu’ils savent travailler correctement. En revanche, dans ma catégorie, dans la pièce de rechange pour les véhicules allemands, c’est-à—dire, en quelque sorte, dans le premium, les clients exigent la qualité et la marque, ils veulent de grands équipementiers internationaux reconnus et notamment allemands. Là, les chinois ont du mal à percer. Ce n’est pas vrai, en revanche, du côté des véhicules français où l’on compte plus d’opérateurs chinois ».

Un pouvoir d’achat en diminution

Pour expliquer l’attrait des fournisseurs chinois, il faut aborder la question du pouvoir d’achat comme nous le rappelle Ahmed Hadj Abderrahmane : « Si l’on trouve plus de fournisseurs chinois pour les pièces pour véhicules français, c’est parce que ceux-ci sont plus abordables et que les propriétaires vont privilégier davantage les prix les plus attractifs au détriment, parfois, du niveau de qualité requis. Tout le monde se bat pour un prix moins cher. J’ai rencontré quelqu’un qui avait fait plusieurs kilomètres pour payer un bidon d’huile 200 dinars moins chers et beaucoup de gens vont à Bab Ezzouar afin de trouver des pièces les moins chères possibles. La baisse du pouvoir d’achat crée cette situation. Cependant, il faut quand même se poser la question de la différence de prix entre fournisseurs. Il m’arrive de ne pas comprendre pourquoi telle pièce vendue par un européen se retrouve trois fois plus chère qu’un produit asiatique alors qu’ils sont de qualité équivalente. On peut admettre que les coûts en Asie sont moindres, justifiant ainsi un delta dans les prix, mais jusqu’à trois fois ce n’est pas possible. Il faudra que l’on nous explique bien les choses pour que l’on continue ainsi. Il nous arrive trop souvent de ne pas pouvoir justifier ces écarts de prix à nos clients, une remise en cause s’impose. D’autant qu’au début de l’épidémie, et malgré leur proximité, les équipementiers européens n’ont pas été meilleurs que les asiatiques. Ils ont été débordés et désorganisés. Pour l’anecdote, j’en ai même vu un que j’ai rencontré avant le Coronavirus et qui devait me livrer de nouveaux produits, et qui m’a livré le mois dernier, pour la première et la dernière fois… Aujourd’hui, tout est redevenu normal, mais les premières semaines ont été plus que chaotiques. Nous avons pu passer cette période correctement grâce à l’étendue de nos stocks. Des stocks que nous sommes obligés d’alimenter en permanence, parce que nous ne pouvons jamais avoir toutes les références, c’est pourquoi, nous devons être en relation étroite avec nos fournisseurs et anticiper sur les demandes. Nous sommes des spécialistes et devons avoir la plupart des produits disponibles, des systèmes de refroidissent à la transmission ou au freinage en passant par les pièces moteur, etc. »

L’avenir maîtrisé ?

« En ce qui concerne les nouvelles technologies (électrique, hybride…), le premier fournisseur qui apportera les supports adaptés (formation, outils, transfert de compétences) emportera le marché » assène Ahmed Hadj Abderrahmane lorsqu’on évoque la question de l’avenir de la rechange face aux nouveaux véhicules, aux nouvelles énergies. Il ajoute : « L’arrivée des nouvelles technologies ne constitue pas un problème pour nous. Il nous faut seulement bénéficier des nouvelles compétences qui sont nécessaires pour transmettre le savoir-faire. Et celles-ci nous parviennent de nos fournisseurs à l’origine de la création des pièces et systèmes. C’est donc celui qui forme ses clients qui prend le marché ! Cependant, il ne faut pas se faire de frayeurs, le marché n’accueillera ces véhicules que dans 5 ans ou 10 ans et il faudra du temps avant que l’incidence sur le parc soit suffisamment importante pour que le problème se pose. C’est alors que nous aurons besoin de supports de formation très au point. » Et quand on lui demande si les importateurs pourraient s’allier pour délivrer des formations en commun, Ahmed Hadj Abderrahmane se montre sceptique tant la concurrence entre fournisseurs est tendue. « Et qui sera présent sur les nouveaux véhicules ? Aujourd’hui, nous ne savons pas encore quel type de pièces il nous faudra importer pour intervenir sur un véhicule électrique, il y aura beaucoup de travail à accomplir en acquisition de compétences, mais nous saurons nous adapter. » Y compris avec la digitalisation grandissante ? « Nous travaillons bien sûr sur la dématérialisation mais cela reste encore à développer. La digitalisation exige des moyens que nous n’avons pas encore complétement en Algérie, surtout lorsqu’on évoque les plateformes. Avoir des plateformes de stockage s’avère plus compliqué pour nous, spécialistes, que pour les généralistes, sans compter que la logistique doit être très performante pour répondre aux commandes dématérialisées, etc. Et il faut aussi penser à l’équipement des clients. Il n’en demeure pas moins que c’est à l’étude chez « Mon Véhicule » et que nous trouverons des situations adaptées. »

HD

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